Les blaireaux, ces héros si discrets

Les blaireaux, ces héros si discrets

Les blaireaux, ces héros si discrets
28.04.2020
France
Les blaireaux, ces héros si discrets
Animaux sauvages

Avec leur pelage noir et blanc, les blaireaux sont facilement identifiables. Mais rares sont ceux qui ont la chance de pouvoir observer ces mustélidés réservés. Portrait de travailleurs enthousiastes, solidaires et pacifiques qui méritent tout notre respect… plutôt que d’être assassinés jusqu’au fond de leur terrier.

Quand on surprend un individu à la nuit tombée, pointant son nez hors de son terrier, on croit rêver. La timidité des blaireaux européens (Meles meles) est telle qu’ils préfèrent se faire la belle s’ils repèrent le moindre danger grâce à leur odorat très développé. Ce n’est pas pour rien qu’ils choisissent de passer plus de la moitié de leur vie, bien à l’abri dans leur logis.

Architectes responsables

Fouisseurs et terrassiers hors pair, c’est sous terre qu’ils se calfeutrent. Mais leurs refuges n’ont rien de simples grottes, creusées n’importe où à la va-vite ! En bons ingénieurs, ils ne choisissent pas leurs adresses au hasard. Lorsqu’ils en ont la possibilité et que l’environnement n’est pas trop fortement anthropisé, ils privilégient les milieux discrets (sous-bois, bosquets, haies), en retrait des activités humaines. Leurs vrais coups de cœur vont aux sols à la fois meubles et résistants et si possible en pente (talus, flancs de coteau…) qui faciliteront le déblayage et le drainage. Ils s’assurent également de la structure de la végétation alentour dont les racines garantiront la pérennité de leurs ouvrages, ainsi que de la présence d’eau et de ressources alimentaires suffisantes pour l’ensemble de leur petite tribu.

Infatigables bâtisseurs

Une fois le lieu de leur futur domicile repéré, les travaux peuvent commencer. Et ils peuvent compter sur leur endurance, leur courage, leur ardeur et les prouesses de leurs pattes pour concevoir de véritables cryptes dignes de celles des cathédrales ! Ainsi, certains terriers s’étendent parfois sur plusieurs hectares. Il faut dire que chez les blaireaux, on prend soin de l’héritage familial. Leurs demeures s’agrandissent au fil des générations, avec un enchevêtrement de galeries s’enfouissant jusqu’à cinq mètres de profondeur ! Chacune dessert des étages et des chambres destinées à des usages spécifiques : dortoirs, salle des naissances et même latrines ! Très soucieux du confort et de l’hygiène de leur logis, les rois du ménage nettoient régulièrement leur intérieur, aèrent les litières et même les renouvellent, en revenant d’expéditions en surface chargés de mousse et de brassées d’herbes sèches ou de fougères.

 

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— Robert E Fuller (@RobertEFuller) March 26, 2020

 

L’esprit de groupe

Chacun des adultes occupant la maisonnée prend part aux corvées domestiques. Ici, les femelles n’ont pas à se plaindre des mâles pour les épauler ! Et il y a toujours fort à faire au sein de l’habitat collectif qui regroupe en moyenne une dizaine d’individus, jeunes inclus. Très soudé, le clan familial partage tout, y compris la même odeur avec laquelle il balise allègrement son territoire. Outre les marquages olfactifs, les blaireaux utilisent également pour communiquer une large gamme de signaux sonores allant des ronronnements aux hurlements, en passant par les gémissements, couinements, bêlements, et autres grognements. Et quand les petits s’amusent ensemble dans l’herbe fraîche du printemps, ce sont de joyeux piaillements ! Y compris lorsqu’ils jouent avec leurs voisins les renardeaux, dont les parents squattent une partie de leurs terriers inoccupés, sans que personne ne s’en offusque !

Réputation mensongère

Ainsi, les blaireaux n’ont rien de ces monstres abjects dépeints et massacrés par les chasseurs. Noctambules souterrains et prudents, ils pâtissent de leur discrétion et de la méconnaissance qui les entoure. Depuis le Moyen Âge au moins, on leur reproche en cascade, leur odeur, leur noirceur, et pourquoi pas d’avancer masqués… Aujourd’hui, leurs détracteurs tentent de justifier la haine qu’ils leur vouent en les accusant de voler quelques épis dans les cultures, d’être vecteurs de maladies, de mettre parfois en péril des infrastructures urbaines. Autant d’arguments exagérés, voire fallacieux, illustrant surtout l’incapacité de certains humains à supporter la présence de la faune sauvage à leurs côtés, même lorsque ce sont eux qui l’envahissent ! Dans ce combat inégal et injuste, les blaireaux font figure de parfaits boucs émissaires. On peut leur faire porter tous les chapeaux s’ils manquent à la barre pour se défendre ! Seuls ceux qui les défendent de longue date, tels notre association, l’ASPAS ou AVES et ceux qui s’y intéressent découvrent le haut degré de sentience de ces animaux extrêmement attachants et leur rôle considérable dans la préservation de la biodiversité. Ils contribuent notamment à l’aération des sols et à la dissémination des graines dans leurs excréments. Laissons-les vivre en paix, c’est tout ce à quoi ils aspirent ! Et si leurs mœurs et leur grimage recèlent encore une part de mystère, c’est sans doute qu’ils ne réservent leurs précieux secrets qu’à quelques initiés…

Les blaireaux européens

Les blaireaux européens

Les blaireaux européens
27.04.2020
Les blaireaux européens
Animaux sauvages

Les blaireaux européens (Meles meles) sont les plus gros des mustélidés européens, pouvant atteindre jusqu’à 20 kg et 89 cm sans la queue ! Ce sont des omnivores aux moeurs nocturnes qui habitent dans de grands terriers et vivent en clans territoriaux. Pour ces êtres sentients, peu étudiés d’un point de vue cognitif, la cruelle pratique du déterrage est un vrai cauchemar.

Les blaireaux européens (Meles meles) sont les plus gros des mustélidés européens, pouvant atteindre jusqu’à 20 kg et 89 cm sans la queue ! Ce sont des omnivores aux moeurs nocturnes qui habitent dans de grands terriers et vivent en clans territoriaux. Pour ces êtres sentients, peu étudiés d’un point de vue cognitif, la cruelle pratique du déterrage est un vrai cauchemar.

Les blaireaux européens

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DES CLANS FAMILIAUX

Les blaireaux européens vivent en groupes familiaux d’environ six individus. Néanmoins, le plus grand clan naturel connu était constitué de 35 individus, au sein du Woodchester Park, au Royaume-Uni. Il peut y avoir une ou plusieurs femelles reproductrices au sein d’un même clan. Il existe une grande variabilité d’organisations d’une zone géographique à une autre, principalement en lien avec la disponibilité des ressources. Le territoire d’un clan peut couvrir de 20 hectares jusqu’à plus de 150 hectares. Le coeur du territoire est protégé des intrusions, mais les zones de recherche de nourriture peuvent se chevaucher. Une étude a montré que des blaireaux déplacés sur des territoires de leurs voisins retrouvaient rapidement leur chemin, ce qui n’était pas le cas s’ils étaient déplacés en dehors. Cela suggère une représentation spatiale des domaines vitaux des groupes qui les entourent. La même étude a montré une tolérance limitée aux voisins directs.

