Le PCB menace les orques d’extinction en Europe

Le PCB menace les orques d’extinction en Europe

Le PCB menace les orques d’extinction en Europe
18.01.2016
Europe
Le PCB menace les orques d’extinction en Europe
Habitat naturel

Interdits dans le monde entier depuis 1986, les polychlorobiphényles (PCB) et les polybromodiphényléthers (PBDE) menacent gravement les cétacés d’Europe. Selon une étude publiée le 14 janvier 2016 dans la revue Scientific Reports, les dauphins bleus et blancs et les orques européennes présentent les concentrations les plus élevées au monde de PCB dans leur graisse. Les chercheurs qui ont mené l’étude affirment que ces concentrations massives sont susceptibles d’entraîner à terme le déclin de ces populations.

Produits dès 1929, les polychlorobiphényles ont été utilisés dans les retardateurs de flamme et les liquides de refroidissement ou d’isolation ainsi que dans de nombreux types de matières plastiques. Mais lorsqu’on découvrit que les PCB causaient de graves problèmes sanitaires chez l’animal humain comme chez l’animal nonhumain, ceux-ci finirent par être interdits. Malheureusement, de tels produits ne se décomposent pas si vite. Les PCB ou pyralènes qui imprégnaient les sédiments ont été transportés par les cours d’eau jusqu’à la mer. Ils y persistent encore.

En tant que superprédateurs placés tout au sommet de la chaîne alimentaire marine, les orques sont particulièrement menacées par cette pollution. Elles mangent la chair de proies polluées, qui se sont elles-mêmes nourries de proies contaminées. Ce faisant, les orques accumulent dans leur graisse des quantités importantes de PCB et de PBDE, qui se transmettent par l’allaitement maternel.

Ces produits affectent gravement la fonction thyroïdienne et le métabolisme de la vitamine A. Ils perturbent également le développement neurologique et reproducteur, ainsi que la fonction immunitaire. Parce que les PCB sont liposolubles, ils peuvent s’accumuler à des niveaux extrêmement élevés chez les mammifères marins, dotés d’une masse de graisse importante.

Lors des recherches, le taux de PCB présent dans les graisses a été analysé chez mille cétacés, baleines, orques, dauphins et marsouins.

Les marsouins sont la seule espèce qui ne présente pas de niveaux record. Par ailleurs, les chercheurs ont été surpris de constater que le taux de concentration était le même chez les mâles et les femelles, alors que celles-ci auraient dû se débarrasser de l’excédent de PCB lorsqu’elles allaitaient.

Leur longue durée de vie et leur position de prédateurs marins supérieurs rendent les orques et les dauphins particulièrement vulnérables à l’accumulation de PCB dans leur corps.

À ce propos, Paul Jepson, membre de la Société Zoologique de Londres et auteur de l’étude, a déclaré que la situation était inquiétante: « Nous pensons qu’il existe un risque très élevé d’extinction pour les orques des régions industrialisées d’Europe. »

Qu’en est-il de l’avenir d’un autre superprédateur infiniment plus féroce et vorace que l’orque, à savoir l’être humain? La survie de son espèce est-elle également menacée, elle qui mange tant de poissons et dévore même, en certains pays, la chair des cétacés? L’étude de Paul Jepson ne le dit pas…

Références

Le monde selon les loups

Le monde selon les loups

Le monde selon les loups
13.01.2016
France
Le monde selon les loups
Animaux sauvages

Le loup se tient assis au sommet de la colline. C’est un grand mâle Alpha au poil sombre. Le poitrail en avant, la pose hiératique, il fixe de ses yeux jaunes la vallée qui s’étend à ses pieds, semée de forêts, de champs, de quelques petites routes et que cernent les flancs rocheux des Alpes. C’est là le territoire de sa meute.

Il écoute. Sur le versant herbeux, une marmotte file au fond de son terrier. Plus loin, un hibou frôle les buissons de son vol feutré. On y entend la course paniquée d’une petite musaraigne. Très loin, à plus de deux cents kilomètres de là, un autre clan se met à hurler.

Le royaume des sens

Il regarde. La nuit tombe peu à peu sur la plaine, tandis que la brume se lève et le froid avec elle. Mais les yeux phosphorescents du loup captent le moindre éclat de lumière, comme ceux des chats. Et même s’il voit mal à grande distance, son champ de vision périphérique à 250° lui permet de saisir le moindre mouvement dans l’univers en camaïeu de gris qui est le sien au crépuscule.

Puis le loup redresse sa truffe humide et hume l’air profondément—jusqu’à l’organe de Jacobson, cet amplificateur olfactif situé derrière ses incisives supérieures. Son odorat est près de 20.000 fois supérieur au nôtre: ce qu’il perçoit dépasse nos sens. Un paysage d’odeurs se déploie dans son espace mental, où toute chose est signée d’un parfum, le vent, les pierres, les arbres, les animaux. Il inspire encore plus finement… Surprise! Pendant qu’il dormait, un étranger a eu l’audace de traverser le sentier vers la tanière!

C’était un mâle de rang Bêta âgé de trois ans, mesurant près d’un mètre au garrot, qui a marqué son passage avec un jet d’urine provocant. Il faudra s’occuper de lui bientôt.

Un amour de loup

Derrière lui, la meute se réveille au terme d’une sieste qui a duré l’après-midi entière. Un bruit de pattes: la louve Alpha grimpe à sa rencontre. Son compagnon se retourne et la regarde venir. Il la trouve belle avec son pelage gris, presque blanc, et son cœur bat plus vite. Voilà tant d’années qu’ils cheminent ensemble… Et les années passent vite chez les loups, qui ne vivent guère plus vieux que les grands chiens.

Alors ils jouent, se taquinent, roulent l’un sur l’autre en se mordant la crinière pour rire, s’amusent comme des gosses en poussant des grondements furieux. Ils sont toujours très amoureux, et si par malheur l’un d’eux venait à disparaître, abattu d’un coup de fusil, l’autre aurait le cœur brisé mais rebâtirait un couple. Et si l’un d’eux se trouvait en péril, ou malade, ou blessé, son partenaire mettrait tout en œuvre pour lui venir en aide, jusqu’à risquer sa propre vie. Toute la meute ferait pareil. Leur amour est une force, qui soude et dynamise le clan.

Poussant de petits cris aigus, les louveteaux tout ébouriffés émergent de la tanière. Ils vacillent encore sur leurs pattes en clignant des yeux. C’est aujourd’hui le premier jour où ils sortent de ce tunnel profond creusé sous une souche creuse, entre deux racines, où la louve les a allaités pendant trois semaines.

