Le supplice de Maya

Le supplice de Maya

Le supplice de Maya
10.07.2017
Le supplice de Maya
Exploitation pour le spectacle

Nouvelle enquête de One Voice au pays des circassiens! Elle dévoile la souffrance de Maya, une éléphante d’Asie détenue dans des conditions épouvantables. L’association se bat pour obtenir sa libération.

Viendra le jour où le spectacle des éléphants exploités dans les cirques sera un mauvais souvenir. Celui d’une époque où des pachydermes arrachés à leur terre natale se contorsionnaient sur des tabourets sous les vivats de la foule. Hélas, ce temps n’est pas encore révolu. En France, la loi autorise toujours ces pratiques d’un autre âge.

C’est ce que prouve la nouvelle enquête de One Voice alertée par le sort de Maya, une éléphante d’Asie de 54 ans détenue par un cirque provincial.
Le constat est terrifiant, comme en témoigne le rapport complet (à lire ici et à diffuser le plus largement possible).

De son lieu de détention à la piste, l’animal endure un véritable calvaire avec de multiples infractions à la réglementation en vigueur (1). Dans son enclos, aucun confort, juste un sol goudronné ruisselant d’urines et une mince couche de paille n’ayant de litière que le nom. Nul endroit non plus pour se mettre à l’abri des regards et du bruit lorsqu’ elle recherche un peu de répit. Seul un semblant d’auvent la protège des intempéries. Pour occuper ses journées qui s’étirent à l’infini, pas la moindre source de distraction. Elle ne dispose que de fourrage dont elle s’alimente à outrance.

A l’heure de son numéro, Maya apparaît sous le chapiteau épuisée, ralentie. Telle une somnambule, elle exécute les ordres du dresseur mécaniquement, les yeux mi-clos parfois, et l’on mesure toute la profondeur de sa détresse.

Quand son martyre prendra-t-il fin? Quand la cause des éléphants-esclaves sera-t-elle prise en compte? Quand briserons-nous définitivement les chaines de ces grands sages dont l’intelligence et l’extrême sensibilité devraient plutôt nous servir d’exemple? Les personnes animales ont des droits fondamentaux que nous devons respecter. A commencer par celui de leur dignité.

Sans compter qu’au-delà de la souffrance qu’ils endurent, les pachydermes restent des animaux sauvages, donc dangereux. Dans le cas de Maya, comme dans beaucoup d’autres, les mesures de sécurité pour protéger les spectateurs se révèlent insuffisantes, voire même inexistantes! Un stress inhabituel? L’éléphante peut très bien basculer du côté du public, même involontairement, et entraîner des personnes sous son poids. En outre, un contact aussi rapproché avec la foule comporte aussi des risques de zoonoses, pour elle comme pour les humains présents.

Plus que jamais, One Voice se mobilise faire évoluer les mentalités et travailler de concert avec les pouvoirs publics. D’ores-et-déjà, notre association a entrepris le 12 mai dernier une procédure judiciaire pour obtenir la libération de l’éléphante et son transfert vers un sanctuaire Nous avons également saisi la contrôleuse générale des lieux de privation de libertés. Cette démarche, habituellement réservée aux humains, se justifie aussi pleinement face aux conditions de détention de la personne animale qu’est Maya. A terme, c’est bien l’ensemble des animaux sauvages captifs que nous entendons sauver de ces exhibitions mortifères. Pour soutenir notre demande, signez et partagez notre pétition en ligne!

(1) Arrêté du 18 mars 2011 fixant les conditions de détention et d’utilisation des animaux vivants d’espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants.

Rapport: le cas alarmant de l’éléphante Maya

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Les orques

Les orques

Les orques
10.07.2017
Les orques
Exploitation pour le spectacle

L’orque, ou épaulard (Orcinus orca) est comme le dauphin un cétacé à dents, vivant en groupe familiaux selon des codes sociaux très développés. C’est également un prédateur intelligent et puissant, ce qui lui vaut d’être victime des cirques marins, comme son cousin…

Les orques

Fiche sentience sur les orques / l’orque

Cerveau et intelligence

Les orques font preuve de nombreuses qualités, y compris l’intelligence, l’usage d’une langue et une sensibilité émotionnelle exacerbée. Ces odontocètes aux dents puissantes sont partout chez eux dans le monde : dans les eaux froides de l’Atlantique Nord, du Pacifique Nord et de l’Antarctique, mais aussi en Indonésie, à Gibraltar ou au Japon. Les orques vivent au sein d’étendues immenses où elles nagent des centaines de kilomètres par jour.

Des études IRM post-mortem du cerveau d’une orque ont montré que cet organe est chez elle de 3,5 à 6,5 fois plus massif que chez le dauphin commun. Ce cerveau est replié en un nombre étonnant de circonvolutions, ce qui indique une capacité élevée de traiter des données. Trois zones particulières du cerveau sont nettement plus développées chez les orques que chez les humains. Il s’agit du cortex insulaire, de l’opercule qui l’entoure et du lobe limbique.L’opercule frontal est corrélé à l’usage de la parole chez l’humain, tandis que le cortex insulaire est impliqué dans l’audition, c’est-à-dire dans la capacité d’entendre et de traiter les sons. Ces zones se trouvent sur la surface supérieure du cortex temporal.

Il semble qu’une partie de l’opercule chez les orques innerve également les voies respiratoires nasales, qui permettent à l’animal de vocaliser. Cette zone remplirait donc des fonctions similaires à l’opercule chez les humains, c’est-à-dire à la production de la parole. Les schémas sonores émis par les orques démontrent en effet des niveaux de communication qui vont bien au-delà de simples sons instinctifs.

La troisième structure d’importance particulière chez l’orque est le lobe limbique élargi, situé sur la face médiane entre les deux hémisphères, directement au-Dessus du corps calleux. Chez l’humain, le système limbique est associé à la vie émotionnelle ainsi qu’à la formation des souvenirs. Les humains ne disposent que d’un gyrus cingulaire, situé au-dessus du corps calleux associé au système limbique. Le gyrus cingulaire des orques, ou lobe limbique, est pour sa part largement agrandi et composé de trois lobes distincts séparés par deux fentes : les fentes limbique et paralimbique.

Au-delà de l’expansion toute particulière de ces zones, l’architecture cellulaire fournit aussi des indices sur l’étendue de l’aptitude des orques à l’expression émotionnelle. Les cellules en fuseau, associées au traitement de l’organisation sociale et de l’empathie par le système limbique, étaient autrefois considérées comme seulement présentes chez les humains et les grands singes. On les a retrouvées depuis chez plusieurs espèces de cétacés, y compris l’orque et le dauphin. En fait, le nombre relatif de cellules en fuseau chez les orques est largement plus important que chez l’humain.L’expression par les orques d’un comportement de groupe extrêmement coordonné et d’interactions sociales comprenant des indices vocaux et non vocaux, est sans doute corrélée à cette extension des zones corticales mentionnées ci-dessus.

Il est évident qu’en observant des orques, qu’elles soient libres ou captives, on peut voir qu’elles possèdent une gamme d’émotions variées, qui vont de la joie à la peur en passant par la frustration, la jalousie, le désespoir ou la colère, et qu’elles sont conscientes d’elles-mêmes. À ce titre, de nouvelles questions éthiques surgissent quant à notre façon d’interagir avec les orques et les autres cétacés en les gardant en captivité ou en les tuant pour se nourrir de leur chair. (1)

Les sociétés des orques

On classe souvent les orques en trois catégories : les orques résidentes, les orques « transientes » ou vagabondes, et les orques hauturières. Des recherches récentes nous montrent que ces catégories sont en réalité bien plus complexes à définir et qu’elles se fondent davantage sur un type de culture particulier que sur un mode d’alimentation relativement flexible selon les circonstances.

La communauté d’orques la plus étudiée est celle de la Salish Sea, près de Vancouver. Cette famille élargie était composée à la fin de 2006 de seulement 86 membres. Ils ne sont plus que 80 aujourd’hui, toujours incapables de reprendre pied après les captures de SeaWorld qui les a décimés dans les années 1970.

Voyageant au sein d’un groupement de pods multigénérationnels centrés autour des femelles, cette communauté est dirigée par des matriarches âgées, dont la célèbre Granny, 104 ans.

Lorsque les orques résidentes du Sud se retrouvent après une séparation de quelques jours ou de quelques mois, elles s’engagent souvent dans un comportement de « salutation ». Les formations rituelles de chaque pod se font face pendant plusieurs minutes, puis se fondent progressivement en groupes actifs, composés chacun de membres des trois pods, accompagnées de vocalisations sous-marines intenses et d’un comportement spectaculaire de « jeu ». (2)

La Communauté des Orques Résidentes du Sud est composée d’un clan vocal (le J) et de trois pods distincts : le J, le K et le L. Le J Pod est le pod le plus susceptible d’être présent toute l’année dans les eaux des îles San Juan et dans le Golfe du sud, ou dans le détroit de Géorgie. Cette famille de 29 membres fréquente volontiers la côte ouest de l’île de San Juan à la fin du printemps. Le plus vieux membre du J pod est J2 (Granny), d’un âge estimé à 103 ans. Les mâles adultes du J pod sont maintenant J26, J27 et J34. Le pod a connu cinq naissances depuis décembre 2014, celles de J50, J51, J52, J53 et J54.

Avec seulement 19 membres, le K Pod est le plus petit des trois pods au sein de la Communauté des Orques Résidentes du Sud. Les deux matriarches du K pod sont K12 et K13, nées toutes deux en 1972. Le K pod comprend aussi trois mâles matures, K21, K25 et K26. L’enfant le plus jeune du K pod est K44, un mâle né en 2011. Le L Pod est de loin le plus grand des trois groupes. Ses membres sont actuellement au nombre de 36. Les mâles adultes du L pod sont L41, L84, L85, L87 et L88. L87 voyage avec le J pod depuis 2010. Le L pod a eu deux bébés en 2015, L121 et L123. (3)

Traversant régulièrement les eaux des Orques Résidentes du Sud, les orques de Bigg sont mieux connues sous le nom de « transientes » ou « vagabondes ». Cette population vit tout le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Californie jusqu’à l’Alaska. Ces orques sont spécialisées dans la chasse aux petits mammifères marins tels que phoques, lions de mer, marsouins, dauphins et parfois les nouveau-nés des baleines. Les orques de Bigg s’organisent selon une structure matrilinéaire, semblable à celle des orques résidentes. Mais ici, les enfants ne restent pas toute leur vie avec leur mère, leur grand-mère ou leur arrière-grand-mère. Ils s’éloignent de leur mère à la maturité, surtout les femelles dès lors qu’elles ont elles-mêmes des enfants. Voyager en petit groupe est une stratégie nécessaire pour chasser efficacement les proies qui sont les leurs et se les partager, ce qui n’empêche pas les liens sociaux d’exister, mais sur de plus vastes distances et à intervalles moins fréquents.

Contrairement aux poissons, les phoques et les dauphins entendent très bien sous l’eau, aussi les orques de Bigg restent-elles parfaitement silencieuses lorsqu’elles chassent. On les voit longer le littoral, inspectant une crique après l’autre, utilisant l’écoute passive pour localiser les pinnipèdes et les petits cétacés. Mais dès que la proie est tuée, c’est une cacophonie de cris et d’échanges enthousiastes. Lorsque des orques résidentes et des orques de Bigg se croisent, elles font mine de ne pas se voir et poursuivent leur chemin sans échanger un seul sifflement.

En Antarctique, la société des orques piscivores est basée sur une première unité matrilinéaire constituée de la matriarche, de ses enfants et de ses petits-enfants, c’est-à-dire un minimum de cinq à six individus. Du fait que les femelles peuvent atteindre l’âge de 90 ans en liberté, il n’est pas rare de voir quatre générations se déplacer ensemble. Ces groupes matrilinéaires sont très stables. Leurs membres ne se séparent que quelques heures par jour, pour aller s’accoupler ailleurs ou se nourrir. À un deuxième degré, de deux à quatre unités matrilinéaires se regroupent pour former un pod, composé d’une vingtaine de personnes. Ces pods peuvent se diviser et se séparer durant plusieurs semaines avant de se retrouver.

