L’été de la tourmente pour les ours des Pyrénées, harcelés par les tirs d’effarouchement

Animaux sauvages
10.09.2026
France
L’été de la tourmente pour les ours des Pyrénées, harcelés par les tirs d’effarouchement L’été de la tourmente pour les ours des Pyrénées, harcelés par les tirs d’effarouchement
Toutes les actualités

Pendant que les Pyrénées s’animent, les ours subissent. Depuis le 15 juin 2026, une pluie d’arrêtés préfectoraux a autorisé des tirs d’effarouchement — ces détonations à double explosion qui peuvent terroriser les ours, séparer les mères de leurs petits et causer des dommages auditifs irréversibles. One Voice tente de les protéger devant les tribunaux.

L’été, les Pyrénées se transforment en pâturages géants pour des troupeaux comptant des milliers de brebis et les vallées bourdonnent d’activités humaines. Pour les ours bruns, cette saison est la plus dure : celle où les arrêtés préfectoraux s’accumulent, où les tirs d’effarouchement claquent dans la montagne et où chaque détonation peut briser une famille.

Deux détonations, un monde de stress

Les tirs d’effarouchement sont souvent présentés comme une mesure anodine, presque bienveillante : des tirs à blanc, envoyés en l’air, pour éloigner l’ours sans le blesser. Mais la réalité est bien plus brutale. Chaque munition génère deux explosions successives : une première à distance, une seconde quelques instants plus tard. Double détonation, double choc. Pour les ourses accompagnées de leurs petits, l’effet peut être dévastateur : fuite désordonnée, séparation accidentelle entre une mère et ses oursons… Ce que l’on présente comme une solution de cohabitation peut, concrètement, détruire une famille.

Depuis le 15 juin dernier, 27 arrêtés préfectoraux ont été pris. Une moyenne de plus d’un par semaine, la plupart publiés le vendredi soir et les veilles de jours fériés ! La préfecture de l’Ariège, particulièrement zélée, a clairement affiché ses priorités. One Voice tente d’attaquer ces arrêtés en justice et se rend aux audiences pour demander leur suspension. Car derrière ces arrêtés, il y a des ours en danger et des éleveurs qui veulent confisquer la nature pour leurs animaux, bientôt envoyés à l’abattoir. Mais, alors que la justice nous avait donné raison le 4 août pour l’estive d’Arreau, le ministère de la Transition écologique a fait appel de cette décision au Conseil d’État et obtenu gain de cause. Cette décision, aussi décevante soit-elle pour les ours des Pyrénées, ne tranche cependant pas la question de la légalité de ces arrêtés pris en cascade. Par ailleurs, nous avons constaté que nos recours en justice obligent les préfets à exiger la mise en place de mesures de protection des troupeaux et à en augmenter les contrôles. 

Pour Trepador et Claverina

Ces ours ont des noms. Trepador, fils de Claverina, est né en 2025 à Aragon. Comme tous les oursons, il a passé ses premiers mois collé à sa mère, apprenant à grimper, à chercher sa nourriture, à exister dans la montagne. Comment imaginer cette famille soumise à des détonations répétées ? Quand pourront-ils vivre en paix, sans être constamment harcelés ? 

Trepador et Claverina ne sont pas seuls. En 2025, selon le Réseau Ours Brun (ROB), la population totale est estimée entre 109 et 143 individus, avec une valeur moyenne de 130. Une progression qui ne doit pas masquer la fragilité de l’espèce : les ours bruns sont classés « en danger d’extinction » sur la liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN, et le niveau de consanguinité reste préoccupant. On ne parle pas d’une espèce florissante, mais d’une population qui survit. 

Les chiffres que certains préfèrent ignorer

Toujours selon le Réseau Ours Brun dont l’OFB fait partie, 289 attaques sur cheptel domestique ont été recensées en 2025 pour lesquelles la responsabilité de l’ours ne peut être écartée (mais pas confirmée). C’est moins qu’en 2024 (310 attaques) et qu’en 2023 (349 attaques), alors même que le nombre d’ours a augmenté, passant de 83 à 108 individus sur la même période. Trois ans de baisse consécutive. Peut-on légitimement supposer que les mesures de protection fonctionnent ? 

D’autant que les ours ne sont pas nécessairement responsables de toutes les attaques observées. La présence de chiens errants dans les Pyrénées constitue un enjeu réel et sous-estimé. Et quoi qu’il en soit, moins d’1 % du cheptel ovin, caprin et bovin français est victime des ours, qui restent, rappelons-le, la seule cause de mortalité systématiquement indemnisée dans les Pyrénées. Les accuser rapporte de l’argent aux éleveurs.

Ces chiffres, certains préfèrent les ignorer. La FDSEA des Pyrénées-Atlantiques l’a redit sans détour le 23 avril dernier : « Nous sommes et avons toujours été pour l’éradication ou le retrait de l’ours dans les zones où il y a de l’élevage ». Le ton est donné, et le camp clairement choisi : celui de ceux qui ont toujours considéré qu’une cohabitation entre les ours et les activités humaines est impossible, et qui entendent bien en rester là.

Une dérogation qui devient la règle

Le lobby agricole extrémiste a obtenu davantage. Une modification de l’arrêté-cadre est parue le 13 juillet, élargissant considérablement le champ des « effarouchements renforcés »   : éleveurs, bergers, membres de groupements pastoraux, gestionnaires d’estives et lieutenants de louveterie pourront désormais procéder à ces tirs dévastateurs. Ce qui était censé rester une dérogation exceptionnelle devient un outil ordinaire, banalisé, multiplié. 

Le plus édifiant ? Lors de la consultation publique organisée avant cette modification, plus de 80 % des avis exprimés étaient défavorables ! 80 %. Or ce résultat n’a rien d’étonnant. Un sondage One Voice effectué fin 2024 le confirmait : neuf Français sur dix sont favorables à la présence des ours. 83 % estiment qu’ils jouent un rôle clé dans les écosystèmes. 87 % considèrent qu’ils ont largement leur place dans la nature en France. Les Français ne sont pas contre les ours : ils sont pour eux. Ce sont les préfectures qui choisissent délibérément de ne pas les entendre. 

La seule voie viable est celle de la cohabitation réelle entre activités humaines et faune sauvage, grâce à des moyens de protection efficaces, une meilleure sensibilisation du public, un accompagnement sérieux des éleveurs… Les ours ont leur place dans les Pyrénées. Pas comme cibles de dérogations administratives en série, mais comme habitants à part entière d’une montagne qui leur appartient autant qu’à nous.

27 arrêtés en deux mois et demi, une modification réglementaire imposée contre l’avis de 80 % des citoyens : l’été 2026 a été brutal pour les ours des Pyrénées. One Voice ne les abandonne pas. Pour Trepador, Claverina et tous ceux dont on ne connaît pas encore le nom : signez la pétition et rejoignez le combat.

Partager l'article