Le territoire est délimité par des marques odorantes, notamment via la mise en place de véritables latrines où chacun dépose ses fèces dans un petit trou. Chaque clan aurait ainsi son odeur caractéristique, permettant de l’identifier, que les individus génèrent en se frottant leur postérieur – où se trouvent les glandes concernées – l’un contre l’autre. Le mélange des odeurs spécifiques des individus d’un clan devient l’odeur du clan. Les blaireaux peuvent ainsi distinguer les membres de leur clan, ceux des clans voisins, et les étrangers.

D’IMMENSES GALERIES AMÉNAGÉES POUR MAISON

Les terriers des blaireaux peuvent être très grands et descendre jusqu’à 5 mètres sous terre. Ils sont constitués de nombreuses chambres, accessibles par plusieurs entrées (jusqu’à 40 pour les plus grands) et reliées par de multiples tunnels totalisant plus de 100 mètres, parfaitement entretenus pour éviter la prolifération des puces et des poux. Très attentifs à l’hygiène, les blaireaux n’y défèquent pas et n’y ramènent jamais de nourriture. L’étude d’un terrier anglo-saxon, dans le Gloucestershire, doté de 12 entrées et plus de 300 mètres de tunnels, a montré que plus de 25 tonnes de terre avaient été déplacées pour sa construction ! Les quartiers servant de dortoirs sont tapissés d’herbes et de feuilles sèches qui les isolent du froid durant l’hiver. Les blaireaux aèrent cette litière en la sortant à l’air libre lorsqu’il fait beau avant de la remettre en place. Dans les régions les plus froides, les dortoirs sont plus profonds pour être hors d’atteinte du gel. Certains terriers sont dotés de puits d’aération pour assurer la circulation de l’air.

DEMEURES HISTORIQUES

Chaque nouvelle portée naît dans une chambre nouvellement construite. Un terrier peut ainsi être habité et agrandi par plusieurs générations de blaireaux pendant de nombreuses années. L’un d’entre eux a même été habité pendant plus de 200 ans par la même famille !

Au sein d’un même clan, les individus sont adeptes du toilettage mutuel pour éliminer les parasites. Il arrive aussi que plusieurs blaireaux partagent une même chambre, mais cela ne dure jamais plus de quelques jours. Leur mode de reproduction est complexe, et une même portée peut avoir plusieurs pères. Certains résultats de recherche montrent même que la moitié des bébés auraient pour père un individu extérieur au groupe. Les observations de soins alloparentaux sont très rares, mais pas inexistantes. Il est probable que la vie souterraine des blaireaux réserverait de nombreuses surprises si elle était étudiée de plus près… et que ces animaux ne soient pas aussi primitifs dans leur vie sociale que certains chercheurs le présument.

DE LA VIE EN COMMUNAUTÉ

Les clans de blaireaux peuvent disposer de différents terriers de taille variable dispersés sur leur territoire. Les terriers annexes sont utilisés par les plus jeunes, principalement durant l’été. Le terrier principal est utilisé de manière communautaire, il n’est pas sous-divisé en territoires. Il peut même arriver qu’une famille de renards s’installe dans une partie inoccupée. Elle ne partagera cependant pas les mêmes accès. Des observations d’autres colocataires ont été faites, notamment des campagnols, belettes et chats…

À LA RECHERCHE DE NOURRITURE

De moeurs nocturnes, c’est à la tombée de la nuit que les blaireaux partent – en solitaire – à la recherche de nourriture. Ils se nourrissent de petits mammifères, d’amphibiens, d’oeufs, d’insectes, de fruits, de racines et de bulbes, et consomment une grande quantité de vers de terre (jusqu’à 100 kg par an !). Avec leur peau épaisse et leurs longues griffes, ils sont l’un des rares prédateurs des hérissons. Une étude a montré qu’ils sont capables de repérer en une seule nuit une nouvelle source de nourriture sur leur territoire et d’en mémoriser l’emplacement pour y revenir.

COMMUNICATION

Outre leur odorat très développé, les blaireaux disposent pour échanger de l’information d’une large gamme de vocalises. Ces vocalises ne prennent sens qu’associées au langage corporel. Une même vocalise peut avoir plusieurs significations en fonction du contexte. Elles apparaissent donc réservées à des communications interpersonnelles de courte distance.

Seize types de vocalises ont été identifiées, telles que l’aboiement, le gazouillement, le gloussement, le grognement ou le ronronnement. Quatre sont émises par les adultes, quatre autres par les bébés, les huit restantes l’étant par les deux générations. Lorsqu’ils sont blessés à mort, les blaireaux poussent un cri terrifiant, au point que certains chasseurs ont cessé de les tuer après l’avoir entendu…

La chasse sous terre dont ils sont encore victimes en France au nom de la tradition est une pratique d’une cruauté sans nom durant laquelle certains individus sont traqués dans leur terrier, puis tués, souvent à coups de hache. Le reste de leur famille peut être enterrée vivante par obstruction des accès.

Le déterrage a été interdit dans la plupart des pays européens. La France est, avec l’Allemagne, le dernier pays à autoriser le déterrage en Europe de l’Ouest, malgré l’opposition de 83 % des Français (IPSOS/ One Voice, 2018).

RÉFÉRENCES

  1. Bodin, C. (2005) : Partage de l’espace et relations de voisinage dans une population continentale de Blaireaux européens (Meles meles) (Argonne ardennaise, France). Thèse de doctorat, Université de Montpellier II, 134 p.
  2. Bodin, C. Benhamou, S., Poulle, M-L. (2006) : What do European badgers (Meles meles) know about the spatial organisation of neighbouring groups? In : Behavioural Processes, Volume 72, Issue 1, March 2006, Pages 84-90.
  3.  Ellwood, S.A. ; Newman, C. ; Montgomery, R .A. ; Nicosia, V. ; Buesching, C.D. ; Markham, A. ; Mascolo, C. ; Trigoni, N. ; Pasztor, B. ; Dyo, V. ; Latora, V. ; Baker, S.E.; Macdonald, D.W. (2017) : An active-radio-frequency-identification system capable of identifying co-locations and social-structure: Validation with a wild free-ranging animal. Methods in Ecology and Evolution, 2017; DOI:10.1111/2041-210X.12839.
  4. Mellgren, R. L., & Roper, T. J. (1986) : Spatial learning and discrimination of foodpatches in the European badger (Meles meles). Animal Behaviour, 34,1129e1134.
  5. Palphramand K.L. ; White, P.C.L. (2007) : Badgers, Meles meles, discriminate between neighbour, alien and self scent. September 2007, Animal Behaviour 74(3):429-436.
  6. Woodroffe, R. (1993) : Alloparental behaviour in the European badger, in : Animal Behaviour, Volume 46, Issue 2, August 1993, Pages 413-415.
  7. https://www.wildlifeonline.me.uk/animals/article/european-badger