Vivre pour sa famille

Aussitôt le reste de la meute se rassemble autour des petits. Grandes sœurs, grands frères… En tout, dix personnes gardent un œil sur eux et les cajolent comme s’ils étaient les leurs.

Tant qu’ils resteront sous l’autorité du couple Alpha, aucun membre de la meute ne sera autorisé à donner naissance à ses propres enfants. En revanche, sous leur tutelle, tous forment un clan solide, efficace, inventif, dominant un vaste territoire qu’ils ne partagent avec aucune autre meute. Le couple Alpha protège chacun d’entre eux, son intelligence dédoublée permettant au clan de se nourrir à sa faim. Un jour, certains s’en iront. La louve se réjouira de les voir partir fonder d’autres familles, sur d’autres territoires, pour autant que l’humain leur en laisse.

Le loup baisse le front un instant, songeur, compilant en esprit toutes les informations qu’il vient de récolter. Plus tard, par ses attitudes corporelles, dans un concert de glapissements, de grondements et d’aboiements brefs, il fera comprendre à sa troupe les décisions qu’il a prises et la manière dont la chasse de nuit sera menée.

Le message des loups

C’est le moment de se mettre en route. Alors le loup se retourne vers les siens et lève le museau vers le ciel, cou tendu. Il hurle. Ou plutôt, il chante, lançant le premier une note dans la gamme de mi. La note s’élève, rejointe bientôt par la voix de la louve qui s’entrelace à la sienne comme du lierre.

Puis viennent s’adjoindre les hurlements des autres membres du clan, chacun dans la hauteur tonale propre à sa place dans la hiérarchie, le couple Alpha chantant le plus grave, les Oméga le plus aigu et les Bêta formant un chœur avec leurs aboiements. Chaque loup possède un timbre qui lui est propre, et que tous reconnaissent. Ce chant rassemble la tribu. Ceux qui rôdaient aux alentours reviennent en trottinant et se joignent au chœur. Mais ce chant est beau, aussi. Il est chanté pour être beau et pour porter loin le message que la meute est forte. Les hurlements montent en spirale jusqu’à la lune, tandis que tous les loups lèvent la tête à leur tour, heureux. Tel est le monde selon les loups, fait de courage, d’amour et de beauté.

Si vous souhaitez en savoir plus: la campagne de One Voice.

L’expérimentation animale à travers leurs yeux

L’expérimentation animale à travers leurs yeux

L’expérimentation animale à travers leurs yeux
11.01.2016
France
L’expérimentation animale à travers leurs yeux
Expérimentation animale

One Voice mène un combat non violent pour le respect et les droits des animaux. Son indépendance lui donne une liberté de parole et d’action.

« Je me suis recroquevillé au fond de la cage lorsqu’une main a tenté de m’attraper. Plus forte que moi, elle réussit à me saisir. Je fus alors enfermé dans une boîte d’où seule ma tête dépassait. Je ne pouvais pas bouger. J’ai regardé autour de moi et vu des rangées de mes compagnons enfermés de la même manière. Puis un homme s’est dirigé vers moi. Je me mis à respirer plus vite. Je me suis débattu pour tenter de m’échapper, sans succès. L’homme a soulevé une de mes paupières et m’a instillé quelque chose dans l’œil. Tout est devenu flou. La substance me brûlait tandis que ma vision commençait à disparaître. Je ne voyais presque plus rien et la sensation de brûlure persistait.

Je voulais que cela cesse. Je voulais retirer cette substance mais je ne pouvais pas. J’avais si mal. J’avais beau me débattre, je n’arrivais pas à me gratter l’œil. Finalement, l’homme revint. Après avoir examiné mon œil, il me remit dans ma cage vide et froide. J’étais seul, effrayé, et j’avais mal. J’espérais qu’il ne reviendrait pas. »

Merci de signer et de diffuser notre pétition pour interdire les expérimentations sur les primates dans les laboratoires français.

Vous pouvez découvrir les actions de One Voice pour l’abolition de l’expérimentation animale.

Un vison très loin de sa rivière

Un vison très loin de sa rivière

Un vison très loin de sa rivière
05.01.2016
France
Un vison très loin de sa rivière
Exploitation pour la Mode

One Voice s’oppose résolument à l’industrie de la fourrure, qui torture chiens, chats, renards, chinchillas et autres victimes de la mode (voir l’historique de ses actions). L’exemple des visons nous montre à quel point la vie dans ces élevages diffère cruellement de l’environnement naturel. Il est grand temps que la France interdise ces fermes à fourrure, à l’exemple des Pays-Bas, du Royaume-Uni ou du Danemark.

Les visons sont des êtres très indépendants: le mâle vit retiré sur son territoire de trois ou quatre kilomètres le long d’un cours d’eau, qu’il ne quitte qu’au printemps pour rendre hommage à ses voisines. Celles-ci accueillent deux ou trois autres prétendants en leur domaine, mais c’est toutes seules qu’elles élèvent leur demi-douzaine de bébés annuels. Et nul combat n’oppose les mâles reproducteurs, venus parfois de fort loin.

Le reste du temps, notre vison solitaire aime se balader sur ses terres humides, berge boueuse, bord de lac ou bras endormi d’un ruisseau. Un petit monde où il trottine en silence, de jour comme de nuit, faufilant son long corps souple à travers une forêt de roseaux ou plongeant dans l’eau sombre d’un étang. Ici, il attrape une grenouille, là, un petit oiseau en vol. Sous la surface, ses longues vibrisses lui indiquent les mouvements de l’écrevisse et lorsqu’il remonte sur la rive, la musaraigne n’échappe pas à son flair acéré, ni à son ouïe fine. Il agit à sa manière, en toute autonomie. Il n’a besoin de personne. L’estomac plein, il retourne se reposer dans son nid sous une souche, un terrier volé au ragondin.
Ce n’est pas une vie bien longue que celle du vison, quelque six ou sept ans seulement, mais c’est une vie tranquille et parfaite à ses yeux, toute faite de pêches, de chasses et d’aventures.