Le troisième niveau de la structure sociale des orques est le clan. Il regroupe un ensemble de pods, qui partagent tout à la fois le même dialecte et une lointaine ancêtre commune. Le dernier stade de l’organisation des orques est appelé une « communauté ». Il s’agit d’un vaste ensemble de clans qui socialisent et se retrouvent régulièrement, mais ne partagent ni le même dialecte ni d’ancêtres communs. Les groupes de troisième degré communiquent donc entre eux à l’aide d’un dialecte commun particulier. De nombreuses autres communautés d’orques, vivant selon des moeurs différentes, vivent également en Antarctique ; certaines se nourrissent de manchots, d’autres de poissons des grands fonds. (4)

Dialectes et culture

Les orques émettent trois types de vocalisations : les clics, les sifflements et les appels pulsés. Les clics font partie du système sonar de l’orque et sont utilisés pour l’écholocalisation. Ils permettent de voir dans l’obscurité, de détecter des sources de nourriture même cachée par le sable, de définir la forme des objets dans l’océan et de se localiser par rapport au paysage. Les sifflements sont généralement des émissions de tonalité continue pouvant durer plusieurs secondes.

Les signaux pulsés sont des appels particuliers, qui peuvent être détectés par spectrogramme. Ils sont la composante principale du répertoire de communication de l’orque. Le Dr John Ford a classé les types d’appels distincts des orques de l’État de Washington et de celles de Colombie-Britannique. Il a découvert que chaque pod avait sa propre collection d’appels, qu’il a nommée son « dialecte ». Il a ensuite été en mesure de définir de plus grands groupes acoustiques, ou « clans », en regroupant des pods qui partageaient certains appels en commun. La Communauté des Orques Résidentes du Nord compte trois clans, alors que celle du Sud n’en a qu’un seul, le J, composé des pods J, K et L, de même que les orques transientes vivant sur cette côte. Ces appels ont été utilisés pour identifier les pods et les communautés parmi les orques capturées dans les années 1960 et 1970.

Les différences entre les types d’appels vocaux de clan à clan n’empêchent pas les divers groupes de se réunir et de fraterniser au sein d’une même communauté. Le rôle de ces appels n’est pas connu avec précision. Ils servent à garder contact avec les autres sur de grandes distances, dans l’obscurité, ou lorsque de vastes congrégations se réunissent avec grand tapage. Bien que cela n’ait pas encore été démontré, il existe certainement un potentiel de communication d’informations spécifiques complexes dans les appels. Parfois, les groupes sont extrêmement bavards, à d’autres moments ils restent parfaitement silencieux. (5) (6)

Contrairement aux dauphins, les orques ont peu fait l’objet de recherches sur la communication en laboratoire. Lorsque l’une des premières orques fut capturée, Ted Griffin et le Pr Thomas Poulter s’y essayèrent pourtant, en étudiant les échanges sonores entre deux orques récemment capturées, Namu et la femelle Shamu. Décrivant les signaux émis par chaque individu, d’une durée d’une demi-seconde à cinq secondes en moyenne et s’étendant sur deux octaves, le Pr Poulter suggère : « L’épaulard mâle semble donc organiser ses signaux sonores selon une structure extrêmement complexe, immédiatement reconnaissable sur n’importe quel fond sonore et qu’il peut modifier en accentuant les signaux, en les abrégeant, les ponctuant, les transformant en syllabes, préfixes, suffixes, et en leur conférant toutes sortes d’inflexions sans que l’on cesse de reconnaître l’auteur de l’émission. Je soupçonne que ces signaux font sens pour les autres orques. Il est aussi frappant de constater que Namu multiplie davantage la variété de ses signaux lorsqu’il s’adresse à la femelle que lorsqu’il le fait avec les autres orques libres qui tournent à l’extérieur de l’enclos où il est détenu. »

Poulter conclut qu’au regard des analyses statistiques du contenu de ces bandes magnétiques, on peut selon toute vraisemblance parler d’un authentique langage chez Namu. La manière dont le chercheur insiste sur cet ensemble de modifications sémantiques (ponctuation, « syllabification », préfixation, etc.) révèle à quel point il estime se trouver en présence d’une forme de communication extrêmement sophistiquée. (7)

Culture et modes de chasse

Grâce à leur intelligence et leur sociabilité, les pods d’épaulards ont développé de nouvelles stratégies de chasse qui sont transmises sur plusieurs générations, via un apprentissage concerté. Les techniques varient d’une région à l’autre selon les ressources, mais toutes sont un témoignage de l’intelligence prédatrice et de l’ingéniosité des orques.

Citons notamment :

  • Le « Wave Wash »

Les phoques sont l’une des proies préférées des orques vivant autour de la plate-forme glaciaire de l’Antarctique. En se perchant sur des blocs de glace, les phoques restent hors de leur portée. Cependant, les orques ont inventé une méthode habile pour les pousser dans l’eau. Elles chargent la banquise en formation serrée, créant un front d’onde énorme. Juste avant d’atteindre la glace, elles plongent pardessous, en donnant une poussée de dernière seconde à la vague avec leur caudale. Le mur d’eau qui en résulte s’écrase sur la banquise et balaie le phoque qui tombe à l’eau et se fait dévorer.

  • Le « Karaté Chop »

Le grand requin blanc n’a qu’un seul ennemi naturel : l’orque. Mais la chasse aux requins est une activité risquée pour les épaulards. Des rangées de dents pointues peuvent percer même la plus épaisse peau de baleine. En conséquence, l’orque a développé un moyen efficace de chasser ces proies si dangereuses. En se servant de sa large caudale, l’orque pousse le requin à la surface sur un vortex d’eau. Il tourne alors légèrement et soulevant haut sa caudale dans l’air, il l’écrase sur la tête du requin. Ensuite, parfaitement informé de la biologie des requins, l’orque renverse brusquement le squale ventre en l’air, ce qui provoque chez ce dernier une sorte de stupeur hypnotique que les scientifiques appellent « immobilité tonique ». Une fois paralysé, le requin peut être consommé sans danger.

  • Le « Carrousel »

Les petits poissons comme le hareng ne comptent pour rien dans l’estomac d’une orque. Aussi faut-il les chasser en masse pour que l’effort en vaille la peine. Les orques qui vivent au large de la côte norvégienne, comme la famille de Morgan, travaillent ensemble pour les rassembler. Elles utilisent à cet effet leur ventre
blanc, perçu sous l’eau comme des flashs brusques, et une vaste émission de bulles. Les bancs de harengs sont guidés ainsi vers la surface en leur donnant la forme d’une boule serrée. Cette « boule de viande »
tourbillonnante devient un carrousel pour les orques qui se tiennent autour et frappent la surface avec leurs
caudales, étourdissant les poissons qu’elles peuvent alors avaler par grosses bouchées.

  • Le « Pod Pin »

Les narvals se rassemblent pour se reproduire au milieu de la banquise arctique. Historiquement, les
épaulards n’ont jamais été en mesure d’accéder à leurs lieux de reproduction, mais avec la fonte de la
glace de mer, les choses sont en train de changer. Dans un documentaire, on peut voir comment les orques
rabattent les narvals le long de la plage puis les amènent dans des eaux de moins en moins profondes
avant de les dévorer.

  • Le « Blowhole Block »

Les orques peuvent s’en prendre à des cétacés bien plus grands qu’elles. Les baleines grises et même les baleines à bosse sont des proies potentielles. Comme le loup gris sur terre, elles sélectionnent d’abord les individus les plus jeunes ou les plus faibles. L’attaque suit un schéma familier : les orques se relaient en frappant, mordant et tirant sur les nageoires pectorales de la baleine afin de l’entraîner vers le bas. Puis elles lancent de l’eau sur son dos en essayant de l’empêcher de venir respirer en surface. Après des heures de combat, la baleine épuisée se noie. Les orques dépècent alors leur proie en n’y prenant que la graisse et la langue, laissant le reste de la carcasse aux charognards.

  • Le « D-Day »

Les lions de mer qui nagent au large de la côte atlantique de l’Amérique du Sud se sentent plus en sécurité une fois qu’ils sont revenus sur la plage. C’est une erreur car en Argentine, une tribu d’orques a développé la technique de chasse par échouage. Une orque charge vers la rive, s’échoue presque et saisit au passage un jeune lion de mer. Tout le danger réside dans le fait de ne pas pouvoir revenir en arrière. C’est pourquoi cette méthode fait l’objet d’un véritable enseignement donné, exemple à l’appui, par les orques les plus expertes aux plus jeunes. (8)

Entraide et compassion

C’est au large des côtes de l’Afrique du Sud que le photographe sous-marin Rainer Schimpf s’est retrouvé face à face avec une jeune orque gravement handicapée. Il lui manque sa nageoire dorsale et sa nageoire pectorale droite. Cela signifie qu’elle ne peut pas nager correctement, ni attraper sa propre nourriture. Mais au lieu d’être abandonnée à elle-même, cette jeune orque est prise en charge par le reste de la famille. Quand les autres chassent, elle reste à distance pour ne pas les gêner. Mais dès qu’une proie est prise, elle les rejoint pour manger. (9)

Ces dernières années, on a pu voir des baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) suivre des orques quand elles chassaient le hareng et partager leur repas avec celles-ci. Ces géantes migrent sur 8 000 km à travers l’Atlantique pour se nourrir pendant quelques semaines, avant de faire leur long voyage de retour vers les Caraïbes. « Nous avons eu plusieurs observations d’orques en train de rassembler le hareng en « boule de viande » à la surface. C’est alors qu’elles commencent à se nourrir que des baleines à bosse arrivent et avalent une partie du butin des orques, lesquelles s’écartent sans protester. » (10)

Les dégâts de la captivité

Sculptées par des millions d’années d’évolution pour vivre dans de vastes espaces marins au sein de sociétés complexes et solidaires, les orques souffrent en captivité, qu’elles soient nées libres ou emprisonnées. Plusieurs études indépendantes ont mis en lumière les dégâts provoqués par cette attraction commerciale sur leur santé physique et mentale. (11)

Les delphinariums prétendent aujourd’hui protéger une espèce qui n’en a guère besoin en la faisant se reproduire à la chaîne, souvent de manière incestueuse, ou à l’aide de sperme et d’ovules prélevés manuellement. Les enfants de plus en plus chétifs nés dans ces conditions décèdent pour la plupart avant 30 ans, le plus souvent à l’adolescence, soit au moment où, statistiquement, les orques libres ne risquent plus de mourir avant le terme normal, soit 40 ou 50 ans d’âge moyen et 100 ans d’espérance de vie. (12) (13)

RÉFÉRENCES (EN ANGLAIS) :

(1) « Killer Whales Are Non-Human Persons »,
http://greymattersjournal.com/killer-whales-are-no…
(2) « Orcas of the Salish Sea »,
http://www.orcanetwork.org/nathist/salishorcas1.ht…
(3) « Southern Resident Killer Whales (SRKW) »,
http://www.whaleresearch.com/orca-population
« Bigg’s orcas of the Salish Sea »,
http://wildwhales.org/killer-whale/
(4) « Mysteries of Killer Whales uncovered in the Antarctic »,

http://e360.yale.edu/feature/mysteries_of_killer_w…
(5) « Orca communication »,
http://orcalab.org/orcas/orca-communication/
(6)
http://www.dfo-mpo.gc.ca/fm-gp/mammals-mammiferes/…
(7) « Apetalk & Whalespeak: The Quest of Interspecies Communication » Ted Crail. Contemporary Books inc. Chicago Editions, 1983,

https://www.kirkusreviews.com/book-reviews/ted-cra…

http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/whal…

(8) « The Killer Whale’s Killer Weapon — Its Brain »,
http://www.pbs.org/wnet/nature/killer-whales-kille…
(9) « Orca Family Cares for Disabled Calf »,

http://www.nonhumanrightsproject.org/2013/05/23/or…

http://www.takepart.com/article/2013/05/19/killer-…

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2326868/Di…

(10) « Humpbacks filmed gatecrashing orcas’ fish feast »,
http://www.bbc.com/earth/story/20150729-humpbacks-…
(11) « Killer Controversy Why orcas should no longer be kept in captivity »,
http://www.hsi.org/assets/pdfs/orca_white_paper.pd…
(12) «Study Shows Captivity Curtails Orca Lifespan »,

https://awionline.org/awi-quarterly/2015-summer/st…

(13) « The Case Against Marine Mammals in Captivity »,

https://www.worldanimalprotection.us.org/sites/def…

CRÉDITS PHOTOS : Remerciements auteurs Pixabay

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Jumbo, un hippopotame au fond du gouffre

Jumbo, un hippopotame au fond du gouffre

Jumbo, un hippopotame au fond du gouffre
06.07.2017
Jumbo, un hippopotame au fond du gouffre
Exploitation pour le spectacle

Il porte le nom d’un illustre prédécesseur. Mauvais augure. Le célèbre pachyderme avait beau être une star, sa vie au cirque fut un calvaire. Celle de cet hippopotame contemporain aussi. One Voice milite pour le sauver.