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Alerte sur les destructions de la faune en période de confinement – Lettre ouverte à Emmanuel Macron #LaChasseUnProblèmeMortel

Alerte sur les destructions de la faune en période de confinement – Lettre ouverte à Emmanuel Macron #LaChasseUnProblèmeMortel

Alerte sur les destructions de la faune en période de confinement – Lettre ouverte à Emmanuel Macron #LaChasseUnProblèmeMortel
27.04.2020
Alerte sur les destructions de la faune en période de confinement – Lettre ouverte à Emmanuel Macron #LaChasseUnProblèmeMortel
Animaux sauvages

Face à une situation de plus en plus préoccupante, avec des arrêtés de dérogation chaque jour de plus en plus nombreux, 12 associations dont One Voice ont décidé d’interpeller directement le Président de la République au travers d’une lettre ouverte.

Monsieur le Président de la République,

Au moment où le confinement est légitimement imposé aux Français, de nombreuses préfectures dérogent à ces mesures de salubrité publique pour faire abattre des animaux sauvages. Cette grande hétérogénéité des règles, à la carte, ne peut que créer la confusion et même l’indignation.

La plupart des arrêtés préfectoraux prévoient la possibilité d’autoriser des abattages d’animaux sauvages en cas de dégâts aux cultures et pour motif sanitaire. Or nous savons aujourd’hui que le motif sanitaire est utilisé à tort par les préfets eux-mêmes, preuve en est les nombreux arrêtés autorisant encore récemment les tirs de renards en vue de lutter contre l’échinococcose alvéolaire, en contradiction avec les publications scientifiques et les recommandations ministérielles. Un motif potentiellement fallacieux est ainsi invoqué pour justifier des sorties supplémentaires en période de confinement drastique. L’établissement d’une liste nationale des motifs précis à même de pouvoir justifier ces interventions est indispensable, afin que les Préfets s’y réfèrent et s’y contraignent.

Concernant les dégâts aux cultures, l’utilité de la politique de destruction de la faune sauvage pour lutter contre d’éventuelles atteintes ainsi que l’ampleur exacte des dégâts imputés restent toujours à démontrer, et font l’objet de débats récurrents lors de l’adoption des listes des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts ».

Aussi, nous vous demandons d’adopter une décision encadrant sans équivoque les activités de chasse et de destruction de manière homogène sur l’ensemble du territoire, et selon des préconisations scientifiques, à l’instar de l’ensemble des décisions adoptées par le gouvernement depuis que l’état d’urgence sanitaire a été décrété.

Nous déplorons que pendant cette crise, qui nous interpelle vivement quant à notre rapport à la faune sauvage, les abattages injustifiés restent la norme.

Et ce d’autant plus que, si les destructions réalisées en période « normale » font l’objet de compte-rendu voire de réunions préalables, justifications (certes discutables) à l’appui, il n’en est rien concernant l’ensemble des destruction autorisées en cette période. En effet, les interventions se font pour la plupart sur autorisations administratives individuelles auxquelles nous n’avons pas accès, et sans compte-rendu. Il n’existe donc aucune visibilité, aucune transparence quant à ces dérogations.

Aussi, nous demandons qu’à l’issue de cet épisode sanitaire, un état des lieux précis et régulier soit réalisé quant au nombre exact de dérogations et autorisations individuelles d’intervention délivrées dans chaque département, quant aux dégâts ayant justifié ces autorisations (nature et ampleur), et quant aux animaux abattus (nombre et espèce).

On entend de plus en plus de chasseurs, Willy Schraen en 1re ligne, exiger de ne plus être les seuls à devoir payer les dégâts dans les cultures dus en particulier aux sangliers. Or ces dégâts sont directement corrélés à la gestion catastrophique des chasseurs de cette espèce depuis plusieurs décennies (hybridation avec les cochons domestiques, tirs sélectifs visant à épargner les laies reproductrices, agrainage dissuasif qui favorise le développement l’espèce, etc.). Les chasseurs demandent à chasser plus longtemps alors que leurs interventions ne règlent en rien le problème sur la durée. Nous pensons que cette crise est le moment opportun pour considérer d’autres solutions d’équilibre entre l’agriculture et la faune sauvage, basées sur des mesures de protection plutôt que de destruction.

Nos associations sont par ailleurs régulièrement interpellées par leurs membres suite à des coups de feu entendus depuis leur domicile ou des pièges trouvés lors de leur courte promenade autorisée. Ces personnes dont le lien à la nature est fondé sur le respect et la réciprocité ne comprennent pas cet acharnement, qui plus est en période de confinement. Ces actes sont peut-être réalisés en application des dérogations sus-évoquées, mais rien ne permet de le vérifier, par conséquent nous sommes bien incapables de leur répondre quant à la légalité de ces actes. Et nous sommes loin de mesurer l’ampleur réelle du problème au regard des infractions dont personne n’aura jamais connaissance.

La seule solution qui se présente à nous est de les mettre en relation avec l’Office français de la biodiversité. Or les contrôles des actes de chasse au sens large sont suspendus, ce qui favorise les actes de braconnage. Cette décision est en outre incohérente avec celle de certains départements qui autorisent chasseurs et lieutenants de louveterie à participer à des tirs de loups ou encore les agents de développement des fédérations départementales de chasseurs à exercer leurs activités de contrôle.

Afin que la faune sauvage ne paie un lourd tribut en cette période, nous vous demandons de bien vouloir tout mettre en œuvre pour que des moyens de protection soient rapidement distribués aux inspecteurs de l’environnement de l’Office français de la biodiversité afin que ceux-ci puissent exercer leur activité de contrôle sur le terrain dans les meilleurs délais. Leur simple présence sur le territoire aura un effet dissuasif non négligeable.

Rappelons que les activités liées aux soins délivrés aux animaux sauvages sont très largement suspendues, tout comme les activités liées aux études et à la connaissance de la nature. Nous déplorons que seules les activités maintenues soient celles visant la destruction de cette faune. Pour des motifs sanitaires et éthiques, cette situation est incompréhensible pour les citoyens que nous représentons.

