Tirs sur les ours : Communiqué de Presse
Le 7 août, en Ariège, un éleveur s’est retrouvé face à un ours sur une crête, au-dessus de l’estive d’Arreau. Cinq jours plus tard, la préfecture a déclenché contre l’animal un protocole de « conditionnement aversif » : balles en caoutchouc et cartouches à double détonation. Le même jour, l’État a fait appel de la suspension des tirs d’effarouchement que nous avions obtenu le 4 août. En une semaine, l’État a trouvé le temps de tirer et de plaider — jamais celui d’organiser la cohabitation.
Parti chercher un chien de troupeau disparu, un éleveur accompagné de sa chienne se retrouve nez à nez avec un ours brun le 7 août dernier. Selon son récit, l’animal se dresse sur ses pattes arrière, grogne gueule ouverte, puis effectue une charge d’intimidation — il fonce, puis s’arrête net à quelques mètres, sans jamais aller au contact. Sa chienne aurait chuté d’une falaise au cours de la scène ; elle serait aujourd’hui entre la vie et la mort. Nous ne minimisons rien de ce que cette rencontre représente pour celui qui l’a vécue, ni de la
gravité de l’état de son chien. Mais l’ours s’est éloigné. L’histoire pouvait s’arrêter là.
Un comportement d’ours normal, requalifié en danger
Se dresser, grogner, charger sans contact : ce répertoire n’est pas de l’agressivité, c’est de l’appréhension. L’ours brun a peur des humains, et ces gestes-là sont ceux d’un animal qui cherche à faire reculer ce qui l’inquiète et qui se trouve soudain sur son territoire. La préfecture de l’Ariège a pourtant déclenché, le 12 août, le protocole réservé aux ours « présentant un comportement anormal ou dangereux ». Rien, dans cette scène, ne le justifiait.
Le protocole national exige que « l’individu ait préalablement été clairement identifié ». L’arrêté préfectoral, lui, ouvre les opérations à « tout individu subadulte présentant un comportement similaire ». N’importe quel jeune ours qui aurait la mauvaise idée de se comporter comme un jeune ours pourra donc être assailli de ces projectiles. Cette décision sort donc du cadre que l’État s’est lui-même fixé. Pourtant, l’Etat a également décidé de saisir le Conseil d’Etat, pour demander l’annulation de la suspension des tirs d’effarouchement sur l’estive du groupement pastoral d’Arreau que nous avions obtenu le 4 août dernier.
Ce qui manquait le 7 août, ce ne sont pas des cartouches
Les bonnes pratiques existent : signaler sa présence en parlant fort, tenir son chien en laisse, ne pas jeter de pierres, s’éloigner sans tourner le dos. Les mesures qui réduisent réellement les conflits sont connues : clôtures électriques, présence humaine renforcée, chiens de protection en nombre suffisant. Un chien protège environ cent brebis ; un troupeau de mille animaux gardé par deux patous n’est pas protégé, il est exposé. L’Etat doit imposer et prendre en charge à 100% la mise en œuvre de ces mesures et la taille des troupeaux doit être adaptée à ce qu’il est possible de protéger. « Nous passons l’été à empêcher des tirs, arrêté après arrêté. Pendant ce temps, les éleveurs ne protègent pas leurs troupeaux, ils cherchent à provoquer des incidents pour justifier de “nettoyer” la nature de toute biodiversité pour reprendre leur expression. L’État au service des lobbys a de l’argent pour les cartouches et les frais d’avocats ; jamais pour la préservation des animaux sauvages », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice.
L’audience en appel aura lieu ce mercredi 19 août à 15h au Conseil d’Etat. One Voice sera là. Représentée par le cabinet Gossement Avocats, notre association défendra la suspension obtenue le 4 août. Nous continuerons à surveiller et attaquer chaque arrêté. Les
ours bruns sont une espèce strictement protégée. Ils sont chez eux dans les Pyrénées.