Lorsqu’il naît, le jeune vison d’élevage n’a pas cette chance. Il a vite fait le tour de sa geôle. C’est une cage rectangulaire de 70 cm de long, 40 de large et 45 de haut, tout en grillage métallique, y compris son plancher. Les pattes semi-palmées des petits s’écorchent à ce support à claires-voies et passent au travers. Un peu d’eau coule d’un vieux tuyau, de la viande est jetée une fois par jour, qui inclut parfois de la chair de visons morts, et sous les cages, des montagnes d’excréments s’accumulent dans une puanteur insensée. S’il s’accroche aux parois de fil de fer, le petit vison peut voir partout alentour, dans le hangar immense, des centaines de cages comme la sienne s’alignant à perte de vue.

Vivre entassé avec les autres est déjà un cauchemar pour le vison solitaire, mais l’absence d’eau où nager ne l’est pas moins. Alors tous les détenus trouvent refuge dans le délire. Tous reproduisent sans fin la même séquence de sauts et de mouvements, le même pas de danse vide de sens dans les cages minuscules. Certains se terrent dans les coins, la queue tranchée à vif, le dos sanglant, l’œil arraché ou pire encore. D’autres enfin ne bougent plus du tout au milieu des vivants, cadavres dont la chair cannibalisée se couvre de mouches bleues. La violence brute règne ici, le bruit constant, les cris, la peur, la mort.

Vers huit mois, quand le vison parvient à atteindre sa taille adulte et que l’hiver le revêt d’une belle fourrure, des hommes aux gants épais viennent le saisir avec une pince. On le jette avec d’autres dans une grande caisse à roulettes poussée entre les cages dans la travée centrale. Lorsque le couvercle se referme, du gaz de moteur asphyxie les visons qui bondissent en tous sens contre la vitre d’observation. La mort est parfois lente à venir pour ces animaux capables de rester sous l’eau un quart d’heure sans respirer. Certains éleveurs brisent la nuque du petit animal ou lui injectent un produit létal.

75 générations de visons suppliciés n’ont pourtant pas suffi à transformer ce mustélidé sauvage en animal domestique. Autrefois chassé par les trappeurs, le vison d’Amérique est élevé en ferme depuis 1872. Il n’est arrivé en Europe qu’en 1926. Partout, de petits éleveurs se sont lancés dans le commerce prometteur de la fourrure de luxe. La guerre les a ruinés et des milliers de visons ont été relâchés dans la nature. Si certains meurent de stress pendant l’opération, la plupart s’adaptent vite à la vie sauvage.

Aujourd’hui encore, nombre de visons parviennent encore à s’échapper des élevages et à grossir les rangs d’une population invasive. On les vend aussi comme animaux de compagnie. Très souvent, les gens les relâchent car il n’est pas si facile de garder un prédateur semi-aquatique dans son salon.
L’arrivée massive de ces animaux d’élevage ne manque pas d’empiéter sur l’espace du vison d’Europe. Ce dernier, plus petit, plus nocturne, n’est pas exploité par l’industrie de la fourrure, mais c’est à cause d’elle qu’il est gravement menacé.

Sensibilité et conscience chez les animaux

Sensibilité et conscience chez les animaux

Sensibilité et conscience chez les animaux
07.12.2015
Sensibilité et conscience chez les animaux
Animaux sauvages

Comme les humains, les non humains sont capables de ressentir du plaisir ou de l’aversion. C’est ce que confirment les scientifiques avec les dernières études sur la « sentience » animale. Une révélation qui pose plus que jamais la question de notre rapport aux autres animaux.

« Il n’y a pas de différence fondamentale entre l’homme et les mammifères supérieurs sur le plan des facultés mentales (…) la différence intellectuelle entre l’Homme et les animaux supérieurs, si grande soit-elle, n’est qu’une question de degré et non de genre. » déclarait déjà, en son temps, Charles Darwin. Il aura fallu attendre le XXIème siècle pour que les scientifiques donnent raison au grand homme et le prouvent avec les dernières études sur la « sentience ».

La sentience, révélatrice de la sensibilité animale

Si la définition précise de la « sentience » et la question de savoir si elle est présente chez tout animal font toujours débat, il est aujourd’hui reconnu par tous que les animaux sont des êtres sensibles, à un degré plus ou moins élevé. Autrement dit, un animal éprouve un ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu’au plaisir et la joie. Des études scientifiques ont d’ailleurs montré que certains animaux présentaient un type de capacités mentales de haut niveau que l’on croyait, jusqu’alors, réservées aux seuls humains comme être conscients d’eux-mêmes, être capables de résoudre des problèmes nouveaux, avoir des représentations mentales ou encore comprendre ce que d’autres animaux savent ou se disposent à faire. Et ce que l’animal soit sauvage, animal de ferme ou animal familier.

Des capacités mentales de haut niveau certifiées scientifiquement

Depuis quelques décennies, nombre d’exemples issus d’une très grande quantité d’études scientifiques attestent cette révélation. Ainsi, les babouins et les pigeons assimilent des concepts abstraits comme la similitude ou la différence. Certains animaux utilisent des techniques pour tromper leur entourage comme le porc qui peut le faire délibérément pour éviter qu’un de ses congénères ne lui vole sa nourriture. Les moutons sont, par exemple, capables de garder le souvenir d’autres moutons ou de personnes humaines pendant au moins deux ans. Un mouton réagit aussi de façon émotionnelle à un visage : il préfère un mouton ou un humain aimable à un mouton ou un humain en colère. Les poulets comprennent qu’un objet caché continue d’exister, une faculté qui dépasse celle des enfants en bas âge. Les grands singes et les grands dauphins montrent qu’ils sont conscients d’eux-mêmes et se reconnaissent dans un miroir…

L’animal a un « monde intérieur »

Au moment où nous célébrons le 200ème anniversaire de la naissance du père de l’évolution, la science fait un pas de plus en assurant que l’être humain n’est pas le seul « animal » capable de planifier à long terme. Une étude scientifique publiée en mars 2009 a, par exemple, révélé qu’un chimpanzé mâle de 31 ans, détenu au zoo de Furuvik, en Suède, planifie son avenir. Le matin, avant l’ouverture du zoo ce chimpanzé, prénommé Santino, ramasse et empile des cailloux. Plus tard, dans la matinée, il jette ses cailloux en direction des visiteurs. L’animal stocke des munitions uniquement sur le versant de l’île qui fait face aux spectateurs, mais il ne stocke jamais de munitions pendant la période de fermeture du zoo, en hiver. Pour Mathias Osvath, spécialiste en sciences cognitives à l’Université de Lund en Suède et auteur de l’étude en question, « ces observations montrent de façon convaincante que nos frères les grands singes envisagent bel et bien l’avenir d’une manière très complexe. (…) Ils ont très vraisemblablement un « monde intérieur », comme nous lorsque nous revivons en pensée des épisodes passés de notre existence ou lorsque nous pensons aux jours à venir. »