Vous annoncez une sortie progressive du confinement à partir du 11 mai, pourtant, de nombreux arrêtés préfectoraux autorisent d’ores et déjà la venerie sous terre du blaireau dès le 15 mai. Peut-on sérieusement envisager que soit pratiquée cette chasse collective au moment où la plus grande vigilance devra être observée ? Peut-être plus insensé encore, sauf intervention de votre part, la chasse à tir (activité qui provoque chaque année quantité de morts et d’accidents graves) pourra être autorisée dès le 1er juin, au moment même où les Français, après avoir été confinés, souhaiteront se ressourcer dans la nature…

En espérant que vous saurez entendre nos demandes malgré les circonstances exceptionnelles auxquelles vous devez faire face, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de notre très haute considération

Les associations co-signataires :

Animal Cross, Anymal, Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS), AVES France, Blaireau & Sauvage, Convention Vie et Nature (CVN), Convergence Animaux Politique (CAP), Crow Life, Fondation Brigitte Bardot, Mélès, One Voice, RAssemblement pour une France sans Chasse

Coronavirus : plus rapide que l’expérimentation animale

Coronavirus : plus rapide que l’expérimentation animale

Coronavirus : plus rapide que l’expérimentation animale
24.04.2020
Union Européenne
Coronavirus : plus rapide que l’expérimentation animale
Expérimentation animale

Le coronavirus SARS-CoV-2 est en quelques semaines devenu une pandémie. Nous espérons tous un développement rapide de la vaccination et des antiviraux. Pour l’ECEAE, coalition européenne pour la fin de l’expérimentation animale dont One Voice est le représentant français, l’histoire nous a appris que l’expérimentation animale n’est pas la bonne méthode pour atteindre cet objectif, mais il est dans la nature humaine de répéter les erreurs du passé. Quand le monde réalisera-t-il enfin que les systèmes modèles pertinents pour l’humain doivent être promus et financés de manière adéquate si nous voulons une recherche médicale efficace et rapide ?

C’est un inconvénient bien connu et majeur des expérimentations animales : elles sont lentes – trop lentes en période de pandémie comme celle du SRAS-CoV-2 à laquelle nous sommes actuellement confrontés. Scientifiques et ONG dénoncent depuis longtemps l’inefficacité de la recherche basée sur l’expérimentation animale – en particulier dans le domaine de la modélisation des maladies et du développement de médicaments. En outre, des échanges ont lieu depuis des années avec différents acteurs du monde médical. Les conclusions en sont que des modèles pertinents pour l’humain doivent être établis, optimisés et validés. De nombreux modèles de recherche avant-gardistes sont déjà au point, comme les modèles cellulaires tridimensionnels du poumon humain et du système immunitaire, ou encore les fameux organes sur puce.

Pourtant, le financement de la recherche est largement affecté à des projets recourant à l’expérimentation animale alors que très peu d’argent est investi dans l’optimisation et la mise en place de technologies basées sur l’humain. Il serait sage de déplacer notre paradigme scientifique vers une recherche sans animaux afin de disposer de modèles de recherche pertinents pour notre espèce en prévision des futures pandémies. De tels modèles in vitro sont plus rapides et plus efficaces que la recherche animale car ils ne butent pas contre le problème des différences spécifiques. D’innombrables animaux souffrent actuellement d’expérimentations liées au COVID-19, effectuées dans le but de trouver « le bon modèle animal » pour étudier le virus et ses propriétés infectieuses. Les furets sont maintenant considérés comme un excellent « modèle », car ils sont infectés par le SRAS-CoV-2. Cependant, les furets ne développent aucun symptôme de la maladie tel qu’observé chez les humains, ce qui fait de cette approche une voie sans issue.

Ce type de stratégie est malheureusement établi de longue date : les résultats d’expériences menées sur des animaux et qui ne s’appliqueront probablement jamais aux humains sont présentés au public comme de grandes réussites. D’autres espèces animales sont utilisées pour la recherche sur le COVID-19 bien qu’elles ne soient même pas infectées – les souris par exemple. Les souris génétiquement modifiées précédemment créées pour étudier d’autres virus de type corona, sont maintenant vendues comme des « boîtes à outils » spéciales afin de déterminer si elles peuvent être utiles à la recherche sur le SRAS-CoV-2. D’autres approches prônent le recours aux souris humanisées afin de les rendre sensibles à une infection virale lors de l’insertion de gènes humains dans leur génome. Outre de très faibles chances de succès, de telles tentatives sont contraires à l’éthique et prennent beaucoup de temps. La génération et la reproduction d’animaux génétiquement modifiés réclament des mois. Les expériences in vivo s’étalent sur plusieurs mois ou années et les chances d’obtenir des résultats expérimentaux pertinents pour les humains sont très faibles.

L’histoire nous a enseigné à maintes reprises que les expériences sur les animaux ne sont pas la méthode adéquate pour trouver des vaccins. Elles exigent des années de travail et des coûts s’élevant à des centaines de millions d’euros, voire davantage. Pour de nombreuses maladies virales telles que le VIH, le MERS ou d’autres virus du SRAS, nous n’avons pas réussi à développer de vaccins efficaces à ce jour en dépit d’années de recherches approfondies.

Chaque pandémie, à l’instar de celle qui nous affecte actuellement, est une chance pour les politiques et les décideurs d’apprendre des erreurs passées. La prochaine arrivera tôt ou tard et nous devrons être préparés à l’affronter, armés de modèles de recherche pertinents permettant le développement rapide et fiable de médicaments. Ceci au nom de la sécurité humaine et de tant d’animaux qui souffrent pour une recherche qui ne tient pas ses promesses.

Déclaration commune de l’ECEAE (coalition européenne pour la fin des tests sur les animaux) sur la recherche sur le COVID-19.

Pendant le confinement, les massacres de sangliers se visionnent en ligne !

Pendant le confinement, les massacres de sangliers se visionnent en ligne !

Pendant le confinement, les massacres de sangliers se visionnent en ligne !
21.04.2020
Pendant le confinement, les massacres de sangliers se visionnent en ligne !
Animaux sauvages

Confinés, les chasseurs semblent bien occupés, entre ceux qui bénéficient de dérogations préfectorales pour aller continuer leurs basses œuvres, et ceux qui se partagent des best of de leurs exploits… Nous venons d’être interpellés sur la circulation d’images insoutenables de chasses « au ferme », où des sangliers sont tués de la pire des manières. Nous portons plainte, mais nous avons également besoin de vous pour que cela cesse !

La chasse au ferme est une chasse au cours de laquelle des chiens sont lancés à la poursuite d’un animal, qui se trouve encerclé, « en-fermé », comme nous l’avions filmé en Russie lors de notre enquête. Il est ensuite mordu et déchiqueté sous les mâchoires des chiens poussés à tuer, puis dévoré. En enclos, sur des sangliers élevés spécialement pour mourir ainsi, pour « débourrer » les chiens, ou dans la nature sur des sangliers sauvages, ces chasses sont parmi les plus cruelles. Nous avons été appelés au secours par des militants, défenseurs des animaux passionnés, au sujet d’images de torture d’animaux sauvages en France, mises en ligne et accessibles à tous.

Sur Facebook, le 21 mars 2020, c’est-à-dire en pleine première semaine de confinement, ces groupes de chasseurs « passionnés » ont mis en ligne leurs pires abjections :

« Pendant que le monde entier se confine pour faire face à une épidémie ravageuse et que dans ce contexte certains repensent, à juste titre, leur relation au monde animal et à la nature, d’autres font l’apologie d’actes de cruauté insoutenables envers des êtres vivants. Des animaux traqués par une meute de chiens sont acculés, encerclés, et certains maintenus par des chasseurs pour être assaillis de toutes parts et déchiquetés vivants par une meute déchaînée. », alertent nos sympathisantes.