Il n’y a que chez Walt Disney que les Jumbo ont des ailes. Dans la réalité, les animaux captifs connaissent souffrance et désespoir, sans aucune échappatoire. Jumbo l’hippopotame est de ceux-là. Il croupit depuis des années dans la ménagerie d’un cirque français.

Alertée sur ses conditions de vie déplorables, One Voice a mandaté, en mars dernier, un enquêteur et un vétérinaire pour constater la situation. Leurs conclusions sont accablantes. Il apparaît que les besoins physiologiques et biologiques de cet animal ne sont absolument pas respectés.

Reclus 23h30 sur 24h dans la remorque d’un camion de 15m de longueur sur 3m de large, Jumbo manque cruellement d’espace pour se déplacer. En outre, il ne dispose d’aucune possibilité pour se baigner. Dans la nature, comme le veut son espèce, cet imposant mâle passerait le plus clair de son temps en apesanteur dans un fleuve ou un lac. Ici, rien ne l’aide à supporter sa masse corporelle ni à soulager ses membres. Son seul contact avec l’eau a lieu au cours de sa «sortie» quotidienne d’une demi-heure. Il est alors aspergé au tuyau sous les regards intrigués des badauds. Quelle sombre ironie que cette douche brutale pour un animal amphibie! Et quel stress que cette agitation soudaine autour de lui après une journée entièrement coupé du monde. Pour alimentation, le vieil hippopotame reçoit du foin et des granulés pour chevaux… Un régime ridicule pour un herbivore capable de brouter 68 kilos en 4-5 heures à l’état sauvage. Ensuite, on le renvoie à son enfermement dénué de toute distraction. Et pour ajouter encore à ses mauvais traitements, on lui impose des transports fréquents en remorque entre les différents sites de représentation.

Devant ce mépris total des droits fondamentaux de la personne animale et de la réglementation en vigueur(1), One Voice réclame la libération immédiate de Jumbo et son transfert vers un sanctuaire. D’autant que l’hippopotame ne participant pas au spectacle, sa détention s’avère complètement illégale. Parallèlement, notre association a entrepris une procédure auprès de la contrôleuse générale des lieux de privation de libertés afin qu’elle se saisisse du dossier. Cette démarche habituellement réservée aux prisonniers humains, et également engagée pour 5 éléphantes, trouve aussi tout son sens face à l’enfer enduré par Jumbo.

Au-delà de cette affaire, One Voice va plus loin et poursuit son combat pour l’abolition définitive de l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques. Aucun d’entre eux n’y a sa place ! Pour soutenir notre action, signez et partagez notre
pétition!

(1) Arrêté du 18 mars 2011 fixant les conditions de détention et d’utilisation des animaux vivants d’espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants.

Les éléphants

Les éléphants

Les éléphants
02.07.2017
Les éléphants
Animaux sauvages

L’éléphant, d’Afrique (genre Loxodonta) ou d’Asie (Elephas maximus), est le plus gros des mammifères terrestres. Animal à la vie sociale complexe, son intelligence aiguë et une grande sensibilité font de lui un être exceptionnel.

Les éléphants

Fiche sentience sur les éléphants / l’éléphant

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Cerveau et intelligence

D’un poids de 5 kg, le cerveau des pachydermes est plus grand que celui de n’importe quel autre animal terrestre ayant jamais existé… Mais c’est le poids du cerveau à la naissance qui détermine la capacité à apprendre.

Le cerveau d’un éléphant nouveau-né est à environ 35 % de son poids adulte, ce qui annonce une période de développement prolongée durant laquelle l’empreinte de l’environnement social et environnemental agira significativement sur la microstructure neuronale. Chez le nouveau-né humain, ce chiffre est de 28 %, contre 54 % chez le jeune chimpanzé et 90 % chez le veau. L’hippocampe occupe environ 0,7 % des structures centrales du cerveau de l’éléphant, contre 0,5 % chez l’humain et 0,1 % chez le dauphin de Risso. Cette zone du cerveau est essentielle à l’émotion et à l’apprentissage. Elle joue un rôle majeur dans les capacités de rationalisation. Elle est liée à la mémoire, notamment spatiale, dont on sait qu’elle est extraordinairement développée chez les éléphants.(1)

De plus, à l’image des cétacés, des humains et des autres grands singes, le cerveau des éléphants contient des neurones von Economo, responsables de l’empathie et de la vie sociale.(2)

Vie sociale

Jeannin, en 1947, est le premier scientifique à souligner que trois tendances dominent la vie psychique des éléphants : ils sont intelligents, sociables et portés plus que les autres mammifères à des sentiments familiaux.(3)

Une famille d’éléphants est dirigée par une matriarche, l’éléphante la plus âgée et la plus expérimentée du troupeau. La société matriarcale s’articule autour de ses filles, de ses demi-soeurs et de leurs enfants.

L’unité familiale de base compte de six à douze membres. Un ou deux mâles adultes peuvent être de passage ou rester en périphérie du groupe. C’est ce contact étroit et ces échanges constants qui permettent au reste des éléphants d’acquérir les connaissances qui leur sont nécessaires.

Les jeunes éléphants mâles grandissent au sein de la société des femelles. Ils participent aux nombreux événements sociaux qui affectent leur famille, bien qu’avec un moindre intérêt que leurs soeurs du même âge.

Les adolescents quittent leur famille natale entre 9 et 18 ans – un processus long et difficile qui peut prendre de un à quatre ans. Ils doivent alors apprendre une série de nouvelles règles fondées sur le rang et la force de chacun des autres mâles des environs. Le passage de l’univers douillet de la famille maternelle à cette société plus dure se fait donc progressivement, sur une période de huit ans ou plus.

Les mâles adultes devenus indépendants se déplacent en petits groupes d’amis, cependant moins liés que les femelles. Pendant les périodes sexuellement actives, ils se déplacent d’un groupe familial à l’autre à la recherche de femelles réceptives. Les interactions avec les membres de leur propre famille sont douces et courtoises, mais rarement plus. Une fois qu’un mâle a localisé une femelle réceptive et qu’il a pu écarter ses rivaux, il restera à ses côtés deux ou trois jours avant d’en chercher une autre.

Même lorsque les familles se scindent et se séparent, elles gardent des contacts étroits. Cela inclut notamment le fait de voyager ensemble sur de longues distances. Ces groupes liés ont été nommés « bond groups » par Joyce Poole et Cynthia Moss. Ces bond groups forment eux-mêmes des unités plus vastes nommées « clans ».

Après un certain laps de temps déterminé par des influences environnementales et sociales, une partie du groupe se séparera pour former une nouvelle famille. La cause peut en être des tensions au sein du groupe entre deux individus, ou bien des ressources en diminution. Lorsqu’une matriarche meurt, c’est le plus souvent l’une de ses descendantes parmi les plus âgées et les plus expérimentées qui guidera le groupe.(4)

Empathie et solidarité

Les soins maternels chez les éléphants sont exceptionnellement intenses. Le jeune est l’objet de toutes les attentions. Mais la compassion ne lui est pas réservée ; tous les autres membres de la harde en bénéficient. Ainsi, on a pu observer un troupeau d’éléphants africains qui marchait plus lentement pour ne pas laisser derrière lui l’un de ses membres à la jambe cassée et mal ressoudée. Et un autre parce qu’une femelle en deuil portait son enfant mort. Un éléphant adulte a également été vu essayant avec persévérance de sortir un bébé rhinocéros coincé dans la boue.

Dans les années 1970, aux États-Unis, une éléphante d’Asie du nom de Bandula parvenait toujours à se libérer de ses chaînes, quel que soit le système utilisé. Elle aidait ensuite les autres éléphants à s’échapper et, ensemble, ils prenaient la fuite en faisant attention à ce que personne ne les voie.

Il existe un grand nombre de témoignages similaires. Ils nous révèlent une créature qui pleure, se réjouit ou se met en rage, laissant présumer l’étendue de la capacité émotionnelle de l’éléphant.(5)

Usage d’outils

Les éléphants utilisent les branches comme outils, notamment pour construire des barrages sur les rivières et faire ainsi monter le niveau d’eau afin de faciliter leur baignade. On les a aussi vus creuser un trou au bord d’un étang d’eau croupie afin d’obtenir une eau plus pure. En Asie, on a pu observer des éléphants captifs remplir de boue la cloche que leur soigneur leur avait mise autour du cou afin de pouvoir aller manger les bananes de la plantation voisine en toute discrétion, sans que le son de la cloche signale leur activité.

On en a vu également creuser des puits pour boire de l’eau, puis arracher l’écorce d’un arbre, la mâcher pour en faire une sorte de bouchon, refermer le trou avec cette boule ligneuse puis recouvrir le tout avec du sable pour éviter l’évaporation. Ainsi pouvaient-ils revenir plus tard pour se désaltérer. Les éléphants se servent couramment de branches en guise de chasse-mouches ou de gratte-dos. Certains ont été observés en train de poser de grosses pierres sur une clôture électrique afin de la faire s’effondrer et de couper l’électricité pour pouvoir passer.(6)

Résolutions de problèmes

L’effet « eurêka », c’est-à-dire la découverte soudaine d’une solution à un problème, est une expérience humaine courante. La résolution spontanée de problèmes sans phase antérieure d’essais et d’erreurs a été appelée « perspicacité » chez les humains et d’autres animaux.

Trois éléphants d’Asie (Elephas maximus) ont été soumis à un test afin de voir s’ils utiliseraient des bâtons ou d’autres objets pour obtenir des aliments placés en hauteur, hors de leur portée. Sans préalable, un premier éléphant d’Asie mâle âgé de 7 ans a spontanément résolu le problème en déplaçant un grand cube en plastique, sur lequel il est monté pour atteindre la nourriture. Lors de tests supplémentaires, il a fait preuve de souplesse comportementale en utilisant cette technique pour atteindre d’autres objets et en déplaçant le cube pour s’en servir comme outil. En l’absence du cube, il a généralisé cette technique d’utilisation d’outil à d’autres objets similaires. Lorsqu’on lui a donné des objets plus petits, il les a empilés pour tenter d’atteindre la nourriture. Le comportement global de l’éléphant était cohérent avec la définition de la perspicacité.

Des expériences antérieures avaient pourtant conclu à un échec. Elles imposaient aux éléphants de tenir directement le bâton, ce qui interférait avec le rôle olfactif de la trompe, biaisant les résultats.(7)

Conscience de soi

Un miroir de 2,5 m a été placé dans l’enceinte des pachydermes au zoo du Bronx à New York. On a ensuite observé les réactions de trois éléphants face à lui. La première question était de savoir s’ils salueraient leur reflet comme s’ils rencontraient une autre personne, ou s’ils ne commettraient pas cette erreur et utiliseraient le miroir pour s’inspecter eux-mêmes.