Repenser le rapport de l’homme à l’animal

Depuis 1997, l’Union européenne reconnaît les animaux comme des « êtres sensibles ». Ainsi, le droit européen oblige les Etats membres à « tenir pleinement compte des exigences en matière de bien-être animal. » Cependant, les découvertes de ces dernières années en matière de « sentience » posent véritablement une autre question, essentielle : celle du rapport de l’homme à l’animal. En effet, si les animaux sont conscients de ce qu’ils ressentent, s’ils savent où ils sont, avec qui ils sont, comment l’homme peut-il continuer à le traiter comme un objet, à s’en servir comme un jouet ou un souffre douleur, à l’exploiter, à l’enfermer, à le martyriser, à le maltraiter ? Alors que la science découvre sans cesse de nouvelles informations sur la capacité des animaux à ressentir, éprouver, penser… il est temps pour l’homme de repenser la façon dont il pourrait être utile aux animaux plutôt que la façon dont les animaux pourraient lui servir. C’est à cette prise de conscience qu’œuvre One Voice à travers ses campagnes et sa proposition de débat public sur le sujet.

Sentience des animaux

Le rapport sur la sentience animale

Au « jeu de la mort » les animaux préfèrent l’empathie

Au « jeu de la mort » les animaux préfèrent l’empathie

Au « jeu de la mort » les animaux préfèrent l’empathie
03.12.2015
Au « jeu de la mort » les animaux préfèrent l’empathie
Expérimentation animale

Dans «La zone Xtrême», des humains choisissent d’infliger un choc électrique à l’un d’entre eux. Chez les animaux, des expériences similaires révèlent un choix différent.

Dans le jeu « La zone Xtrême », des humains choisissent d’infliger un choc électrique à l’un d’entre eux. Chez les animaux, des expériences similaires révèlent un choix différent.

Le 17 mars 2010, les téléspectateurs de France 2 ont pu suivre la première partie d’un documentaire sur le thème « jusqu’où va la télé ». Sous le prétexte d’un jeu télévisé, « La zone Xtrême », des candidats, soutenus par le public, se sont montrés capables de mettre en péril la vie d’un être humain. Sous le contrôle d’une animatrice autoritaire, ils ont cru lui administrer des châtiments sous forme de décharges électriques, lorsqu’il était incapable de répondre aux questions posées. Si la victime était en réalité un acteur, chargé de mimer une douleur croissante, les résultats n’en sont pas moins inquiétants.

Pour reprendre les propos de Christophe Nick, auteur et réalisateur du documentaire : « la télé peut faire faire n’importe quoi à n’importe qui ».

L’humanité en question

Ce premier épisode du reportage, encadré par une équipe scientifique, s’inspire d’une expérience de psychologie sociale plus ancienne, réalisée en 1963. L’étude d’alors révélait que face à l’autorité d’hommes en « blouses blanches », 60 % des êtres humains acceptaient d’administrer un choc électrique à un autre humain, au prétexte qu’un homme de science le leur avait demandé. En 2010, d’après les résultats obtenus, ce sont 81 % des participants à la « Zone Xtrême » qui sont prêts à se transformer en bourreau si une animatrice le leur ordonne… Les bourreaux d’un instant ont tout de même bénéficié d’un soutien psychologique à l’issue des expériences. Châtier n’est pas un acte anodin. Ce résultat bouscule la notion « d’humanité ». Qualité suprême d’après les humains – car servant à les définir – que devient-elle une fois soumise à l’autorité ? L’autorité, qu’elle soit incarnée par des scientifiques ou par un média, nous conduit-elle à perdre notre libre arbitre, à oublier notre conscience et notre capacité de compassion ?

Le contrepoint des animaux

Des expériences similaires ont été réalisées avec des animaux mais leurs conclusions sont largement différentes. Les animaux préfèrent ne pas recevoir de nourriture plutôt que d’infliger un choc électrique à autrui (à noter que dans « Zone Xtrême » il n’y avait rien à gagner). Il en va ainsi des singes rhésus par exemple. Dans une expérience réalisée en 1964, 80% des singes ont arrêté d’actionner la chaîne qui leur délivrait de la nourriture quand ils se sont aperçus que cela infligeait une décharge à l’un de leurs compagnons. Ils ont préféré avoir faim plusieurs jours durant… La même expérience, réalisée avec des rats, a eu les mêmes conclusions : les rats ont préféré cesser de s’alimenter plutôt que de faire souffrir un de leurs congénères.

De l’empathie à l’altruisme

Frans de Wall rapporte également d’autres cas. Dans « L’âge de l’empathie, leçons de la nature pour une société solidaire », l’éthologue relate des expériences où les animaux souffrent de voir l’un des leurs souffrir… Il décrit notamment comment le cœur d’une oie femelle s’accélère lorsque son mâle est prix à partie par une autre oie. Il reprend aussi une expérience réalisée avec des souris, qui montre que lorsque deux souris ont passé du temps ensemble, un stimulus douloureux appliquée à l’une rend l’autre plus sensible à la douleur. Ou encore : lorsqu’un singe capucin a le choix entre un jeton qui lui donne droit à de la nourriture, et un autre jeton qui fait également gagner de la nourriture pour son compagnon, il choisit systématiquement celui qui permet de récompenser les deux…

Développer la compassion au quotidien

Tandis que la notion de sentience animale s’installe peu à peu, la diffusion du premier volet du documentaire de Christophe Nick et la publication du livre de Frans de Wall, poussent à s’interroger sur la nature humaine. Que devenons-nous face à l’autorité ? Comment se réapproprier l’humanité que – finalement (sic) – nous semblons partager avec d’autres membres du règne animal ? Pour retrouver notre libre arbitre, ne devrions-nous pas réapprendre à écouter notre conscience ? Car en développant la place de la compassion dans nos vies, en apprenant que le respect de toute vie, c’est aussi le respect de soi, nul doute que l’humanité – justement – en sortirait grandie…

Article publié par One Voice en 2010

Des chiens altruistes et des pieuvres en colère : sentience animale

Des chiens altruistes et des pieuvres en colère : sentience animale

Des chiens altruistes et des pieuvres en colère : sentience animale
03.12.2015
Des chiens altruistes et des pieuvres en colère : sentience animale
Animaux familiers

À chaque nouvelle étude, la sentience animale se révèle plus évidente que jamais. Dans ces conditions, l’homme peut-il continuer à se mentir sur la réalité de la conscience animale ? Pour One Voice, il est temps de changer notre regard et nos comportements.