Serait-ce le signe que les adeptes de « la chasse aux sangliers au ferme » ne peuvent se passer de voir des images barbares d’animaux qui agonisent, sous les rires gras des chasseurs ? Comme les toreros, privés de corrida pour la première fois cette année, ne pouvant se défouler sur des êtres sans défense, ont tout de même besoin, comme les aficionados, de voir des êtres sensibles mourir, et trouvent le moyen – triste consolation à leurs yeux – de les visionner pendant le confinement.

Les chasseurs se font passer depuis des années pour des parangons de l’écologie, ce qu’ils ne sont pas ! Ils parlent de respect de la nature, de respect des animaux… Mais de qui se moquent-ils ?

C’est de la barbarie, rien d’autre ! Un chasseur, dont la chienne est morte du fait d’un sanglier tentant de lutter pour sa survie, a filmé ce qu’on ne peut nommer autrement qu’un acte de vengeance irrationnel : il a envoyé sa meute de chiens sur un groupe de sangliers apeurés, en ajoutant : « Pour Maya ». Mais des représailles de quoi, exactement ? Il aurait fallu que le sanglier acculé se laisse mourir ?

Est-ce normal que ces images sanglantes, filmées pour certaines par des mineurs, inondent les réseaux sociaux, où d’autres enfants peuvent les voir ? Cet exutoire pour jouir de la mort est insupportable. Et la cruauté, d’autant plus exercée, vue ou diffusée par des mineurs, est délétère pour leur équilibre psychique !

Cerise sur ce gâteau indigeste, ces chasseurs font de l’élevage illégal : ils proposent à la vente des chiots sans supervision vétérinaire !! Pas d’identification, pas de vaccination… Mais tout est normal au pays où le lobby de la chasse pousse à la démission le ministre de la Transition écologique et solidaire et organise même l’anniversaire du Président de la République, où des chasseurs de l’Oise ou de Dordogne ne sont jamais sanctionnés pour leurs actes illégaux et cruels sur des chiens…

Muriel Arnal, présidente fondatrice de One Voice, ne décolère pas :

«Au fil des enquêtes et des alertes, les preuves s’amoncellent de l’indicible cruauté de la chasse. Ce loisir destructeur ne sert que le plaisir sadique des chasseurs. La Nature n’a jamais été autant en danger et en souffrance, pourtant en France, ils continuent d’avoir tous les droits. La vaste majorité des Français désapprouve mais n’a qu’à se taire. Eh bien, nous ne nous tairons pas. »

Nous portons plainte. Pour faire écho à notre action, vous aussi signalez ces images à Facebook, et signez notre pétition pour une réforme radicale de la chasse en France, en vue de son interdiction.

Baby, éléphante de cirque enfermée à longueur de vie : une enquête de One Voice

Baby, éléphante de cirque enfermée à longueur de vie : une enquête de One Voice

Baby, éléphante de cirque enfermée à longueur de vie : une enquête de One Voice
17.04.2020
Baby, éléphante de cirque enfermée à longueur de vie : une enquête de One Voice
Exploitation pour le spectacle

Les enquêteurs de One Voice ont documenté pendant des mois le fait que l’éléphante Baby, propriété de Gilbert (alias Yeuk) Bauer, soit enfermée quasiment 24h sur 24 dans une remorque de camion.

Les enquêteurs de One Voice ont documenté pendant des mois le fait que l’éléphante Baby, propriété de Gilbert (alias Yeuk) Bauer, soit enfermée quasiment 24h sur 24 dans une remorque de camion.

Jusqu’aux premières heures du confinement, de planques en filatures et ce, toujours depuis l’espace public, les preuves de son terrible quotidien ont été accumulées par l’association de défense des animaux, de l’Oise au Sud de la France…

Cette éléphante de presque quarante ans fait bien plus que son âge ! Nous la connaissons depuis 15 ans. La masse musculaire de Baby est à présent inexistante ou presque, son échine est comme une crête sur son dos, autour d’une peau ridée et sa patte arrière gauche est totalement déformée.

Nous n’aurions pas interrompu ce suivi sans ces circonstances exceptionnelles.

Sur le site de campagne, nous avons accéléré (sans montage) les trois jours de prise de vue. Baby ne quitte le camion qu’aux heures de représentation, soit 2h sur 72 au total.

Sa vie se résume à une boite-remorque, dont elle ne peut sortir que pour obéir ! Pendant des mois, au Parc Saint Léger, elle ne sortait qu’une heure le samedi et une heure le dimanche. Il ne s’agit pas d’une journée exceptionnelle par-ci par-là : l’enfermement est l’essentiel de sa vie, c’est 100% de son temps hors représentation, 96% de son temps un jour de représentation. Les jours de transport, le camion reste même fermé totalement.

Willem Schaftenaar, docteur vétérinaire et zoologue, en recevant les vidéos, s’est empressé de nous répondre :

«L’espace que les éléphants devraient avoir à leur disposition devrait leur donner la liberté de se déplacer et d’explorer, de passer du temps à se nourrir et à boire pendant de nombreuses heures par jour. Un camion ne peut jamais répondre à ces exigences et le manque d’espace dans un camion peut provoquer des problèmes mentaux, entraînant un comportement stéréotypé lorsqu’un éléphant est maintenu à l’intérieur pendant une période prolongée (qui peut être aussi courte que 1 heure).»

Muriel Arnal, présidente fondatrice de One Voice, ajoute quant à elle :

«Depuis plus de 20 ans de combat dans les cirques (https://cirques-sans-animaux.fr/), où One Voice a été la première en France à porter des affaires devant les tribunaux et à obtenir des sauvetages, les conditions de détention de Baby sont parmi les pires que nous ayons rencontrées. Il est invraisemblable qu’elle soit contrainte à faire du sur-place pendant toute la journée. Ses conditions d’existence sont inhumaines, et dangereuses, tant pour elle que pour le public. Nous demandons son placement en sanctuaire en urgence, une place l’attend et nous pouvons organiser son transfert. »

Pour finir, sachez que depuis le début du confinement, One Voice a écrit deux lettres à Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, et échangé avec sa conseillère, pour que le Ministère agisse pour les animaux détenus dans les cirques pendant le confinement, et appelle le public à en faire autant.

Nous avons également une pétition en ligne pour réclamer le placement en sanctuaire de Baby, l’éléphante de cirque.

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Un an de planques et de filatures en vue de pouvoir offrir la liberté à Baby!

Un an de planques et de filatures en vue de pouvoir offrir la liberté à Baby!