« Des éléphants avaient déjà subi le test du miroir, mais les études précédentes utilisaient des miroirs relativement petits maintenus à l’écart des éléphants », a déclaré le Dr Plotnik. « Cette étude est la première à tester les animaux devant un énorme miroir qu’ils pouvaient toucher, contre lequel ils pouvaient se frotter et qu’ils pouvaient contourner pour en voir l’autre côté. »

Inspecter le miroir et essayer de regarder derrière – comme l’ont fait les éléphants du Bronx – est un autre indicateur de la conscience de soi. L’un des trois éléphants, du nom de Happy, a également passé avec succès le test de la « marque » peinte sur un endroit de son corps et qu’il ne peut voir que dans le miroir en la touchant de sa trompe tout en se regardant.(8)

Deuil et rituels funéraires

Les scientifiques qui étudient les éléphants ont observé d’innombrables cas d’éléphants tentant de ramener à la vie des membres de leur famille morts ou agonisants. La biologiste kenyane Joyce Poole, qui étudie les éléphants d’Afrique depuis 1976, déclare que l’attitude de ces animaux face à la mort de l’un des leurs « ne laisse que très peu de place au doute quant à leurs émotions profondes et leur compréhension de la mort. »

Lorsque l’un des leurs décède, tout le groupe familial entoure et veille son corps, que l’on recouvre de feuillages et de branches brisées. Chacun vient doucement effleurer le mort de sa trompe et la troupe ne quitte le corps qu’à regret le lendemain.

Les observations montrent que les éléphants, comme les humains, se sentent concernés par des individus en détresse ou décédés. Ils portent assistance à leurs malades en essayant de les nourrir et montrent un intérêt particulier pour les cadavres de leur propre espèce, qu’ils leur soient ou non apparentés.(9)

Le langage et les éléphants

Une vie sociale aussi développée suppose un langage véritable passant par le toucher, l’odorat et la gestuelle, mais surtout par des sons.

Les sons

On pense aussitôt au barrissement lancé par la trompe, mais la plupart des sons produits par les éléphants proviennent de leur gorge et sont si bas qu’il nous est impossible de les entendre. En revanche, nous pouvons les enregistrer et les rendre audibles à nos oreilles. Ces infrasons sont tels que leurs vibrations transmises par la terre peuvent être entendues par d’autres éléphants au-delà de 5 kilomètres. Ils peuvent
ainsi s’avertir les uns les autres à longue distance d’un danger éventuel, ou bien faire savoir où se trouve de l’eau. En communiquant de cette façon, il est également possible pour une femelle de trouver un étalon, ou bien pour deux mâles en musth, de se tenir à l’écart de la route l’un de l’autre. Ils peuvent également appeler à l’aide ou simplement rester en contact.

Les éléphants dans un troupeau bavardent constamment. Une chercheuse américaine, Katy Payne, étudie le langage des éléphants depuis longtemps et commence à le comprendre. Elle a déjà identifié le son qu’un bébé éléphant émet pour dire à sa mère qu’il ne veut plus de lait, ou celui que poussent des éléphants surpris ou qui veulent en apaiser un autre. La matriarche lance un certain cri pour dire au troupeau de se lever ou de se réunir tous autour d’elle. Elle émet aussi d’autres vocalisations pour indiquer au mâle de rester très prudent quand il approche des femelles trop jeunes. Katy Payne espère déchiffrer toute la langue des éléphants afin qu’un jour les humains puissent communiquer avec eux.

Les éléphants sont très sensibles aux vibrations de la surface du sol. Le bourdonnement tellurique d’un éléphant frappant du pied ou celui d’un troupeau qui s’enfuit, peut être ressenti à des milliers de kilomètres de là. De cette façon, les éléphants sont probablement capables de se transmettre des messages tout en étant extrêmement éloignés les uns des autres. Une récente étude prouve aussi qu’ils entendent les orages de très loin et se déplacent dans leur direction pour profiter de la pluie.(10)

Un éléphant peut reconnaître les voix de centaines de congénères jusqu’à deux kilomètres de distance. Les membres de la famille disposent en particulier d’un vaste répertoire vocal et d’un réseau de communication exceptionnellement étendu. Il s’agit sans doute d’un phénomène unique dans le monde animal à l’exception des humains et des mammifères intelligents aux systèmes sociaux fluides, disposant de capacités de communication à très longue distance associées à la capacité mentale d’une reconnaissance sociale et individuelle étendue.(4)

Le toucher

Les éléphants sont des animaux d’une extrême sensibilité tactile. Les interactions tactiles se produisent dans un large éventail de contextes, agressifs, défensifs, affiliatifs, sexuels, ludiques, de prise en charge ou de comportement exploratoire.

Ils interagissent avec leur trompe, leurs oreilles, leurs pieds, leur queue et leurs défenses. Celles-ci sont bien sûr utiles dans les conflits mais aussi pour soulever doucement un bébé ou pour exprimer la solidarité pendant une cérémonie de salutation. Les oreilles sont utilisées pour les caresses ou le jeu. Les éléphants peuvent également frotter leurs queues l’une contre l’autre ou s’assurer doucement de la présence d’un nouveau-né au sol.

La trompe est quant à elle utilisée pour caresser, rassurer ou aider un bébé. C’est grâce à elle qu’on explore les organes génitaux, la bouche ou les glandes temporales d’un membre de la famille. Elle sert aussi à toucher et explorer les restes d’un éléphant mort, ou à toucher ou pousser un congénère pour jouer. Dans un contexte plus agressif ou défensif, un éléphant peut utiliser sa trompe pour frapper ou bloquer un adversaire, ou appeler à l’aide lorsqu’il fait face à un prédateur.

Les éléphants utilisent leurs pattes pour frapper le sol agressivement mais aussi pour caresser ou aider quelqu’un. Ils se servent de tout leur corps pour pousser ou se frotter sensuellement contre un congénère, que ce soit amical ou sexuel.

La vue

Bien qu’un certain nombre de gestes aient une visée tactile, la plupart envoient également un message visuel. Les éléphants utilisent de façon étonnante toutes les particularités de leur anatomie pour communiquer les moindres nuances de leur émotivité, y compris dans le cadre d’interactions interspécifiques.

Par exemple, un éléphant menaçant ou dominant indique son statut en se faisant plus grand qu’il n’est : il porte la tête haute au-dessus des épaules en écartant les oreilles, tandis qu’un éléphant subordonné garde la tête basse et les oreilles en arrière. Un éléphant effrayé soulève sa queue et son menton. Un éléphant socialement excité agite rapidement ses oreilles en écarquillant les yeux.

La richesse de la communication gestuelle des éléphants est telle qu’on établit aujourd’hui des bases de données pour les répertorier.(11)

Les éléphants et les humains

Des recherches menées à l’Amboseli National Park au Kenya ont permis de montrer que les éléphants peuvent différencier les langues humaines et réagir face à celles qui sont considérées comme des menaces.

Face à des voix d’hommes s’exprimant en langue Masai – des chasseurs potentiellement dangereux pour eux – les éléphants se regroupent et agissent en mode « alerte », quittant précautionneusement l’endroit où ils se trouvent.

En revanche, face à des voix d’hommes s’exprimant en langue Kamba – qui sont le plus souvent des fermiers ou des employés de la réserve et donc moins susceptibles de représenter une menace – les éléphants n’avaient pas l’air autrement perturbés.

Plus subtil encore : face aux voix d’enfants et de femmes s’exprimant en langue Masai, les pachydermes restaient également sereins.

Les chercheurs sont formels : leur étude suggère que les éléphants sont non seulement capables de différencier les diverses langues auxquelles ils sont confrontés, mais également d’adapter leurs réactions avec beaucoup plus de subtilité que d’autres espèces.(12)

De même, selon Pierre Pfeffer, tous les observateurs peuvent constater une différence de comportement d’un même éléphant selon qu’il se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur d’une zone protégée. Il en connaît d’ailleurs parfaitement les limites grâce à l’expérience des anciens, irremplaçable mémoire collective du groupe familial.(3)

RÉFÉRENCES
1. Elephant are large brained.
https://www.elephantvoices.org/elephant-sense-a-so…

2. Von Economo Neurons in the Elephant Brain.
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ar.2082…
;jsessionid=94A790B6BF8DD48E303E08D7F34A7FE1.f02t02
3. Pierre Pfeffer, Vie et mort d’un géant (1989).
4. Elephant Sense & Sociality.
https://www.elephantvoices.org/elephant-sense-a-so…

5. Elephant Emotions.
http://www.pbs.org/wnet/nature/echo-an-elephant-to…

6. Elephantine Intelligence.
http://www.natureinstitute.org/pub/ic/ic5/elephant…

7. Insightful Problem Solving in an Asian Elephant.
http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.137…
/journal.pone.0023251
8. Elephants Recognize Selves in Mirror, Study Says.
http://news.nationalgeographic.com/news/2006/10/06…

9. Behavioural reactions of elephants towards a dying and deceased matriarch.
http://www.appliedanimalbehaviour.com/article/S016…
(06)00101-8/abstract
http://www.abc.net.au/science/news/stories/s149763…

http://www.abc.net.au/science/articles/2005/11/04/…

10. Elephant acoustic communication.
https://www.elephantvoices.org/elephant-communicat…

11. Elephant communication.
https://www.elephantvoices.org/elephant-communicat…

https://www.elephantvoices.org/multimedia-resource…

12. Elephants can determine ethnicity, gender, and age from acoustic cues in human voices.
www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1321543111

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Les macaques

Primates vivant très majoritairement en Asie, les macaques (genre Macaca) forment des groupes sociaux fascinants de complexité, dans leurs postures, interactions, expressions… et spécificités de chacune des espèces.

Les tigres

Les tigres

Les tigres
02.07.2017
Les tigres
Animaux sauvages

Les tigres (Panthera tigris) sont les plus gros représentants de la famille des félidés. Il existe au total neuf sous-espèces de tigres dont trois sont éteintes depuis les années 1950. Les autres sont toutes en danger d’extinction (1). La taille et le pelage varient selon les sous-espèces. Les plus grands sont les tigres de Sibérie, pouvant peser jusqu’à 423 kilos. Leur comportement démontre des capacités cognitives complexes et sous-évaluées à ce jour.

 

Les tigres

Fiche sentience sur les tigres / le tigre

Habitat

Les tigres vivent dans des habitats très variés allant des forêts tropicales aux mangroves, jusqu’aux forêts de conifères de Sibérie où la température peut descendre jusqu’à – 40°C. Ils s’adaptent aisément si la végétation est dense, s’il y a des sources d’eau et des proies en nombre suffisant. Ce sont des animaux robustes capables de grimper aux arbres comme de nager. Ils apprécient d’ailleurs particulièrement l’eau et il n’est pas inhabituel d’observer des tigres se rafraîchir dans des trous d’eau ou des rivières. Ils peuvent parcourir plus de huit kilomètres dans l’eau pour traverser leur territoire. Il leur arrive aussi de pêcher quand l’occasion s’en présente. (2) (3)

Des solitaires

Contrairement aux lions, les tigres sont des animaux solitaires. La seule relation longue entre deux individus est la relation mère-enfant. Les mâles ne sont pas impliqués dans l’éducation des jeunes.
Hemmer4 a étudié le comportement social des carnivores selon la taille relative de leur cerveau et de leur
environnement. Selon ses études, tigres et lions possèdent la plus grosse céphalisation parmi les félins et
sont potentiellement capables de vivre en groupe. Le fait que les tigres demeurent des animaux solitaires serait lié aux particularités de leur habitat, qui diffère fortement de celui des lions, mais aussi à un ensemble de comportements, communément appelés « tempérament », lequel diffère fortement d’une espèce à l’autre.

Les tigres sont des animaux territoriaux. Le territoire d’un individu peut couvrir de 64 à plus de 9 000 km² selon l’abondance des proies. Sur son territoire, un tigre possède plusieurs tanières qu’il aménage dans la végétation dense ou des cavités dans les arbres. Les mâles possèdent des territoires qui peuvent chevaucher le territoire de plusieurs femelles. (2)

Néanmoins, mâles et femelles ne se rencontrent qu’en période de reproduction, majoritairement de novembre à avril. Après plusieurs accouplements sur une période de trois à six jours, ils se séparent. La tigresse mettra au monde entre deux et trois petits après 103 jours de gestation.