Sentience. Le terme est encore peu connu ou mal interprété. Lorsqu’on évoque la sentience animale, il fait rire ou, au mieux, interloque. Pourtant, ce néologisme emprunté à l’anglais définit une réalité démontrée par nombre d’études et de travaux scientifiques à travers le monde : les animaux ont la capacité de percevoir et de ressentir des émotions et, par conséquent, ils ont des désirs, des buts, une volonté qui leur sont propres. Ce sont des êtres « sentients ». Ils sont capables de sentir, de penser et d’avoir une vie subjective. Et ce, qu’ils soient vertébrés ou pas.

Des êtres intelligents et conscients

À cet égard, le chien, sans doute l’animal le plus proche de l’homme, est une source riche d’enseignements. De nombreuses études montrent que le canidé domestique fait preuve non seulement d’intelligence mais qu’il est aussi un être sensible. Certains propriétaires s’exclament, en parlant de leur chien, « Il ne lui manque plus que la parole !». Mais ils l’ont. Des études ont démontré que le chien a développé une gamme d’aboiements pour exprimer différentes situations ou sensations. Il est aussi capable d’apprendre et de retenir du vocabulaire. Dans une émission allemande, on avait pu voir un border collie se souvenir du nom de 200 jouets. Ce qui a été confirmé par la suite scientifiquement, notamment par la spécialiste des sciences cognitives, Juliane Kaminski. Plus surprenant encore, l’équipe de chercheurs de Range a constaté que les chiens étaient capables « d’imitation sélective d’un comportement en fonction de la situation ». Autrement dit, ils peuvent, comme l’explique Brian Hare, de l’institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, « penser à votre intention : ils peuvent rechercher une explication de votre conduite et se livrer à des déductions sur ce que vous devez être en train de penser. »

Des animaux moins domestiqués, comme les souris ou les rats, font eux aussi preuve de compréhension à l’égal des humains ou de certains primates. Des travaux réalisés sur les criquets, les limaces et les escargots ont montré que ces animaux établissaient des priorités et faisaient des choix. En Australie, des chercheurs ont découvert que les abeilles étaient capables de « compter » en remarquant un nombre de points et en se les remémorant. Selon l’éthologue Theresa Burt de Perera, du Kable College d’Oxford, « les poissons sont capables d’apprendre et de se souvenir, ils possèdent un ensemble de capacités cognitives qui surprendrait beaucoup de monde. »

Une vie émotionnelle propre

Ce que confirme aussi de plus en plus la science, c’est qu’un grand nombre d’espèces animales ont leur propre type de vie émotionnelle. Ils ressentent joie, colère, stress et, plus étonnant, nombre d’animaux ont le sens de l’équité et agissent en faisant preuve d’altruisme. Là encore, le « meilleur ami de l’homme » en donne un exemple éloquent : dans le cadre d’une expérience au cours de laquelle deux chiens devaient donner la patte et recevaient en échange une récompense, si un seul des chiens était récompensé, le chien lésé se détournait du jeu et de l’humain pour lui manifester son dégoût. Les souris ont démontré, quant à elles, leur propension à l’empathie : au cours d’une expérience où des souris étaient alimentées alors qu’au même moment d’autres souris recevaient un choc électrique, les souris ont arrêté de s’alimenter pour préserver leurs congénères moins bien loties. Le rat aime jouer et il est même chatouilleux. Ces moments de plaisir il les recherche auprès d’autres rats. Tout comme le cheval qui a un véritable besoin de communiquer avec ses semblables. Des contacts sociaux qui, selon Christine Nicol de l’université de Bristol, « le rend plus calme et plus intelligent. ».

Les mollusques et les crustacés aussi

Si une vaste majorité des animaux sensibles sont des vertébrés, la science a démontré que des mollusques céphalopodes, comme le poulpe, présentent « un potentiel de douleur et de souffrance ». Tout comme la capacité de se mettre en colère. Suite à une série de pannes, les responsables de l’aquarium Sea Star de Coburg, en Allemagne, ont découvert qu’un poulpe grimpait la nuit sur le bord de son aquarium pour asperger d’un jet d’eau un spot dont la lumière devait le gêner. A l’aquarium de Seattle, ce sont des pieuvres qui expriment leur mécontentement. Lors du nettoyage de l’aquarium, elles virent au rouge vif et essayent d’attraper les objets de nettoyage. Une biologiste a même remarqué qu’une pieuvre s’en prenait à elle et l’aspergeait à chaque fois que la jeune femme venait vérifier le débit d’eau à l’aide d’une torche, ce qui devait la déranger. Les chercheurs du Département de Neurobiologie de l’Université hébraïque de Jérusalem ont mis en évidences chez les poulpes « des similitudes frappantes avec le cerveau des vertébrés ». Au Royaume-Uni, le poulpe bénéficie d’ailleurs d’une protection légale qui le met à l’abri d’expériences invasives. De récents travaux des chercheurs de la Queen’s University (Irlande du Nord), attestent quant à eux de la souffrance des crustacés : après un choc électrique, des pagures préfèrent changer de coquille et présentent un comportement de stress, se manifestant notamment par une friction de l’abdomen à l’image d’un humain qui vient de se brûler au doigt et le met dans sa bouche pour calmer la douleur.

Changer le monde

À la lumière de toutes ces recherches et découvertes, l’être humain ne peut plus ignorer que des milliers d’espèces ont une vie émotionnelle, souffrent et éprouvent de la joie et du plaisir. Une étude récente du Docteur Eleanor Boyle conclut même que « tous les animaux vertébrés devraient être considérés comme sentients et certains invertébrés aussi… » L’être humain peut-il alors continuer à maltraiter les animaux dans des élevages inadaptés, à les faire souffrir dans les laboratoires, à les exploiter pour le seul bénéfice de l’espèce humaine ? Le chemin de la prise en compte de la sensibilité animale est long et semé d’embûches. Ses détracteurs, y compris parmi les scientifiques et les philosophes, sont aujourd’hui encore nombreux. En relayant les résultats des recherches en matière de sentience, en vulgarisant les connaissances acquises dans ce domaine, One Voice entend changer le regard des humains sur les animaux. En adoptant un comportement respectueux envers les autres espèces, One Voice est certaine que l’espèce humaine peut créer les conditions d’une paix réunissant tous ceux qui partagent avec elle, la planète bleue.