Un an de planques et de filatures en vue de pouvoir offrir la liberté à Baby!
16.04.2020
Un an de planques et de filatures en vue de pouvoir offrir la liberté à Baby!
Exploitation pour le spectacle

Nous avons enquêté pendant des mois et documenté au maximum les conditions de détention auxquelles Gilbert (alias Yeuk) Bauer contraint Baby, éléphante qu’il exploite depuis plus de trente ans, pour les dénoncer et la sortir de cet enfer ! Mais pour obtenir une saisie, et pouvoir la placer dans un sanctuaire, la justice et les autorités nous demandent toujours plus de preuves de ce que nous avançons. Les infractions, les rapports… rien ne semble jamais suffire. Alors voici le compte rendu d’un an d’investigation assidue, au cours de laquelle nous avons traversé la France pour suivre Baby jusqu’aux premiers jours du confinement. Entre filatures, planques et quinze années de suivi et de signalements…

Depuis notre rencontre il y a plus de quinze ans alors qu’elle était exhibée aux côtés de Micha, Bony et Glasha, nous suivons Baby. Depuis sa capture au Kenya quand elle avait à peine deux ans et le massacre certain de sa famille, elle est traînée de force de cirques en parcs animaliers, sous des chapiteaux, dans des foires, des fêtes de village, des publicités, des émissions de télévision, des reconstitutions historiques, des films…

Elle est contrainte d’obéir, sous peine de recevoir des coups d’ankus ou d’être privée de repas… Pire : elle s’exécute docilement, car sortir du camion, son cachot, est malgré tout un soulagement, ne serait-ce que pour quelques pas. Au moins peut-elle, l’espace de quelques minutes, sentir le grand air circuler autour de son corps engourdi… Même si cela veut dire aussi qu’il faut effectuer des contorsions douloureuses sous un chapiteau bruyant.

Voilà à quoi se réduiront sa vie et son avenir si nous ne faisons rien. Car nous avons fait le calcul : Baby passe 96 % de la journée dans le camion lors des représentations, et 100 % les autres jours. Ce camion qui lui permet à peine de tourner sur elle-même.

D’avril à novembre 2019, quand «liberté» rime avec cachot

Depuis notre dernière procédure, nous avons voulu montrer au plus grand nombre le calvaire qu’est la vie de Baby. À deux pas du Parc Saint Paul, où Kid Bauer exhibe aussi ses bébés félins, et du village où sont détenus les dix tigres de Mario Masson, Baby a souffert des mois durant.

En avril, mai, août et septembre, nos enquêteurs se rendent au Parc Saint Léger de Kid Bauer, d’où ils reviennent atterrés : en alternance avec les tigres et les bébés photographiés avec le public, Baby fait également partie du programme pour la saison d’ouverture, à raison d’un spectacle d’une heure par jour, quand le parc est ouvert. Prévu fin juin 2019 à près de 1000 km de ce parc, le numéro de dressage de Baby dans une fête antique sera annulé grâce à la mobilisation de défenseurs des animaux sous l’impulsion de Code Animal.

Sur le plan du parc figure l’enclos de l’éléphante. Sur place, cependant, on n’y trouve qu’un terrain en friche, délimité par un fil mal accroché aux arbres, à la lisière de la forêt. Le dépliant stipule qu’elle se balade « en liberté » dans le parc, où il est possible de la voir après le spectacle. Et en effet, après le spectacle, Gilbert Bauer marche quelques minutes, Baby casse des branches à ses côtés, c’est l’illusion de la liberté. Il est possible de s’approcher d’elle. Aucun dispositif de sécurité n’est prévu. Seule la présence du dresseur semble suffire aux autorités…

Pendant plusieurs mois, le danger au quotidien!

… puis Gilbert l’éloigne des regards, le public se disperse. Et il lui fait quitter le parc. En traversant la nationale. Sans protection. Ni pour elle – qui peut se faire renverser par une voiture ou un camion sur cette route très fréquentée située à la sortie d’une voie rapide – ni pour les automobilistes susceptibles d’effrayer l’éléphante et de mettre les visiteurs du parc (ou eux-mêmes) en danger.

Car bien que Baby se déplace au ralenti, bien que son corps soit maigre et décharné, et à première vue soumise, elle reste un animal sauvage de plusieurs tonnes et représente donc un danger potentiel.

En janvier dernier, elle a d’ailleurs bousculé des gens en Espagne, et il s’en est fallu de peu qu’il n’y ait des blessés graves. Généralement, en cas d’accident, ce sont les animaux qui le payent de leur vie.

Des jours et des jours de planque derrière le camion

Sa liberté s’arrête là : même dans ce parc animalier, tout n’est que paillettes et faux-semblants ! En sept mois, jamais elle n’a mis les pieds dans « l’enclos de l’éléphant ». Car tandis que le parc promet monts et merveilles, nous qui avons planqué des jours durant en bordure de leur propriété avons pu constater le quotidien réel de Baby. De l’autre côté de la route, la pauvre éléphante aux pieds fragiles reste confinée dans le camion qui lui sert de cachot.

Quand le parc n’ouvre pas – autrement dit tous les jours sauf le week-end et les vacances scolaires – ou quand la représentation est annulée, faute de clients ou si le temps ne s’y prête pas, Baby ne sort pas non plus. Tout au plus Gilbert Bauer ouvre-t-il l’un des battants arrière du camion pour qu’elle ait un peu de lumière et d’air. Mais elle n’a même pas le droit de se dégourdir les jambes. Et n’ayant accès à de l’eau pour s’abreuver que le temps du nettoyage le matin et le soir, elle passe les jours de pluie à tâtonner du bout de la trompe le toit du camion, pour boire. Le reste du temps, elle tourne sur elle-même lentement, en veillant à ne pas se cogner aux parois, ou se balance de droite à gauche, comme le font tous les animaux sauvages captifs pour exprimer leur souffrance.

En décembre, le parc ferme avant la date prévue et Baby disparaît : plus de traces de la remorque. Joint par téléphone, le parc affirme que l’an prochain aucun spectacle ne mettra à l’affiche d’animaux sauvages, à la suite des remarques répétées des clients et de « la pression des associations de défense des animaux ». Pourtant en cette fin février 2020, le camion et la caravane du couple Bauer sont de retour sur place…

Aller à Aubevoye, le 11 mars en urgence

Alors que nous sommes sur le point de nous assurer de la présence de Baby sur le parc, on nous contacte en urgence le 11 mars pour nous rendre au Cirque de Paris afin de déterminer quelle est l’éléphante faisant partie du spectacle à Aubevoye, près de Gaillon. Serait-ce Dumba, « louée » à plusieurs reprises par ce cirque ? Sur la piste, pas de doute: c’est Baby ! Elle s’exécute sous le regard des spectateurs, inconscients de son malheur et du danger: ils sont en effet nombreux à se prendre en photo auprès d’elle pendant l’entracte ou à la suivre après le spectacle jusqu’à la remorque.

Plusieurs jours de suite, Baby restera confinée à l’intérieur du camion. Et comme toujours, elle ne sera autorisée à marcher qu’une fois dans la journée hors de sa boîte en tôle pour… se rendre sous le chapiteau. Enfermement et soumission, même refrain, ad nauseam.