Soins aux jeunes

La mère tigre cache ses petits jusqu’à ce qu’ils soient capables de voir et d’entendre, vers 15 jours. Ils seront sevrés vers 100 jours, âge auquel ils commenceront à suivre leur mère dans ses déplacements. On reconnaît rapidement des comportements de prédateur dans leurs jeux, mais ce n’est qu’à partir du 5e mois qu’ils prendront part à des activités de chasse à ses côtés.

Lorsqu’elle a des petits, la tigresse doit chasser deux fois plus pour subvenir à leurs besoins. Ce n’est qu’à partir de 3 ans, après un long apprentissage pour pouvoir pister, attaquer et tuer, que les jeunes tigres prendront leur indépendance et quitteront leur mère pour se trouver un territoire.

Des stratèges de la chasse

Les tigres se nourrissent principalement de grands herbivores tels que les cerfs sambar ou des bovidés sauvages pouvant faire quatre à cinq fois leur taille, mais aussi de petites proies comme des singes, des oiseaux ou des rongeurs. Selon Charles McDougal, du Royal Chitawan National Park en Inde, les tigres sont intelligents et pleins de ressources. Ce sont des naturalistes de première classe, capables de connaître la saisonnalité et le rythme d’activité de nombreuses proies. Ils savent où les trouver lorsqu’elles se reposent ou se nourrissent.(5)

Généralement, les tigres chassent la nuit, lorsque leurs proies sont le plus actives. Dans la végétation dense, leurs rayures leur permettent de se confondre totalement dans leur environnement. Ils peuvent parcourir entre 16 et 32 kilomètres en une seule nuit. L’ouïe et la vue sont des sens particulièrement développés chez les tigres et ce sont ceux qu’ils privilégient, plus que l’odorat, pour chasser. (6) Très silencieux, ils avancent précautionneusement afin de se rapprocher au maximum de leur proie. Ils prennent leur temps et font des pauses pour écouter, sans un bruit ni même un mouvement d’oreille. Tant qu’ils sont immobiles, ils sont parfaitement camouflés. S’ils estiment que le fait d’avancer peut faire fuir la proie, ils rebrousseront chemin et referont plusieurs tentatives jusqu’à ce que le moment opportun se présente. Ils ne se lancent que si les conditions sont optimales. Leurs attaques se font généralement à très courte distance, ce qui leur permet de bondir, parfois jusqu’à dix mètres, et d’atterrir de tout leur poids sur l’animal convoité.

Les animaux plus petits seront achevés par une morsure à la base du cou. Les longues canines du tigre (jusqu’à dix centimètres pour le tigre du Bengale) tranchent directement la moelle épinière. Pour les plus gros animaux, c’est une morsure précise à la gorge qui les étouffera. Dans la plupart des cas, les tigres tuent en moins de 90 secondes. Leurs techniques de chasse leur permettent d’être très précis et d’éviter au maximum d’être blessés au cours de l’assaut. Ils transporteront ensuite leur butin à l’abri et le camoufleront à la vue des autres prédateurs. Ils peuvent revenir pour s’en nourrir durant plusieurs jours. (2) (3) (6)

Chasser est un instinct

Une étude sur douze tigres nés captifs âgés de plus de deux ans, équipés de colliers GPS, a été menée dans une réserve de cent hectares sur le continent africain pour juger du succès d’une éventuelle réintroduction.

Les scientifiques ont pu observer que la majorité d’entre eux ont su chasser les antilopes présentes. Le taux de réussite était plus important dans les zones où la végétation était plus dense et pour les jeunes tigres qui avaient été élevés avec leur mère. Enfin, les tigres ont chassé différentes espèces, montrant ainsi une plasticité de leur comportement de chasse. (7)

La communication

L’odorat revêt une importance particulière dans la communication entre tigres. Les individus marquent leur territoire grâce à des jets d’urine sur la végétation, mais aussi en déposant les odeurs des glandes situées sous leurs pattes lorsqu’ils grattent le sol ou les troncs d’arbres. Ces informations olfactives sont perçues en réalisant la mimique du flehmen : la langue légèrement sortie, l’air est aspiré par la bouche, les lèvres sont rétractées. Les odeurs seront traduites par les cellules sensorielles situées sur le palais. Elles indiquent notamment au mâle l’état hormonal des femelles.

Si toutefois un mâle empiète sur le territoire d’un congénère et qu’une rencontre a lieu, les deux individus peuvent se battre et se blesser mortellement. Mais avant d’en arriver là, ils se jaugent l’un l’autre, exposant les crocs, les oreilles aplaties en arrière et les pupilles dilatées. Même s’ils sont solitaires, les tigres savent que des congénères sont présents aux alentours (3) (6). Ils utilisent aussi toute une gamme de vocalisations : grognement, sifflement, gémissement, rugissement… Chaque son a sa fonction et reflète l’humeur ou l’intention de l’animal.

Les tigres font partie des félins capables de rugir mais pas de ronronner. Leur rugissement est particulièrement impressionnant. Il est souvent répété trois à quatre fois et peut être entendu à plus de trois kilomètres. Il est souvent utilisé comme signal de dominance, afin que les autres aient une idée de la taille de l’individu en fonction de la puissance du son émis et de sa localisation. Il est aussi produit lorsque le tigre a tué une proie de grande taille ou en période de reproduction. (3)

Les gémissements (moaning) sont émis pour relâcher la tension dans différentes circonstances alors que la toux de rugissement est exclusivement produite lors d’une attaque. Enfin, les tigres émettent un son particulier appelé « pook sound » lorsqu’ils sont à la recherche de proies. Si sa signification n’est pas encore claire, il semblerait que ces sons se rapprochent de ceux émis par les cerfs sambar. (3)

L’intelligence des tigres par Sabyasachi Patra, cinéaste et photographe passionné de faune sauvage, récompensé pour son documentaire A call in the rainforest (8) :

Il y a quelques années, lors d’une sortie en jeep à Tadoba Andhari Tiger Reserve pour observer les tigres, Sabyasachi Patra a pu voir une tigresse et ses petits avançant sur la piste. Les petits sont vite entrés se cacher dans la végétation, à gauche du chemin. Lorsque le véhicule s’est rapproché de l’endroit où ils avaient disparu, il a pu voir un des jeunes les observer, dissimulé derrière des bambous. La tigresse, de son côté, a continué d’avancer quelques minutes sur la piste. Elle est ensuite entrée dans la forêt, mais sur la droite du chemin. Après un moment, Sabyasachi Patra a décidé de reculer jusqu’à l’endroit où les petits avaient disparu… Il s’aperçut alors que la mère avait retrouvé ses enfants, et que tous trois étaient postés sur un petit promontoire rocheux, leur permettant de les observer discrètement à distance !
Cette expérience démontre les capacités de ruse de la mère pour semer ses poursuivants. Elle est entrée dans la forêt du côté opposé à ses petits, puis a rebroussé chemin et traversé la piste dans le dos des humains…

 

RÉFÉRENCES

(1) IUCN Red List,

http://www.iucnredlist.org/details/summary/15955/0

(2)
http://animaldiversity.org/accounts/Panthera_tigri…
(3) Panthera tigris. By Vratislav Mazák,

http://www.science.smith.edu/departments/Biology/V…

(4) Hemmer, 1978. Socialization by intelligence: social behavior in carnivores as a function of relative brain size and environment.

Carnivore, 1(1) : 102-105.

(5) Face of the tiger, 1977. Charles Mc Dougal. HarperCollins Distribution Services.

(6) Schaller, G. B. 1967. The Deer and the tiger. A study of wildlife in India. Univ. Chicago Press, Chicago, 370 pp.

(7) Hunting performance of captive-born South China tigers (Panthera tigris amoyensis) on free-ranging prey and implications for their reintroduction,

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S…
(8)
https://www.indiawilds.com/diary/tiger-intelligenc…

Les cochons

Les cochons

Les cochons
02.07.2017
Les cochons
Autre campagne de l’association

En 2015, le Dr Lori Marino et ses collègues publiaient une étude intitulée Thinking Pigs: A Comparative Review of Cognition, Emotion, and Personality in Sus domesticus, synthétisant les recherches sur les capacités émotionnelles et cognitives des cochons.

Dotés de capacités émotionnelles et cognitives, les cochons ont fait l’objet de recherches par le Dr Lori Marino et ses collègues. Leurs conclusions sont les suivantes :

Les cochons

Les cochons peuvent manier un langage symbolique

Les cochons sont à même de comprendre un langage symbolique simple ainsi que des combinaisons complexes de symboles désignant des actions et des objets. Dans une étude sur la recherche sur la compréhension du langage symbolique chez les dauphins (Tursiops truncatus, Herman, 1980, 1987 ; Herman, Hovanick, Gory et Bradshaw, 1989) et les lions de mer (Zalophus californianus, Schusterman, 1993), deux cochons vietnamiens ont réussi à traiter avec succès les composants sémantiques (sens) et syntaxiques (séquences) d’une langue artificielle. Ils ont démontré leur compréhension des symboles gestuels et verbaux représentant des objets (frisbee, boule, haltères) et des actions (s’asseoir, chercher, sauter) (Cerbulis, 1994). De plus, ils ont appris à comprendre une combinaison de ces deux types de symboles en vue d’une action (par exemple, aller chercher le frisbee).

Les cochons ont une mémoire spatiale exceptionnelle

En tant qu’animaux fouisseurs, les porcs sont particulièrement à l’aise avec la mémoire spatiale et la numération. Ils apprennent facilement à se déplacer dans des labyrinthes (Jon et al., 2000 ; Siegford, Rucker & Zarella, 2008), même dans des environnements hautement artificiels comme des labyrinthes aquatiques. L’apprentissage et la mémoire spatiale chez les porcs ont été étudiés selon une méthode spécifique, la procédure Holeboard (van der Staay, Gieling, Pinzon, Nordquist & Ohl, 2012). Le « holeboard » est une arène en plein champ avec de nombreux trous cachant de la nourriture. Cette installation permet aux cochons de fourrager en utilisant leur groin comme ils le font dans la nature (Bolhuis et al, 2013 ; Gieling, Arts, Nordquist & van der Staay, 2012 ; Gieling et al, 2013 ; Nawroth & von Borell, 2014). Les cochons modulent leur recherche de nourriture en fonction du renouvellement des ressources. Lorsque cette ressource se renouvelle naturellement (des plantes, par exemple) et que tout est consommé, les cochons attendront plusieurs jours avant d’explorer à nouveau l’endroit. Une mémoire biographique, c’est-à-dire le souvenir d’événements particuliers inscrits dans un contexte spatial et temporel, a également été démontrée chez les cochons (Kouwenberg et al., 2009).

Ainsi, les porcs apprennent rapidement les discriminations spatiales utilisant la mémoire de travail et la mémoire de référence (Bolhuis et al, 2013 ; Gieling, Arts, Nordquist & van der Staay, 2012 ; Gieling et al, 2013 ; Nawroth & von Borell, 2014). Les porcs se souviennent aussi de l’emplacement, du contenu et de la valeur relative des sites précédemment découverts qui ont stimulé leur intérêt. Au terme d’intervalles de 10 minutes à 2 heures, les porcs utilisent avec succès leur mémoire spatiale pour se diriger vers les zones de recherche utiles et éviter les zones précédemment trouvées vides (Mendl, Laughlin & Hitchcock, 1997). Ces études montrent aussi que les porcs peuvent utiliser leur mémoire spatiale avec souplesse, soit pour retourner à l’endroit précédent, soit pour déduire l’emplacement de l’endroit suivant. D’autres résultats suggèrent que les porcs sont capables de distinguer et de se rappeler les emplacements des sites alimentaires selon leur valeur relative. Il est possible qu’une forme de numération soit utilisée dans ce contexte pour estimer les quantités de nourriture (Cutini & Bonato, 2012).