Agir

Pour nous aider à alerter le public quant au sort des animaux et initier un changement de comportement à leur égard, vous pouvez commander et diffuser autour de vous nos cartes sur la Sentience des animaux et découvrez notre rapport.

Sentience des animaux

Le rapport sur la sentience animale

Ingrid Visser: une vie consacrée aux orques

Ingrid Visser: une vie consacrée aux orques

Ingrid Visser: une vie consacrée aux orques
02.12.2015
Ingrid Visser: une vie consacrée aux orques
Exploitation pour le spectacle

Témoignage : Ingrid Visser, biologiste marine réputée pour ses études sur les orques, mène un combat acharné pour la libération de Morgan.

One Voice vous livre le témoignage de Ingrid Visser, biologiste marine connue pour ses études sur les orques. À travers la Free Morgan Foundation, Ingrid mène un combat acharné pour la libération de l’orque Morgan.

Cela fait plus de vingt ans que j’étudie et que je vis en Nouvelle-Zélande, au plus près des orques. J’ai appris à ne jamais les sous-estimer et à les respecter en tant qu’individus ayant chacun son caractère. Chaque orque est une personne. Loin des clichés d’ « orques tueuses », je suis témoin de leur empathie, de leur solidarité…

L’empathie de Nobby

Un mâle appelé Nobby, que j’ai connu jeune, avait un tel caractère que j’ai fait de lui le personnage principal d’un livre pour enfants. Je l’ai vu chasser les raies dans les eaux peu profondes qui entourent les côtes de la Nouvelle-Zélande et j’ai participé à son sauvetage quand il s’est échoué sur une plage au cours d’une chasse. Il doit son nom au Nobby’s Point, un cap au large duquel il avait été photographié quand il était jeune. À l’âge adulte, il s’est fait piéger un jour dans une ligne de pêche qui lui a entaillé la nageoire dorsale, si bien qu’un « nœud » est apparu sur le bord frontal, près de la base de la nageoire dorsale. Depuis son échouage et son sauvetage, il montre un intérêt particulier pour les chiens et s’approche souvent des bateaux ayant des chiens à leur bord. Les chiens ont alors tendance à aboyer et Nobby nage sous l’eau, se retourne pour les voir, puis refait surface hors de leur portée. Il les rend fous, mais il adore cela. Par ailleurs, on le voit souvent s’occuper des jeunes orques de son groupe et ses « meilleurs amis » sont Anzac, une jeune femelle, et Ben, un mâle adulte. Ces deux orques ont été heurtées par des bateaux et il est clair que Nobby les a soignés. Il a de l’empathie pour Anzac et Ben et je l’ai souvent vu attraper des raies et les partager avec eux.

La solidarité pour Dian

Dian, une femelle adulte, était prise dans une ligne attachée à un casier à homards. Jusqu’à la fin de l’incident, ses congénères ne l’ont pas quittée et deux jeunes orques (probablement son dernier petit et le précédent) l’ont soutenue physiquement jusqu’à ce qu’elle atteigne la surface pour respirer. Quand je me suis approchée avec mon bateau pour prendre la mesure de la situation et la libérer, les deux jeunes se sont interposés entre elle et mon bateau jusqu’à ce qu’ils aient décidé que nous n’étions pas une menace pour elle. Sans leur aide, Dian se serait certainement noyée, car le poids attaché à la ligne pesait plus de 35 kg… c’était trop pour permettre à l’orque de remonter continuellement à la surface pour respirer. Pendant que je démêlais le câble, Dian a attendu patiemment, renversée sur le côté. Dans cette position, elle ne pouvait pas respirer mais elle est restée calme et à intervalles de quelques minutes, je relâchais ma prise sur sa queue pour lui permettre de refaire surface. Une fois libérée, elle est restée un moment immobile à côté du bateau. Elle se demandait certainement si elle était vraiment libérée de ce câble dont elle venait d’être prisonnière pendant au moins deux heures. Puis, dès qu’elle en a eu la certitude, Dian est repartie avec les autres orques du groupe qui nageaient à ses côtés.

La coopération des cétacés

De tels exemples de coopération ont été observés et décrits chez diverses espèces de cétacés (baleines, dauphins et marsouins), qu’il s’agisse de protéger des personnes ou de se protéger mutuellement contre des prédateurs, ou bien de chasser en groupe. J’ai fait état d’orques chassant des raies, des requins et des phoques puis se partageant ensuite la proie. Il semble que le partage des proies soit un moyen pour ces animaux de renforcer leurs liens sociaux. On pense aussi que c’est un moyen d’apprendre aux jeunes à manipuler des proies, surtout des proies dangereuses comme les requins et les raies pastenagues. Compte tenu de l’importance des liens sociaux que j’ai pu constater pendant des épisodes stressants, comme les emmêlements et les échouages, je suis intimement persuadée que ce n’est pas simplement pour profiter du partage de nourriture que ces animaux coopèrent ainsi.

Une culture avec des « chants populaires »

Les spécialistes des cétacés n’admettent que depuis peu de temps que le terme de culture puisse s’appliquer non seulement aux humains, mais aussi aux cétacés. Si nous examinons la définition actuelle de la culture en anthropologie (l’étude de l’être humain), un mode de vie établi par un groupe d’humains et transmis d’une génération à l’autre, il n’est pas difficile de se rendre compte qu’en remplaçant le mot « humains » par le mot « cétacés », on conserve une définition concrète et réelle. Les cétacés utilisent des méthodes de communication complexes, dans certains cas, des dialectes et des « chants populaires » qui changent chaque année. Elles utilisent également différentes méthodes pour chasser des proies, la même proie pouvant être capturée d’une manière différente selon le groupe d’orques. Par exemple, en Argentine, la chasse au phoque se fait en jaillissant sur la plage, en Antarctique, en se servant des vagues pour éjecter l’animal de la glace et, en Amérique du Nord, en tendant une embuscade le long des côtes. Et ces méthodes se transmettent d’une génération à la suivante… Ce sont bien là des aspects de ce que l’on appelle une culture. La culture des cétacés.

Découvrez la campagne de One Voice pour libérer Morgan et pour obtenir le statut de personne animale pour les cétacés !

