Les réponses floues et silences embarrassés des géants des produits ménagers à nos questions
Ma lessive est-elle testée sur des souris ? Mon lave-vitre … sur des chats ? Les tablettes lave-vaisselle… poissons ? Alors que les tests sur les animaux pour les produits ménagers finis ne sont pas exigés par la réglementation européenne et française, certaines grandes marques restent floues. Malgré nos demandes de clarification, seules quelques-unes s’engagent clairement contre ces pratiques, tandis que d’autres répondent par des déclarations ambiguës — voire par le silence.
Alors que depuis des années One Voice combat l’expérimentation animale en France et en Europe, nous avons décidé de mener l’offensive contre les tests sur les produits ménagers finis. Pourquoi parler de « produits finis » ? Parce que tous les ingrédients entrant dans leur composition ont déjà été testés conformément à la réglementation européenne. Tester à nouveau ne fait que répéter des évaluations déjà réalisées sur ces individus.
Animal Testing a déjà entrepris un important travail de recherche sur les tests pratiqués pour ces articles et dénoncé l’opacité des entreprises à ce sujet. En prolongeant son travail, nous souhaitons non seulement renforcer cette dénonciation, mais aussi attirer l’attention sur des pratiques insupportables, comme celle de forcer des lapins à subir des sprays de désinfectant dans les yeux pendant des heures pour évaluer le potentiel d’irritation cutanée.
One Voice, à travers la coalition EEB (Bureau Européen de l’Environnement), a soutenu les ambitions du Pacte Vert européen visant à protéger la santé des consommateurs et des travailleurs. Nous avons milité pour que les travailleurs exposés à ces substances soient inclus dans les politiques de protection. Dans ce cadre, nous avons contribué activement aux discussions sur les réglementations REACH et CLP, en collaboration avec les coalitions ECEAE (Coalition Européenne pour l’Abolition de l’Expérimentation Animale) et CFE (Cruelty Free Europe), dont nous sommes les représentants en France. Nous avons également participé activement à l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) pour abolir les tests sur les animaux. Pourtant, malgré ces efforts, le Pacte Vert a été affaibli et aujourd’hui, alors que l’interdiction des tests sur les cosmétiques se voit menacée, des êtres vivants continuent par exemple de recevoir des sprays de désinfectant dans les yeux pendant des heures pour évaluer le potentiel d’irritation cutanée.
Une réglementation européenne insuffisante
Si la législation européenne impose des évaluations sur les substances chimiques, elle n’exige en rien des essais sur les articles finis eux-mêmes. Mais elle ne l’interdit pas non plus. Face à cette ambiguïté, certaines entreprises continuent de pratiquer ces évaluations, préférant suivre cette voie plutôt que d’investir dans des alternatives modernes. Elles se justifient par des obligations réglementaires et des impératifs de sécurité des consommateurs, exploitant ainsi les zones grises de la législation.
Nous avons contacté plusieurs mastodontes de la grande distribution afin de leur demander directement si leurs produits d’entretien finis sont testés sur les animaux. Nous avons sollicité Reckitt Benckiser, Procter & Gamble, Henkel, et Unilever. Les réponses obtenues sont révélatrices et soulèvent de sérieuses questions sur l’engagement réel de ces industriels pour la fin de ces pratiques.
- Procter & Gamble (M. Propre, Ariel, Febreze etc.) se distingue par sa transparence en affirmant ne pas effectuer d’expériences sur les êtres vivants.
- Reckitt Benckiser (Cillit Bang, St Marc, Harpic, etc.) a répondu de manière ambiguë : « Bien que certaines autorités gouvernementales exigent que certains produits soient testés sur des animaux dans le cadre de leurs réglementations, nous nous engageons à éliminer autant que possible les tests sur les animaux de nos produits ». Cette formulation laisse penser que ces pratiques pourraient être encore en cours pour certains de leurs articles, sans qu’ils précisent lesquels ni dans quelles circonstances. Une réponse floue qui ne saurait inspirer confiance.
- Henkel (Mir, Le Chat etc.) déclare : « Nous avons un engagement clair : nous ne testons pas nos détergents et produits d’entretien sur les animaux, et nous ne demandons pas à des tiers de le faire en notre nom. Cet engagement s’applique à notre portefeuille de produits dans le monde entier. Malheureusement, il existe encore dans le monde certains marchés sur lesquels les tests sur les animaux sont obligatoires ». Une réponse qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte d’explications : Henkel ne précise ni quels « marchés » imposeraient ces expérimentations, ni quels articles seraient concernés. Ce manque de transparence alimente le doute sur leurs pratiques actuelles, rendant impossible pour le consommateur de discerner la réalité derrière cet engagement.
- Enfin, Unilever (Sun, Cif, etc.), malgré plusieurs relances, a tout simplement choisi de ne pas répondre à notre demande. Ce silence en dit long.
Ces réponses floues ressemblent davantage à un exercice de communication qu’à de véritables engagements. L’ « éthique washing » semble prospérer, à grand renfort de formulations ambiguës et de silences stratégiques. Mais ne soyons pas dupes : derrière ces discours de façade se cachent des pratiques que les consommateurs ont le droit de connaître.
Des souffrances évitables grâce aux alternatives
Il existe aujourd’hui des méthodes fiables pour évaluer la sécurité des produits ménagers : modélisations informatiques, tests sur cellules humaines, ou encore exploitation des données bibliographiques existantes. De plus, chacun peut opter pour des solutions simples et écologiques au quotidien : le vinaigre blanc contre le calcaire, le bicarbonate pour nettoyer et désinfecter, ou encore des tissus lavables plutôt que des lingettes jetables. Ces alternatives évitent non seulement la souffrance animale, mais aussi son impact environnemental.
Un appel à la responsabilité des entreprises
Aujourd’hui, la transparence doit être la norme.
Nous appelons toutes les marques du secteur à s’engager fermement contre l’expérimentation animale. Parallèlement, les citoyens peuvent, eux aussi, contribuer à ce changement en choisissant des labels certifiés sans cruauté et en soutenant les marques qui s’engagent sans équivoque pour les méthodes alternatives.
Exigez avec nous la fin des tests sur les animaux pour les produits ménagers finis en signant notre pétition.