Les cochons sont joueurs

Les porcs aiment apprendre, découvrir et jouer (Donaldson, Newberry, Spinka et Cloutier, 2002 ; Olsen, Simonsen & Dybkjær, 2002 ; Newberry et al. 1988 ; Bois-Gush et Vestergaard, 1991, 1993). Ils présentent un large éventail de comportements dans ce domaine, dont le jeu social et le jeu avec un objet (Horback, 2014). Les cochons secouent ou transportent un objet tels qu’une balle ou un bâton, ou bien encore se jettent de la paille (Bolhuis, Schouten, Schrama & Wiegant, 2005 ; Dudink, Simonse, Marques, de Jonge et Spruijt, 2006 ; Newberry et al., 1988). Ils secouent la tête en tous sens, sautent, sautillent, trottinent, pivotent, gambadent et se couchent face au sol. Leurs jeux sociaux comprennent des luttes amicales, des coups d’épaule et le fait de se poursuivre l’un l’autre (Horback, 2014) — autant de comportements que l’on retrouve chez le chien.

Les cochons se reconnaissent entre eux

Comme tous les autres animaux à la socialité complexe, les porcs se reconnaissent entre eux et montrent une préférence pour les personnes qui leur sont familières (de Souza, Jansen, Tempelman, Mendl & Zanella, 2006 ; Kristensen, Jones, Schofield, Blanc & Wathes, 2001 ; McLeman, Mendl, Jones, Blanc et Wathes, 2005). Ils distinguent également les étrangers des individus déjà connus d’eux d’après la seule odeur de leur urine (Mendl et al., 2002). Comme les chiens, les porcs utilisent également l’ouïe pour reconnaître leurs congénères (Molnar, Pongracz, Farago, Doka & Miklosi, 2009). Chaque cochonnet possède ainsi un son de voix unique reconnu par sa mère (Illmann, Schrader, Pinka & USTR, 2002).

Les cochons sont également capables de distinguer entre des humains connus et inconnus (Koba & Tanida, 1999 ; Tanida & Nagano, 1998), mais avec un moindre degré de subtilité que les chiens. Étonnamment, l’odorat est peu utilisé dans ce cas-là, le cochon distinguant davantage les humains selon leur taille et certaines caractéristiques de leur visage.

Les cochons comprennent les humains

Lors d’une expérience exigeant un choix actif entre deux humains, Nawroth, Ebersbach et von Borell (2013a, b) ont constaté que les jeunes cochons sont très habiles à interpréter les indices donnés par les visages humains et distinguer les différents états d’attention chez l’humain (Nawroth et al., 2013a). Ils préfèrent ceux qui leur prêtent attention à ceux qui leur témoignent de l’indifférence. En outre, les porcs peuvent comprendre le sens du « doigt pointé » dans certaines circonstances, lorsqu’on leur indique une récompense alimentaire (Nawroth et al., 2013b). Les cochons ont cependant plus de mal que les chiens quand il s’agit d’une cible éloignée.

Les cochons ont une théorie de l’esprit

À l’instar des chimpanzés et des dauphins, les cochons ont développé une intelligence sociale sophistiquée. Ils disposent d’une « théorie de l’esprit » qui amène l’individu à tenter de deviner les pensées d’un autre et à modifier son comportement en fonction de ce qu’il croit que pense ce dernier. Cela implique aussi que le cochon puisse reconnaître la signification d’un doigt pointé ou de l’expression d’un visage.

Par exemple, les porcs présentent des capacités complexes à manipuler leurs congénères à leur avantage lors de situations de recherche de nourriture en commun.

Si deux porcs fourragent en même temps et que l’un connaît la place de mets cachés, l’autre le suivra et tentera de les lui dérober. Sachant cela, le premier porc fera en sorte de ne pas montrer à son congénère qu’il connaît l’endroit de la nourriture dissimulée quand celui-ci le regarde, ou de le tromper sur la direction qu’il prend. Il s’empressera aussi de la consommer avant qu’un autre cochon n’arrive à proximité (Held, Mendl, Devereux et Byrne, 2002 ; Held, Mendl, Laughlin et Byrne, 2002). Les cochons font ici preuve de ce que les éthologues appellent une « intelligence machiavélienne ». En revanche, s’il se trouve en compagnie d’un congénère à qui il peut faire confiance, aucune stratégie de dissimulation ne sera mise en œuvre par le cochon.

Les cochons éprouvent de l’empathie

La contagion émotionnelle et l’empathie ont pu être démontrées dans de nombreux groupes d’animaux socialement complexes tels que les chiens, les grands singes ou les dauphins. Certaines des études les plus intéressantes prouvent que la contagion émotionnelle chez les porcs implique des réponses à l’anticipation d’événements positifs ou négatifs que d’autres porcs vont connaître, révélant l’importance des facteurs sociaux dans l’émotion. Ces résultats montrent que non seulement les porcs se connectent avec les émotions des autres porcs, mais qu’ils peuvent aussi le faire avec des porcs qui réagissent émotionnellement en prévision d’événements futurs (Reimert, Bolhuis, Kemp & Rodenburg, 2013). Ainsi dans une expérience, une musique de Bach annonce à un groupe de cochons que des friandises vont arriver. Mais une marche militaire les prévient qu’un courant d’air froid va les atteindre. Lorsque d’autres cochons sont introduits dans le laboratoire, ceux-ci deviennent enjoués en même temps que les premiers, dès que se fait entendre la musique classique, et abaissent leurs oreilles en signe de stress quand la marche militaire retentit. Ils ne savent pourtant rien de ce qui va suivre.

Les cochons ont une personnalité et du tempérament

Chez les humains, il existe un large consensus pour accepter le modèle à cinq facteurs de personnalité comprenant les dimensions de l’extraversion, de l’amabilité, de l’esprit consciencieux, du névrosisme et de l’ouverture à l’expérience (McCrae et Costa, 2008). Ces traits de personnalité ont pu être identifiés chez les animaux non-humains. Les études sur la personnalité des cochons sont importantes pour comprendre quels traits les porcs partagent avec d’autres espèces, y compris les humains, ainsi que pour avoir une meilleure compréhension de la variabilité individuelle de la performance cognitive (Carere & Locurto, 2011 ; Sih & Bell, 2008).

Les porcs présentent des caractéristiques comportementales et émotionnelles constantes qui ont été décrites comme différents types de personnalité, selon les styles d’adaptation, les types de réponse, le tempérament et les tendances comportementales (Brown et al., 2009 ; D’Eath, 2002 ; D’Eath & Burn, 2002 ; Hessing et al., 1993 ; Ijichi, Collins et Elwood, 2013 ; Janczak, Peddersen & Bakken, 2003 ; Lawrence, Terlouw & Illius, 1991 ; Melotti, Oostindger, Bolhuis, Held & Mendl, 2011 ; Ruis et al., 2000 ; van Erp-van der Kooij et al, 2002). Les différences individuelles ont tendance à être plus cohérentes avec l’âge. Un certain nombre d’études ont montré des profils de personnalité chez les porcs comparables à ceux d’autres espèces (Forkman, Furuhaug & Jensen, 1995 ; Gosling & John, 1999).

Les cochons sont conscient d’eux-mêmes

Deux par deux, huit cochons sont restés cinq heures dans un enclos où se trouvait un miroir. Au début, ils se sont énervés contre leur reflet, mais peu à peu ils ont compris qu’il ne s’agissait pas d’autres individus présents. L’équipe de chercheurs a ensuite installé un bol empli de nourriture visible dans le miroir mais caché derrière une barrière. Parce que les cochons ont un excellent odorat, un ventilateur a effacé toute odeur. Sept porcs sur huit ont résolu le problème en quelques dizaines de secondes, filant droit vers le bol réel. Ce comportement implique que les animaux interprètent correctement les mouvements d’eux-mêmes qu’ils ont vus dans le miroir par rapport au décor environnant, ce qui sous-entend un degré certain de conscience de soi.
Les porcs ont également exprimé un autre comportement qui démontre l’existence de cette conscience de soi. Lors d’une expérience, on propose à un cochon un joystick qui fait se déplacer un point sur un écran. Une friandise est donnée au cochon dès que le curseur atteint une zone spécifique grâce à la manipulation du joystick. Dans cette expérience, les aptitudes du cochon sont comparées à celles du chien, et c’est le premier qui se montre de loin le plus habile (Croney, 2014).

Manipuler un joystick pour atteindre une cible implique en effet une capacité cognitive complexe, celle de reconnaître les actions causées par soi-même et de les guider. Il s’agit d’une composante fondamentale de l’autonomie et du comportement intentionnel. Les porcs partagent cette capacité avec les chimpanzés : ils voient parfaitement la différence entre les mouvements du curseur sur l’écran de l’ordinateur, selon qu’il est causé par eux-mêmes ou par quelqu’un d’autre (Kaneko et Tomonaga, 2011).

Références :

Thinking Pigs: A Comparative Review of Cognition, Emotion, and Personality in Sus domesticus

Lori Marino & Christina M. Colvin

The Kimmela Center for Animal Advocacy, The Someone Project

Emory University, USA

https://escholarship.org/uc/item/8sx4s79c

Les renards

Les renards

Les renards
02.07.2017
Les renards
Animaux sauvages

Les renards roux (Vulpes vulpes) sont dotés d’une intelligence trop souvent ignorée !

Les renards roux (Vulpes vulpes) ont une extraordinaire capacité à s’adapter rapidement à des situations inédites et à trouver de nouvelles stratégies de survie, signes d’une intelligence trop souvent ignorée !

Les renards

Fiche sentience sur les renards / le renard

Le monde social des renards

Quand il y a peu à manger, le renard vit seul et ne forme un couple qu’en période de reproduction. Si le gibier est plus abondant, il vivra toute l’année en couple et si, comme en ville, la nourriture abonde en permanence, il formera des groupes sociaux plus importants, structurés comme des meutes, où seul le couple alpha se reproduit. Les autres femelles aident à l’élevage des petits et occupent un territoire voisin de celui du couple. Notons que tout le monde chasse seul, mais ramène la nourriture au terrier.

Il existe une organisation très stricte au sein de ces grupes sociaux. L’approche d’un alpha se fait presque en rampant. Le renard s’incline ou se tortille sur le dos aux pieds de son « chef » en reproduisant les gestes d’apaisement du chiot.
Cette hiérarchie se met en place dès que les petits sortent du terrier et se livrent à des jeux de combat assez violents. Les affrontements commencent néanmoins sous terre, autour des mamelles de la mère. Une fois les rôles sociaux bien établis, dès la huitième semaine, les combats se raréfient. Les renardeaux les plus forts ont un accès privilégié à la nourriture. Ils grandissent donc plus vite et renforcent encore leur avantage. Ils font aussi l’objet d’un toilettage social plus intense de la part des adultes. Leur intégration dans le groupe social est ainsi facilitée, y favorisant leur maintien à l’automne.

Les grands groupes sociaux sont composés de trois, quatre, voire dix adultes des deux sexes. Jusqu’à trois femelles peuvent avoir des portées mais, le plus souvent, une seule se reproduit. Les petits sont élevés séparément ou au sein d’une grande « crèche » commune. Pendant les premières semaines, leur mère reste la plupart de son temps avec eux sous terre. Le mâle apporte de la nourriture puis les grandes sœurs prennent le relais.

Parler renard

Généralement silencieux, le répertoire vocal des renards est néanmoins très riche. Ils peuvent émettre une trentaine d’appels différents. Leurs glapissements retentissent surtout lors de la saison des amours, lorsqu’ils s’appellent les uns les autres et joutent pour leur territoire. Même leurs jeux sont peu bruyants. Souvent, les appels de renard sont confondus avec ceux de la chouette hulotte. Le célèbre « cri de la renarde » (vixen call) peut aussi être émis par les mâles, dans des échanges sonores complexes.