Entretien avec Albert Lopez

Entretien avec Albert Lopez

Entretien avec Albert Lopez
02.12.2015
Entretien avec Albert Lopez

Décembre 2014. Albert Lopez, l’ex-dresseur de l’orque Ulysse et des dauphins du zoo de Barcelone et du delphinarium de Oltremare, dévoile à Muriel Arnal les coulisses de ces centres de détention et d’esclavage…

Muriel Arnal : Un jour, tu as décidé de « traverser le miroir » et d’arrêter ton activité de dresseur. C’est particulièrement courageux et ton témoignage est essentiel pour soutenir notre combat. Je te remercie profondément de dévoiler ce qui peut se passer dans les coulisses de ces centres. Ce que tu sais d’Ulysse est éminemment significatif à cet égard…

Albert Lopez : Oui, je me souviens, Ulysse est resté seul dans le bassin du zoo avec un dauphin, pendant 12 ans. J’étais seul moi aussi. Car j’étais jeune et les autres employés du zoo n’aimaient pas les animaux. C’est pourquoi nous avons tissé des liens. La première année où Ulysse est arrivé, il a été gravement blessé par les dauphins. Un dauphin mâle l’a battu et mordu si grièvement qu’Ulysse était mourant. Il restait prostré, sans manger, en grande souffrance. Chaque jour, j’allais dans l’eau, à ses côtés, pour le soigner. C’est ainsi que nous sommes devenus amis, nous le sommes restés pendant toute sa détention à Barcelone.

M.A. : Pourquoi ce dauphin a-t-il attaqué Ulysse ? Un dauphin ne se comporte pas comme cela dans la nature. Est-ce la promiscuité ? Le stress de la captivité ?

A.L. : Ces attaques étaient compréhensibles car quand l’orque est arrivée dans le bassin, les dauphins qui y étaient détenus ont eu très peur. Le dauphin mâle a battu Ulysse et lui a fait très mal. Après, Ulysse n’est resté qu’avec les dauphins femelles mais elles étaient toujours sur leurs gardes avec lui. L’une d’elles a eu un petit, prénommé Inuk. Elle est devenue plus agressive encore avec Ulysse parce qu’elle avait peur, elle surveillait continuellement Inuk. Quand Ulysse et Inuk jouaient et qu’Inuk se faisait un peu mal, il retournait voir sa mère et celle-ci mordait Ulysse. Inuk est le premier dauphin né au zoo et qui ait survécu plus de deux ans ; les autres ne survivaient pas car leurs mères ne savaient pas leur apprendre à manger. Inuk, lui, a été éduqué par Ulysse qui s’est occupé de lui et lui a appris à manger le poisson. Ulysse était très petit quand il est arrivé, il a grandi avec les dauphins, il n’avait pas conscience qu’il était une orque. Il pensait qu’il était dauphin. Les années suivantes, il est resté avec une dauphine nommée Nereida. Ils ont tissé des liens mais c’est Nereida qui décidait. Pendant toute sa détention, Ulysse n’a jamais fait aucun mal aux dauphins. Il était très doux. Chaque matin, il m’attendait. J’allais directement le voir, lui parler, jouer avec lui.

M.A. : Ta relation avec Ulysse est constituée, me semble-t-il, de moments cruciaux…

A.L. : Ulysse m’a sauvé la vie à deux reprises. Un jour, je réparais un équipement au fond du bassin. Je n’avais pas pris de palmes, pour être plus à l’aise pour travailler. Et je m’étais lesté avec trop de poids. Quand ma bouteille a été vide, je n’ai pu remonter à la surface. À ce moment-là, Ulysse est venu se placer à côté de moi, m’a présenté sa nageoire dorsale que j’ai attrapée. Et il m’a remonté à la surface. C’est la première fois qu’il adoptait un tel comportement. Quelques jours plus tard, j’ai dû retourner poursuivre les réparations. J’avais mis des palmes et moins de poids pour me lester. Au moment où je descendais au fond du bassin, Ulysse m’a mordu tout doucement la cuisse, à deux reprises. Je n’ai pas compris immédiatement pourquoi. Un collègue m’a alors dit, il fait cela pour t’avertir du danger et te demander de ne pas prendre ce risque. Alors j’ai posé tout mon matériel, et je suis allé dans l’eau, en maillot de bain, et nous avons joué. Ulysse était rassuré. Après cet épisode, Ulysse n’a jamais plus supporté que je porte des palmes ou même un masque. Il venait systématiquement m’ôter mon masque avec sa gueule. Il tolérait juste le maillot de bain, rien d’autre. Chaque jour, après le spectacle, je restais jouer avec Ulysse. C’était en dehors de mon travail, je ne lui donnais pas de nourriture comme pendant le spectacle. Il n’y avait alors ni dressage ni aucune soumission. Il était libre de jouer s’il en avait envie. Et s’il ne voulait pas, il l’exprimait. Mais il avait toujours envie qu’on joue ensemble !

M.A. : Penses-tu qu’Ulysse continue à jouer avec des humains là où il est aujourd’hui ?

A.L. : Non, à SeaWorld, jouer avec les orques sans les soumettre par la nourriture, est absolument interdit. D’ailleurs, il est à présent interdit d’aller dans l’eau avec elles car certaines orques sont dans de telles souffrances qu’elles ont perdu la raison et tué leur dresseur.

M.A. : Toutes les personnes humaines qui ont tissé une relation avec des personnes cétacées en reste profondément marquées à vie…

A.L. : Oui, cette relation était très forte, trop forte. Comme la relation d’amour qu’on peut avoir avec un animal. Ulysse était mon ami. Je pensais à lui à chaque instant, car, à la différence d’un chien, nous ne pouvions être ensemble. Moi, j’étais au zoo sept heures chaque jour, mais le reste de la journée Ulysse était seul. Moi, j’avais une vie dehors, lui restait seul avec Nereida, sans rien faire, sans pouvoir nager ou bouger librement, enfermé dans ce bassin de béton, dans cette eau trop chlorée et acide, qui lui brûlait la peau et les yeux.

M.A. : Ce que tu dis me fait penser à un chien ou un chat qu’on laisse seul dans sa cage le jour, la nuit, le week-end, les vacances, isolé et malheureux…

A.L. : Oui tout à fait, c’est comme ça pour les chiens « de travail », les chiens sont enfermés dans les cages toute leur vie. Quand tu ne peux pas être avec ton chien, il souffre, c’était pareil pour Ulysse.

M.A. : Pour en revenir à Ulysse, recevait-il de la nourriture en dehors des spectacles ? Prenait-il des médicaments ?