Filature mouvementée au début du confinement!

En ce 16 mars, le cirque se prépare à lever le camp. Pour ne pas perdre la trace de Baby et afin de savoir où elle sera pendant le confinement, dont on ne connaît pas encore l’ampleur, nous organisons la filature du camion en urgence. Des heures durant, Baby est ainsi ballottée à l’intérieur de la remorque. Le convoi finit par s’arrêter à la nuit tombée près de Vierzon sur un terrain de cirque. Un nouvel emplacement ? La filature doit-elle se poursuivre le lendemain ? Des attestations doivent désormais être produites pour justifier de nos déplacements… Choix est fait de rester à proximité, au moins jusqu’au lendemain, tant que cela est possible. Au petit matin, le convoi repart. Après quelques heures de route, arrêtés pour contrôle, nous perdons le camion de vue. Nous finissons par le retrouver, et le suivons jusqu’à son arrivée sur une propriété dans le Sud de la France… Le camion remorque est parqué en face d’un hangar. Jusqu’à notre départ, Baby n’en sortira pas.

Nous avions tout prévu pour suivre à nouveau Baby, éléphante martyre dressée, soumise à une vie d’esclave. Ce confinement s’éternisant, il nous oblige à différer ce travail de fourmi qui consiste à accumuler les preuves manifestes des maltraitances dont elle est victime. Mais notre équipe est plus déterminée que jamais. Nous ne nous arrêterons pas tant que Baby sera aux mains de son dresseur! Sa place est dans un sanctuaire.

Signez la pétitionSoutenez notre combat pour Baby

Baby, la petite éléphante modèle

Baby, la petite éléphante modèle

Baby, la petite éléphante modèle
16.04.2020
France
Baby, la petite éléphante modèle
Exploitation pour le spectacle

Capturée en 1985 alors qu’elle était toute petite, Baby fait la joie des spectateurs de cirque et des plateaux télévisés. Sage et répondant au doigt et à l’œil, l’éléphante est parfaitement fréquentable… On peut même louer ses services dans son salon ! Cette «éducation irréprochable» n’est autre que le fruit d’années de dressage et de sévices… Stop à la maltraitance sous couvert de leçons de bienséance !

On peut tout lui demander ! Avancer, reculer, se lever, se coucher, se mettre à genoux, faire « la belle », s’asseoir sur un tabouret, monter dessus, y tenir en équilibre sur trois pattes, puis deux, voire une, danser la ronde, taper dans un ballon !… Quand le numéro approche de la fin, il suffit de la tirer par l’une de ses « défenses » qui ne lui servent à rien, pour l’entraîner à la rencontre du public. Caresses et petites tapettes « affectueuses » l’attendent à la chaîne ! Les plus « chanceux » pourront la chevaucher à tour de rôle et garder une photo-souvenir. Polie, elle saluera tout le monde avec un mouchoir blanc avant de s’en aller… Comme c’est émouvant ! Baby est sage, Baby est bien « éduquée », Baby est aussi souple que de la pâte à modeler… Baby est une éléphante de cirque.

Comme une automate

Bien sûr, son dresseur veille au grain. Toujours l’ankus et un paquet de friandises à la main. Entre les deux, Baby a choisi. D’expérience, elle sait qu’il vaut mieux être docile. Elle est prête à accepter n’importe quoi. D’ailleurs, elle nous le montre encore. Celui qui la séquestre, celui qui lui fait endurer l’enfer depuis toutes ces années, l’utilise comme un banc s’il veut ! Il pose alors son postérieur sur ses flancs en balançant ses jambes de contentement. Affalée à terre sur commande, chosifiée à l’extrême, statufiée, elle supporte autant le poids que l’humiliation de son « maître ». Pas l’ombre d’un mouvement de réaction, ni le moindre murmure… Seule la sidération se lit dans son regard, lorsqu’il n’est pas complètement éteint.

Des projecteurs au cachot

Baby a l’habitude. Baby est parfaitement formatée. Baby est devenue apathique. Voici plus de trente ans qu’elle a été capturée en Afrique lorsqu’elle était bébé. Depuis toutes ces décennies, elle enchaîne sans broncher les spectacles en tout genre. On peut même la louer « pour créer la surprise et l’inédit ». Mais les plateaux télévisés, vedettes de cinéma et autres amateurs d’événements insolites se préoccupent-ils de savoir à quel prix cette éléphante est devenue si obéissante et servile ? Se soucient-ils de son quotidien lorsque « la fête est terminée » ?

Nous suivons Baby depuis 2004, nous avons été témoins du pire. Loin des feux de la rampe, c’est dans un camion-cellule que la pauvre esclave passe la majorité du temps. Son « propriétaire », qui se targue de beaucoup l’aimer, n’a en effet aucun scrupule à l’y laisser enfermée nuit et jour ! Parfois, il sort son jouet vivant pour l’exposer aux yeux de badauds admiratifs. Sans aucune précaution, il lui fait alors traverser des routes, au mépris de la sécurité de l’animal autant que de celle des véhicules et des piétons ! Nos enquêteurs ont amassé des dizaines de vidéos, plus affolantes les unes que les autres. Toutes révèlent l’horreur de l’existence de Baby.

Le « destin » l’a même amenée, par le passé, à croiser la route des ours des Poliakov. Codétenus sur le même terrain de foire, chacun derrière les barreaux des cages de leurs dresseurs respectifs… Tout est lié… Pour Baby, le calvaire n’est pas terminé.

Nous avons réuni suffisamment de preuves de défauts de soin, d’exploitation irrégulière et de mauvais traitements pour porter plainte contre le cirque qui la détient !
Aidez-nous à l’en délivrer !

Signez la pétitionSoutenez notre combat pour Baby

Dans les cirques, actuellement, les animaux meurent à petit feu

Dans les cirques, actuellement, les animaux meurent à petit feu

Dans les cirques, actuellement, les animaux meurent à petit feu
14.04.2020
Dans les cirques, actuellement, les animaux meurent à petit feu
Exploitation pour le spectacle

Le confinement imposé par le gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19 ne nous permet plus de surveiller les animaux exploités dans les cirques. Pour la deuxième fois depuis la mi-mars, nous avons écrit au ministère de la Transition écologique et solidaire pour lui demander d’agir au plus vite. Nous ne lâchons rien, et avons besoin de vous pour renforcer notre action.

En cette période de confinement, nous nous inquiétons vivement pour les animaux détenus dans les cirques en France : les circassiens étant privés de revenus, les animaux seront les premiers à en payer le prix. Parmi ceux que nous suivons sans relâche depuis des années, il y a huit éléphantes et deux hippopotames : Mina, Kamala, Nelly, Brigit, Samba, Baby, Bambi, Rosa, Jumbo et Boulie, ainsi que de nombreux fauves. Afin que la vie déjà misérable de ces individus ne se transforme en agonie, nous avons complété le contact permanent que nous maintenons par téléphone avec le cabinet d’Elisabeth Borne depuis l’envoi de notre première lettre mi-mars par une deuxième lettre. Celle-ci précise nos demandes de mise en place de mesures, urgentes et de plus long terme.