Le panel des sons est varié : des cliquètements et gémissements organisent les rapports interindividuels. Les adultes avertissent les jeunes d’un danger par un aboiement brusque. Chaque renard semble porter une sorte de « carte d’identité vocale » qui lui permet d’être reconnu par ses congénères. La gestuelle est aussi importante dans la communication des renards. La position des oreilles, de la queue, du corps, et diverses expressions faciales, indiquent l’humeur de l’animal et ont même été comparées aux expressions des primates. Ainsi, l’apaisement se traduit par les oreilles rabattues en arrière, la gueule ouverte et les lèvres rétractées. Lors d’une dispute, l’animal voute son dos et tourne son arrière-train vers l’agresseur. Lorsqu’un renard rencontre un alpha, il le salut en agitant sa queue de gauche à droite.

La science de la chasse chez le renard

La détection des proies et leur capture nécessitent des sens affinés et des réflexes rapides. Généralement actif au crépuscule ou durant la nuit, le renard roux utilise surtout son audition qui lui permet de les localiser avec précision. Comme chez le chat, les rétines de ses yeuxsont tapissées de cellules qui réfléchissent la lumière et en double l’intensité, ce qui lui permet de distinguer ses proies même lorsque la luminosité est minimale. Le renard roux est également capable de bondir en modifiant l’angle de son décollage et en ajustant sa trajectoire au cours du saut. Il peut aussi varier la force de son impact à l’atterrissage. Le renard roux fait preuve d’une grande endurance. Il peut galoper sur plusieurs kilomètres et atteindre 60 km/h, tout en sautant des clôtures de deux mètres de haut, en grimpant sur les toits, ou en traversant les rivières à la nage.

Le renard a l’habitude de faire des réserves qu’il cache sous terre et revient visiter en cas de disette. Il est également connus pour employer de véritables ruses. Il est notamment capable de faire semblant d’être mort ou de se livrer à des ébats ludiques pour attirer une proie.

Les renards urbains

Depuis une quarantaine d’années, les renards se sont installés dans les villes européennes de manière spontanée et naturelle. Ils font aujourd’hui partie intégrante de la faune urbaine, notamment en Grande-Bretagne, en Suisse, en Belgique et même en Australie.

Le principal avantage de la vie en ville est l’abondance de la nourriture. Les renards ont élargi leur régime alimentaire pour consommer tout ce qui se trouve dans les poubelles. Ils s’y nourrissent aussi de fruits, d’insectes, de rongeurs et d’oiseaux. Malgré les doutes de certains, le renard ne représente pas de menace pour les animaux domestiques. Il ne cherche absolument pas le conflit dont il pourrait ressortir blessé.

La tentation de l’élevage

Pendant 51 ans, un chercheur russe a mené des expériences contestées dans le seul but dedomestiquer les renards. Aujourd’hui, à force d’une sélection cruelle, il est parvenu à ce qu’ils obéissent à des gestes basiques de l’homme comme le font les chiens et à des vocalises tendant vers l’aboiement. Mais dans ce projet fou, qui ne permet en aucun cas de tirer des conclusions pertinentes sur les processus de domestication, les 3000 renards finissent pour la plupart dans les fermes à fourrure.

RÉFÉRENCES:

Vulpedia 

Urban Foxes

The Red Fox (bioweb)

The Red Fox (Journal of Mammalogy)

Red Fox: The Catlike Canine, by J. David Henry (1996)

Fox Farm Experiment: hunting for behavioral genesKukekova & al. (2008)

Variation in fur farm and wild populations of the red fox, Zatoń-Dobrowolska (2016)

Le guide des mammifères de France et d’Europe, Barret, P. ; Macdonald, D. (1999)

Fox, M. W. (1970) : A Comparative Study of the Development of Facial Expressions in Canids; Wolf, Coyote and Foxes.
Behaviour, Vol. 36, No. 1/2, pp. 49-73

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Les orangs-outans

Les orangs-outans

Les orangs-outans
02.07.2017
Les orangs-outans
Animaux sauvages

Les orangs-outans (Pongo sp.) ont des capacités intellectuelles impressionnantes. Leurs relations sociales sont intenses et riches en émotions.

Deux sous espèces d’orang-outan occupent encore une partie des îles indonésiennes de Sumatra (Pongo abelii) et de Bornéo (Pongo pygmaeus). L’orang-outan, littéralement « homme de la forêt » en malais, possède un patrimoine génétique à 97% identique à celui de l’homme. A l’instar des gorilles, des chimpanzés et des bonobos, les orangs outans font partie des grands-singes. Ces primates, aux capacités intellectuelles impressionnantes, évoluent dans un environnement complexe. Leurs relations sociales sont intenses et riches en émotions qu’ils expriment avec une humanité souvent déconcertante aux yeux des humains.

 

Les Orangs-outans

Fiche sentience sur les outangs-outans / l’Ourang-outan

Les orangs-outans possèdent des cultures

En 2003, un groupe de chercheurs, dont le Dr Carel van Schaik et la Dre Biruté Mary Galdikas, ont décrit vingt-quatre comportements présents dans certaines populations d’orangs-outans mais absents chez d’autres.

Ces « coutumes » sont apprises auprès des autres individus locaux et transmises au fil des générations. Ainsi, dans certaines parties de Bornéo, les orangs-outans utilisent des poignées de feuilles comme serviettes pour essuyer leur menton, tandis que d’autres orangs-outans, dans certaines régions de Sumatra, se servent des mêmes feuilles en guise de gants pour enlever les fruits des branches épineuses, ou comme coussin dans les arbres inconfortables.

À Bornéo, comme à Sumatra, les orangs-outans envoient un baiser sifflant, en aspirant l’air avec leurs lèvres resserrées. Mais seuls les primates qui vivent à Bornéo ont découvert qu’ils pouvaient amplifier le son obtenu en plaçant leurs mains autour de leur bouche. Avant d’aller se coucher, certains émettent un sifflement en soufflant de l’air entre leurs lèvres pressées, comme pour se dire bonsoir. D’autres utilisent des brindilles pour attraper des insectes dans les troncs d’arbres ou pour ôter les graines des fruits.

Ces habitudes, qui ne se retrouvent qu’au sein de certaines populations, ne dépendent pas uniquement de l’environnement des animaux, et les similitudes sont plus importantes entre les populations proches les unes des autres. Elles constituent la preuve d’une transmission sociale des comportements, déjà mise en évidence chez les chimpanzés.

Les observations ont également montré des indices de l’utilisation de symboles, et une étude plus approfondie pourrait en révéler des preuves plus claires.

Van Schaik estime que l’instabilité politique et la destruction de l’habitat des orangs-outans pourraient empêcher de telles études :
« Certaines personnes nous ont demandé : « N’avez-vous pas appris assez en étudiant ces animaux pendant trente ans ? » Or il est évident, d’après ces constatations, que nous n’avons pas assez appris. Certaines des régions où ces études ont été menées sont déjà détruites par l’exploitation forestière illégale. Et même si, d’une certaine manière, nous pouvions restaurer la forêt et les animaux, c’est comme avec les cultures humaines, une fois qu’une culture est partie, elle est partie. »

Schaik, C.P. (2003).
Orangutan Cultures and the Evolution of Material Culture. Science, 299(5603), 102-105. DOI: 10.1126/science.1078004

Les orangs-outans se servent d’outils

Les orangs-outans font usage d’outils en plusieurs circonstances et selon leurs coutumes locales :

  • en utilisant des feuilles en guise de gants ou de serviettes de protection ;
  • en utilisant des bâtons pour fouiller dans les trous des arbres et en extraire les insectes. Ou encore, en les utilisant pour extraire les graines des fruits et gratter les piquants ;
  • en utilisant des branches feuillues pour chasser les insectes ou recueillir de l’eau ;
  • en pratiquant le hic-riding, une sorte de sport dans lequel les animaux chevauchent des arbres morts qui s’effondrent et saisissent les lianes juste avant qu’ils ne s’écrasent au sol ;
  • en utilisant leurs mains ou une sorte de cornet de feuilles pour amplifier les sons qu’ils émettent ;
  • en construisant des toits pour protéger leur nid quand le soleil est trop fort et, en cas de pluie, en bâtissant deux nids l’un au-dessus de l’autre, celui du dessous servant de chambre à coucher ;
  • en utilisant de longues tiges de bois pour sonder le fond des rivières et juger si elles peuvent être traversées.

Au contact des humains, dans les refuges par exemple, ou en zoo, les orangs-outans développent spontanément des capacités d’imitation proprement prodigieuses : naviguer sur un canot, scier du bois, allumer du feu, faire la lessive, pêcher au harpon, etc., sans aucun dressage.

Schaik, C.P., Fox, E.A., Sitompul, A.F. (1996).
Manufacture and use of tools in wild Sumatran orangutans. Naturwissenschaften, 83(4), 186-188. DOI: 10.1007/BF01143062

En 2007, des chercheurs allemands de l’institut Max Planck ont réussi à prouver que les orangs-outans pouvaient résoudre des problèmes en élaborant une stratégie complexe. Face à un tube étroit contenant une cacahuète inaccessible, il faudra en moyenne 9 minutes aux 5 singes testés pour récupérer la friandise. La solution était d’aller aspirer de l’eau de leur abreuvoir et de la recracher dans le tube pour faire remonter l’arachide.

https://gaiasphere.fr/201508311060-intelligence-des-orangs-outans-la-preuve-par-l-eau/

Les orangs-outans sont des artistes

Certaines compétences culturelles en matière de tissage des fibres semblent s’être perpétuées au sein d’une population d’orangs-outans de la Ménagerie du Jardin des Plantes :  « Watana est une mathématicienne préconceptuelle, spécialisée dans la géométrie spatiale des nœuds et des anneaux. Elle est née en 1995 à Anvers, a séjourné à Stuttgart et habite aujourd’hui Paris, du côté du Jardin des Plantes. Très exactement à la Ménagerie. Il faut la voir utiliser rouleaux de papier, cartons, morceaux de bois, tissus, ficelles, cordes, lacets… Elle noue et renoue, fait des boucles, les repasse les unes autour des autres, fabrique des colliers à deux rangées, attache des fils de couleur à des supports fixes et avec eux trace des formes d’un point à l’autre de l’espace. Après, elle défait tout. C’est un singe de l’espèce des orangs-outans. »

Wattana vit désormais dans un zoo allemand, où plus aucun fil de couleur ne lui est fourni.

http://next.liberation.fr/livres/2012/05/23/l-avis-des-betes_820872

https://www.youtube.com/watch?v=RLkYNiEizcQ

Les orangs-outans communiquent entre eux

Une étude a confirmé que les orangs-outans sauvages (et en captivité) se servent de la pantomime pour se faire comprendre. Ils créent ainsi une série de gestes complexes qui peuvent exprimer des contenus structurés. Certains gestes servent à entamer des interactions, à demander ou à partager des objets, à s’adresser à quelqu’un, à lui demander d’arrêter l’action en cours ou de revenir en arrière. L’articulation des mouvements est rapide. Lorsque le message n’est que partiellement compris, ils répètent leur charade gestuelle et la répètent encore en l’accentuant, comme s’ils parlaient plus fort.

Enfin, lorsque le message n’est pas du tout passé, les orangs outans utilisent une nouvelle gestuelle, complètement différente ; tout comme s’ils repartaient sur de nouvelles bases pour faire passer l’information.

Ils peuvent aussi lancer des appels sonores puissants, qui traversent sur des kilomètres la forêt tropicale, ainsi que des sons plus calmes, tels que les baisers sifflés quand ils sont perturbés, et les « grumph » quand ils ont peur. Ils utilisent aussi des signes visuels, tels que le pointage du doigt, l’agitation de la main ou le fait de frapper sur des objets pour les désigner.

Orangutan Pantomime :

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/early/2010/08/05/rsbl.2010.0564.full

Orangutans Modify Their Gestural Signaling According to Their Audience’s Comprehension

http://www.cell.com/current-biology/fulltext/S0960-9822(07)01640-5

Les orangs-outans rient !