A.L. : Ulysse mangeait 60 kg de poisson par jour. Comme aux dauphins, je lui donnais à manger 5 ou 6 fois par jour pour qu’il s’ennuie moins. Ulysse et les dauphins prenaient des vitamines et des médicaments pour protéger leur estomac des maladies causées par le stress de la captivité. Ulysse avait un abcès à la queue qui ne guérissait pas et s’aggravait deux ou trois fois dans l’année. C’était handicapant pour lui. Alors il avait des antibiotiques. À Barcelone, nous n’utilisions pas de tranquillisants. En Italie, où j’ai travaillé ensuite, ils donnaient des hormones aux dauphins pour les tranquilliser, moi j’ai tenté de stopper ce système.

M.A. : As-tu revu Ulysse ?

A.L. : Un an après son départ, je suis allé à SeaWorld pour le voir. Mais cette entreprise a des règles très strictes. Je n’ai pas pu nager avec lui et je n’ai pas pu bien le voir, ce n’est pas possible d’avoir des interactions sans aller dans l’eau avec lui. Je pourrais le voir sur internet car il est filmé en direct avec une webcam mais je ne le regarde pas car ça me fait mal.

M.A. : Cela reviendrait pour la plupart d’entre nous à être séparé d’un animal aimé et, de plus, détenu dans des conditions de maltraitance. C’est insupportable… Te souviens-tu de situations précises pouvant être à l’origine de ta décision courageuse ?

A.L. : Lors de mon premier emploi dans un zoo, à 18 ans, la première chose qu’on m’a demandé de faire était de tuer un dingo. Quand j’ai demandé pourquoi il fallait le tuer, on m’a dit il n’y avait pas d’installation pour lui. À ce moment-là, j’ai compris qu’un zoo est une entreprise commerciale qui enferme et exploite les animaux. Et je suis resté pour tenter de changer cela, pour les animaux. Avec les dauphins, la première chose que m’a apprise le responsable était de les frapper sur le dos avec un bâton pour les faire passer d’un bassin à l’autre. J’ai proposé d’apprendre cela aux dauphins, mais l’instructeur m’a dit que c’était plus facile de les battre. J’ai pu faire cela pour les dauphins, leur apprendre à passer d’un bassin à l’autre. J’ai pu leur éviter les coups. Mais un jour, j’ai compris que je ne pouvais pas changer les choses, alors j’ai cessé ce métier et j’ai décidé de rejoindre le mouvement associatif pour faire fermer les delphinariums et les zoos.

M.A. : Que penses-tu de la manière dont les humains traitent les cétacés ?

A.L. : Pour dire si les baleines sont intelligentes ou non, il faudrait avoir la même intelligence qu’elles, une intelligence qui permette de comparer. Nous ne l’avons pas. Et les humains ont commis beaucoup de crimes, jamais les baleines. J’en déduis qu’elles sont plus intelligentes que nous, les humains. Les cétacés vivent sur un autre plan car ils ont évolué dans la mer. Les orques, comme les grands dauphins, ont un comportement social très développé, similaire à celui des humains.

M.A. : Mais c’est un comportement sans la violence qui apparaît chez les humains…

A.L. : Oui, exactement.

Une occasion unique pour la fermeture des delphinariums !

Une occasion unique pour la fermeture des delphinariums !

Une occasion unique pour la fermeture des delphinariums !
17.11.2015
Marineland, Antibes, France
Une occasion unique pour la fermeture des delphinariums !
Exploitation pour le spectacle

Après la mort de Valentin, consécutive à la vague de deux mètres qui a submergé le Marineland d’Antibes en octobre 2015, One Voice a lancé une campagne pour Moana et tous les autres. Les delphinariums doivent fermer ! Une mobilisation nationale est nécessaire pour influer sur la loi biodiversité en cours de révision !

Un drame qui mobilise

Le 12 octobre 2015, Valentin, un jeune adolescent de 19 ans, a été trouvé mort dans son bassin du Marineland d’Antibes. La cause de son décès : une torsion de l’intestin probablement consécutive à un stress important. Et du stress, Valentin en a eu. Valentin est une orque. Il aurait dû naître dans l’océan et vivre au sein de sa tribu pendant plusieurs dizaines d’années — Granny, la doyenne des orques sauvages, a dépassé le siècle. Il en aurait appris le dialecte, les traditions et en aurait protégé les membres. Les familles orques sont soudées. Et puis, il aurait grandi près de sa mère, restant à ses côtés, toujours, même devenu vieux. Le lien mère-fils est très fort chez les orques. Mais Valentin est né dans un bassin. On lui a appris à obéir pour être applaudi. Et en juin 2015, sa mère, Freya, est morte. À seulement 33 ans.

Un commerce, un esclavage, une torture

Freya avait été volée à sa famille, qui nageait au large de l’Islande, lorsqu’elle n’était qu’un bébé. Sa vie dans un bassin n’a été qu’une longue souffrance, comme pour tous les cétacés captifs. Elle a connu plusieurs fausses couches, toutes consécutives à une insémination artificielle. On ne plaisante pas avec les gènes dans les delphinariums. Nombreux sont ceux à penser que cela a conduit Freya à plonger dans une profonde dépression. Sa fin prématurée a été un choc pour Valentin qui, depuis, demeurait prostré. La vague de boue qui a submergé le Marineland n’aura été qu’une ultime épreuve. Mais est-ce une mort ou une délivrance ? En captivité, les orques ne vivent guère longtemps. Il est donc urgent de sauver Moana et les autres compagnons de Valentin, ainsi que tous les cétacés captifs !

La loi biodiversité : une opportunité unique

La loi biodiversité va être revue en janvier 2016. Dans ce cadre, One Voice a demandé l’interdiction des delphinariums et obtenu un moratoire. Deux nouveaux projets de delphinariums ont ainsi, au moins temporairement, été bloqués. Ce texte doit en effet s’appuyer sur la mise en application du principe de solidarité écologique. Or, l’activité commerciale des delphinariums est contraire à ce principe. Effectivement, non seulement ils infligent des souffrances à des animaux sauvages captifs, faute de pouvoir satisfaire leurs besoins physiologiques fondamentaux (eau chlorée, espaces confinés etc.), mais ils présentent aussi une vision dénaturée de ces espèces, encourageant de surcroît
leur capture et leur commerce.

Une mobilisation nationale

One Voice, avec le soutien de
Animalter, ASPAS, Dauphins Libres, FAADA, Marine Connection et SOS Grand Bleu, réclame que la loi biodiversité interdise les delphinariums et ordonne le transfèrement de tous les cétacés captifs dans des enclos marins selon, par exemple, les préconisations du Docteur Ingrid Visser. Pour soutenir notre demande, signez et diffusez

la pétition !