Les cirques à l’arrêt: insalubrité et enfermement au rendez-vous…

Car nous savons en quoi consistent de nombreux quartiers d’hiver pour les dresseurs de cirque quand ils existent… Les images d’Épinal avec de belles et grandes prairies, c’est pour les journalistes le jour où nous dévoilons des images d’enquêtes! En réalité, quand les dresseurs pensent être hors de vue, la réalité est tout autre.

Les animaux sont confinés dans des geôles moyenâgeuses comme chez les Poliakov, dans un camion-cage de la cour de l’usine désaffectée de Mario Masson, dans une remorque-boîte comme chez Gilbert/Yeuk Bauer ou chez les Muller

Pour décupler notre action, interpellez, vous aussi, la ministre et le Ministère!

Dans tous les cas, plus aucun animal ne doit être détenu dans des remorques, sous peine de saisie ! Une liste exhaustive des animaux doit être par ailleurs créée, sinon comment les protéger si on ne sait pas qu’ils existent? Un nouvel arrêté doit être publié dans cette perspective. Nous l’attendons depuis 8 mois !

Sur Twitter: 

@Elisabeth_Borne, @Ecologie_Gouv, les lieux de détention des animaux des cirques doivent être inspectés en urgence. Aucun animal n’a à vivre enfermé dans une remorque! #CirquesSansAnimaux

@Elisabeth_Borne, @Ecologie_Gouv, une liste exhaustive des animaux détenus dans les cirques doit être mise en place immédiatement. On attend aussi un nouvel arrêté. #CirquesSansAnimaux

Via Facebook :    

Elisabeth Borne @Ecologie_Gouv, les lieux de détention des animaux des cirques doivent être inspectés en urgence, aucun animal n’a à vivre enfermé dans une remorque. Il faut que la législation s’applique, qu’une saisie soit prévue en cas de non-conformité ! Une liste exhaustive des animaux détenus dans les cirques doit être mise en place immédiatement pour pouvoir les protéger! Un nouvel arrêté doit être publié dans cette perspective. #CirquesSansAnimaux

Par formulaire sur le site du ministère

Ou adresse postale : Ministère de la transition écologique et solidaire 246, boulevard Saint-Germain 75007 Paris

Lettre du 10 avril 2020 à Elisabeth Borne

Lettre du 10 avril 2020 à Elisabeth Borne

Lettre du 10 avril 2020 à Elisabeth Borne
14.04.2020
Lettre du 10 avril 2020 à Elisabeth Borne
Exploitation pour le spectacle

Dans le prolongement de notre lettre du 16 mars 2020 et de notre récent échange, nous restons très inquiets du sort des animaux détenus dans les établissements itinérants.

Madame Elisabeth Borne
Ministre de la Transition Écologique et Solidaire
246 boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Madame la Ministre,

Dans le prolongement de notre lettre du 16 mars 2020 et de notre récent échange avec votre conseillère, nous restons très inquiets du sort des animaux détenus dans les établissements itinérants en raison d’une part de l’arrêt total d’activité de ces entreprises, mais également de l’absence d’infrastructures conformes et adaptées aux besoins comportementaux des animaux.

Les établissements itinérants, de par leur confinement, doivent pouvoir offrir à leurs animaux des soins et des installations qui répondent aux exigences de cette sédentarité qui leur est imposée.

Les animaux ont besoin d’une alimentation spécifique en quantité pour certains, mais également de soins et de surveillance vétérinaires adaptés.

Par ailleurs, des installations intérieures et extérieures doivent impérativement leur être aménagées et les remorques de transport doivent être interdites.

C’est la raison pour laquelle nous vous demandons de bien vouloir vous assurer que tous les établissements itinérants détenant des animaux d’espèces non domestiques disposent bien de quartiers d’hiver, et de faire procéder à une inspection de ces sites afin de s’assurer de leurs conditions de détention.

Pour les cirques qui ne possèdent pas de tels lieux comme M. Mario Masson avec ses tigres, ou M. Gilbert Bauer avec son éléphante Baby, ou qui seraient, par exemple, illégalement installés sur des propriétés privées ou communales, il est urgent de procéder au retrait des animaux détenus dans les remorques.

À défaut de procéder à la saisie conservatoire des animaux détenus dans les remorques, il conviendrait d’autoriser les seuls capacitaires et transporteurs des cirques à rejoindre leurs quartiers d’hiver sous réserve que ces lieux soient adaptés à la détention des animaux concernés.

Au-delà de ces mesures urgentes et ponctuelles, cette crise sanitaire et ses graves répercussions sur les établissements recevant un large public appellent plus que jamais l’adoption d’une nouvelle réglementation en matière de détention des animaux dans les structures itinérantes.

Ce que nous dénoncions dans le cadre des travaux de la commission « Cirques avec animaux » se révèle avec plus d’acuité : les animaux appartenant à des espèces non domestiques n’ont rien à faire dans de telles structures qui sont totalement inadaptées à leurs besoins élémentaires.

Nous avons encore reçu de nombreuses évaluations de différents spécialistes qui condamnent ce mode de détention. Le Dr Schaftenaar a ainsi évalué cinq éléphantes d’Asie et d’Afrique détenues dans des cirques. Il dénonce fermement les conditions de vie des pachydermes ainsi que les numéros contre nature auxquels ils doivent se prêter et qui sont sources de blessures et de souffrances.

Les constats sont identiques pour les experts en félidés et en primates.

Il ne faut pas écarter non plus les risques que représentent ces déplacements d’animaux sauvages en matière de salubrité, sans aucune période d’isolement, dans un contexte sanitaire souvent dégradé avec des raccordements sauvages effectués sur les bornes d’incendie, des évacuations de déjections ou de sous-produits animaux non conformes et des interactions pourtant prohibées avec le public.

C’est également compter sans les reproductions non raisonnées des félidés, notamment hors programme européen, alimentant un juteux et mortifère trafic d’animaux, et qui aboutissent à des hybridations et à une surpopulation d’animaux hypothéquant leur placement futur.

Ainsi, les mesures d’interdiction de détention de certaines espèces d’animaux doivent être adoptées sans délai.

Dans cette perspective, un état des lieux exhaustif est nécessaire : le nombre précis d’animaux, leur genre et leur âge ne sont aujourd’hui pas connus en dépit de l’obligation de déclaration au fichier I-fap. Il en va de même des établissements eux-mêmes, des capacitaires, des remorques d’animaux et enfin des quartiers d’hiver.

Ces éléments que nous avons réclamés à maintes reprises lors des travaux de la commission n’ont pas été communiqués, or ils sont nécessaires pour construire un plan de démantèlement de cette activité.

Restant à votre disposition, nous vous remercions de l’attention portée à ce courrier, et vous prions de croire, Madame la Ministre, en l’assurance de notre parfaite considération.

Muriel Arnal
Présidente de One Voice