Certaines des formes de communication chez les orangs-outans sont extrêmement semblables à celles des humains. Par exemple, ils peuvent rire exactement comme nous, humains. Cela peut se produire quand ils jouent et quand ils se chatouillent les uns les autres. Plus étonnant, certaines situations les font rire comme des enfants : quelqu’un qui bute et tombe par terre, par exemple, est pour eux le summum de l’humour. Ce sont des animaux très ludiques, et ce comportement est souvent observé entre une mère et sa progéniture.

http://www.orangutan-world.com/orangutan-communication/

Les orangs-outans communiquent avec l’humain

Gary L. Shapiro a été l’un des chercheurs d’avant-garde dans le domaine de l’apprentissage par les orangs-outans du langage des signes. Ses travaux de recherche ont commencé en 1973 au zoo de la ville de Fresno, où il a étudié pendant dix-huit mois les capacités symboliques d’un orang-outan nommé Aazk. Ce dernier s’est montré en mesure d’apprendre à organiser des symboles de façon significative sur une planche afin de construire des phrases (Thompson, 2010).

Quelques années plus tard, Shapiro a voyagé à Bornéo pour mener des études plus étendues sur la communication gestuelle des orangs-outans sauvages. L’un des étudiants les plus brillants de Shapiro était une orang-outan juvénile nommée Princesse. Celle-ci avait développé un attachement très fort pour Shapiro, qui remplissait pour elle un rôle parental. Shapiro lui-même tendait à considérer Princesse comme sa fille, car il l’éleva lui-même, en l’absence d’une mère orang-outan. Princesse vivait chez Shapiro dans un environnement domestique, où elle disposait d’une liberté considérable. Elle apprit une variété de l’AMESLAN et put acquérir trente-sept signes au cours des dix-neuf mois de formation, d’une manière comparable à celle de Washoe, le chimpanzé, et du gorille Koko.

Chantek (Miles, 1994 ; PBS, 2014) réside actuellement dans un habitat pour orangs-outans au zoo d’Atlanta. En 1978, ce jeune orphelin âgé de neuf mois a été élevé par l’anthropologue Lyn Miles à l’Université du Tennessee à Chatanooga. Elle lui enseigna le langage des signes comme à un enfant sourd, dans un environnement complètement humain. Au cours des huit années passées à l’université, Chantek a été en mesure de produire plus de cent cinquante signes et d’en reconnaître beaucoup plus. Il a également développé une compréhension importante de l’anglais parlé. Lorsqu’un mot lui manquait, il combinait des signes qu’il connaissait pour en créer de nouveaux. Ainsi, il nommait le ketchup du « dentifrice-tomate » et un cheeseburger « viande-pain-fromage ». Lorsqu’on lui demandait qui il était, il se décrivait lui-même comme une « personne orang-outan ». En revanche, lorsqu’on l’interroge sur ses codétenus du zoo d’Atlanta où il se trouve actuellement, il les décrit comme des « chiens oranges », auxquels il ne s’identifie pas.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ajp.1350030111/abstract

Les orangs-outans doivent tout à leur mère

Après ceux des humains, ce sont les enfants orangs-outans qui restent le plus longtemps en contact étroit avec leur mère. Ils sont complètement dépendants d’elle pendant les deux premières années de leur vie, tant pour la nourriture que pour les déplacements. On voit la mère nourrir son enfant au sein, abritée sous des branches feuillues pour se protéger de la pluie et du soleil, ou parfois même drapée de grandes feuilles comme un poncho.

Un enfant peut téter sa mère jusqu’à cinq ans, voire huit ans ! Ils commencent à s’éloigner de leur mère lorsqu’elle ne peut plus les porter. Mais les adolescents restent auprès d’elle jusqu’à dix ans, puis la quittent pour la compagnie d’autres jeunes immatures. Certains deviendront des patriarches au large disque facial et, pour les autres, des subadultes permanents jusqu’à ce qu’une place de chef se libère. Les femelles reviennent souvent visiter leur mère jusqu’à ce qu’elle ait seize ans voire plus.

Une association aussi étroite et prolongée entre une mère et sa progéniture est rare chez les mammifères. On pense que les orangs-outans ont une enfance très longue car ils doivent apprendre une quantité de choses pour survivre dans la canopée tropicale. En outre, les mères leur apprennent à se déplacer dans les arbres, à faire des nids, à sélectionner leur aliments et aussi à se protéger des prédateurs tels que les léopards et les pythons de Bornéo, ou les tigres à Sumatra.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ajp.20525/abstract

 

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Les hérissons

Les hérissons

Les hérissons
02.07.2017
Les hérissons
Animaux sauvages

Le hérisson (Erinaceus europaeus) n’est pas un intellectuel, mais c’est un animal paisible et très indépendant à l’ouïe fine et à l’odorat très développé.

Le hérisson (Erinaceus europaeus) n’est pas un intellectuel, mais c’est un animal paisible et très indépendant (1). Il est nocturne et ses capacités visuelles sont limitées. Son monde est flou, sans détails ni couleurs. En revanche, son ouïe est fine et quand il lève le museau, le hérisson capte des parfums subtils qui nous échappent tout à fait. Il peut repérer l’odeur d’un ver de terre à trois centimètres sous l’humus et l’odeur de l’humain à dix mètres.

Les hérissons

Fiche sentience sur les hérissons / le hérisson

De l’apprivoisement du hérisson

Malgré leurs petits hémisphères cérébraux, les hérissons font preuve d’une certaine flexibilité dans leurs comportements individuels. Diverses tentatives ont été menées pour dresser et apprivoiser des hérissons et l’on a pu identifier chez certains individus une capacité à apprendre. Ainsi, les hérissons parvenaient à distinguer des formes symboliques. Dans certains cas, ils pouvaient même répondre à leurs noms lorsqu’ils étaient appelés par leurs soignants. Il existe manifestement des variations entre les hérissons quand il s’agit d’apprendre et d’être apprivoisés, certains y parvenant plus vite que d’autres. Toute une industrie du hérisson élevé en cage existe aux USA, qui produisent également des jouets spécifiques. Malgré plusieurs générations de naissances sous contrôle humain et des croisements sélectionnés pour obtenir les hérissons les plus esthétiques (blanc, pie, chamois, noir, etc.), l’animal socialise peu avec les humains et n’est certainement pas un animal de compagnie.(2)

Le monde social du hérisson

Le hérisson est un grand solitaire, que la présence des autres insupporte. Il ne s’agit pourtant pas pour lui de défendre un territoire, qui chevauche le plus souvent celui de ses congénères, mais d’un besoin de tranquillité propre à cette espèce. Tout est mis en œuvre pour éviter la violence et les rencontres, sauf lors des parades amoureuses avec une femelle, ou lorsque deux hérissons tombent nez à nez par hasard. Cela dit, les hérissons se nourrissent souvent tous ensemble autour d’un bol de nourriture dans le jardin.

Une étude a montré que sur 3460 interactions entre hérissons, dix-sept seulement étaient de type non sexuel. Celles-ci comprenaient uniquement quatre cas de combats physiques (coups de tête, morsures), quatre cas d’interactions avec «reniflement et marche flanc contre flanc» dans lesquels tous les individus étaient des mâles, les échanges étant brefs et sans aucune blessure. Neuf rencontres silencieuses ont été observées, où les individus sont passés à une distance proche l’un de l’autre. Selon les scientifiques, «Ils ont fait une pause, humé l’air un moment et changé de direction».

Chez des hérissons en captivité, on a pu observer un système de hiérarchie se développer autour d’un grand mâle mais cela n’a jamais été observé à l’état sauvage.

Seule la reproduction est l’occasion d’interactions sociales. Les hérissons se livrent à des parades amoureuses ritualisées sur des terrains ouverts, précédées d’affrontements entre les mâles convoitant la même femelle. Le rituel démarre par un face-à-face des deux animaux, qui se reniflent le museau mutuellement tout en urinant. L’accouplement dure plusieurs minutes puis la femelle et le mâle se séparent.(3)

Le petit monde du hérisson

Le hérisson vit dans un tout petit monde, constitué de son territoire de chasse, de son territoire de résidence et de ses nids. Il dispose d’une excellente mémoire géographique qui le guide dans ses déplacements. On connaît le cas d’un hérisson aveugle qui retrouvait sa route dans le jardin : il s’en souvenait dans les moindres détails. Mais, placé devant de nouveaux obstacles, le même hérisson était perdu.

Chaque nuit, sur les cinquante hectares qu’il occupe (la femelle occupant un territoire de dix hectares), le hérisson mâle peut se promener dans un rayon de trois kilomètres sans se presser. Il interrompt fréquemment son parcours pour renifler en l’air. Le hérisson dort beaucoup : 75% de son temps est consacré à la sieste.

La communication

Le hérisson a la curieuse habitude de recouvrir sa peau et ses piquants de salive. Si la signification n’est pas encore très claire, il est possible que cette pratique lui permette de laisser des marques olfactives sur son trajet à l’intention de ses congénères.

Il peut aussi s’enduire de salive écumeuse, peut-être pour décourager un prédateur qui voit une proie malade. La communication acoustique est relativement développée chez le hérisson. On dénombre aujourd’hui 8 types de vocalisations qui semblent être utilisées en complément de la communication chimique.

Parmi ces vocalises, on trouve le clappement de langue, principalement produit lors des déplacements et pendant les activités qui les précèdent. A l’instar de certains insectivores, il semblerait que ces clappements soient utilisés comme système d’écholocation.(4)

L’école du hérisson

Au mois de juin, après quatre semaines de gestation, la hérissonne accouche de deux à sept bébés au fond d’un nid douillet, dans un endroit bien abrité sous un buisson touffu. Les jeunes font leur première sortie à trois semaines, accompagnant leur mère lors de promenades nocturnes et la suivant en file indienne pour apprendre à reconnaître les invertébrés comestibles. Pendant une ou deux semaines, ils retourneront tous les matins au nid pour s’y nourrir du lait maternel, car la mère ne les allaite jamais à l’extérieur. À deux mois, les jeunes sont déjà indépendants et instruits de tout ce qu’il leur faut savoir.

Stratégies de défense

La principale stratégie de défense du hérisson est d’ordre instinctif et réflexe : se rouler en boule. Mais il est à même de moduler volontairement ce mouvement. Il peut aussi manifester d’autres comportements défensifs avant d’y avoir recours. C’est ainsi que dans une première réponse au danger, l’animal se contente de hérisser ses piquants. Il peut aussi choisir la fuite vers un endroit sûr pour échapper à la menace s’il dispose du temps nécessaire. Si le danger survient brusquement, comme une voiture sur une route, le hérisson restera sur place sans bouger, ce qui causera sa perte.

La contraction du muscle orbiculaire tend la peau du dos autour du corps de l’animal et l’enserre comme dans un sac, repliant vers l’intérieur la tête, les pattes et la queue. Le mouvement peut se produire à très grande vitesse, la flexion de la tête survenant dans les 0,01 secondes. Le hérisson devient alors une boule de piquants compacte. Une seule petite ouverture subsiste au niveau du ventre, mais aucun prédateur n’oserait aller la chercher dans cette forêt de piquants. Pour renforcer encore sa défense, le hérisson contracte les petits muscles présents à l’extrémité inférieure de chacun de ses piquants. Ceux-ci alors se hérissent en tous sens, et l’animal se met à ressembler à une pelote d’échardes. Quand le danger s’éloigne, il se déroule d’un coup et court vers l’abri le plus proche.

Les hérissons peuvent aussi tenter d’impressionner leur agresseur avec des cris de colère et des sifflements, voire même avec une sorte de crissement fort, « comme un cochon ». Il est rare qu’un hérisson morde pour se défendre, sauf s’il s’agit d’une femelle qui défend ses petits.(3)

RÉFÉRENCES:

1. Cortical Organization in Insectivora: The Parallel Evolution of the Sensory Periphery and the Brain. Catania, K. C.
http://www.karger.com/Article/Abstract/6666

2.
http://hedgehogclub.com/care.html

3.
http://wildpro.twycrosszoo.org/S/0MInsectivor/Erinaceidae/Erinaceus/Erinaceus_europaeus/14WEHBehSocial.htm
4
. ATTIE, C., 1990. Emissions sonores chez le Hérisson européen, Erinaceus europaeus, et signification comportementale. Mammalia. Volume 54, Issue 1, Pages 3–12

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