27 430 animaux condamnés : One Voice met à mal l'opacité des labos
Pendant des années, un simple avis laconique émis par les comités d’éthique suffisait à infliger des souffrances indicibles aux animaux destinés aux laboratoires. La Cour administrative d’appel de Paris vient de leur adresser un sérieux rappel à l’ordre. Grâce à notre combat, les comités d’éthique ne pourront plus se contenter de quelques formules vagues pour autoriser l’inacceptable. Une victoire historique en faveur de la transparence et des animaux.
En 2022, notre équipe découvrait un projet expérimental vertigineux. Pour tester de futurs traitements contre l’épilepsie, il annonçait l’utilisation de 27 430 rongeurs : 8 700 souris, 17 730 rats et 1 000 gerbilles de Mongolie. Autant d’animaux sensibles, sociaux, capables de ressentir des émotions complexes comme la peur, le stress ou le plaisir. Des animaux dont le sort est encadré par la réglementation européenne et le principe des 3 R, mais destinés pour 26 040 d’entre eux à subir des procédures classées « sévères ». En clair : des semaines de douleurs et d’angoisses soigneusement planifiées et sans autre issue que la mort.
Diverses méthodes, toutes basées sur la souffrance
Le protocole répartissait les animaux en dix groupes. Pour déclencher les convulsions, les méthodes variaient. Certains recevaient des substances puis des chocs électriques sur la cornée, dans les oreilles ou directement dans le cerveau. D’autres enduraient des injections de produits, d’autres encore subissaient une opération pour leur implanter des électrodes dans le cerveau. Certains d’entre eux ont été conditionnés à entrer en crise dès la première stimulation électrique. Deux fois par jour, cinq jours par semaine pendant deux semaines, ils étaient électrocutés pour rendre leur cerveau plus sensible aux stimulations, jusqu’à déclencher une crise à la première décharge avant de recevoir les substances.
Quel que soit leur groupe, leur destin était scellé. L’animal entrait en épilepsie et était euthanasié immédiatement à la fin du test. S’il survivait, il intégrait d’autres expériences. Aucun de ces 27 430 animaux n’en a réchappé, ils ont tous été tués.
Des mois de combat pour de simples documents
Ces atrocités auraient dû rester cachées. Nous avons refusé cet état de fait. Pour obtenir les documents d’autorisation et les avis d’évaluation, pourtant publics, un combat de plusieurs mois a été nécessaire et nous avons dû saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA). Son analyse a confirmé ce que nous pressentions : aucune démonstration sérieuse ne justifiait l’expérimentation de plus de 27 000 animaux. Le dossier mentionnait même des méthodes alternatives comme les cultures de neurones et l’étude d’échantillons de cerveau. Elles ont été balayées par une sentence péremptoire sans plus d’arguments. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a validé sans exiger davantage de justifications, prenant pour argent comptant les déclarations du laboratoire. Cette autorisation, nous l’avons contestée devant la justice.
Une victoire qui change la donne
Le 3 juillet 2026, la Cour administrative d’appel de Paris nous a donné raison. Son verdict est limpide et rappelle une évidence : quand il s’agit d’infliger de telles tortures à des êtres sensibles, les comités d’éthique ne peuvent se contenter de généralités. La balance entre souffrances imposées et «bénéfices» attendus doit être clairement étudiée, l’absence d’alternative vérifiée et le nombre d’animaux justifié.
Or, pendant trop longtemps, les comités d’éthique ont fonctionné comme de simples chambres d’enregistrement. Presque aucun projet n’est rejeté et la France demeure le premier expérimentateur d’animaux en Europe, alors que la réglementation européenne évolue et demande à ses États membres d’élaborer une stratégie pour sortir de l’expérimentation animale.
Désormais, les autorisations accordées aux laboratoires devront être solidement motivées. Les souffrances des animaux ne pourront plus être dissimulées derrière quelques cases cochées à la hâte. Cette victoire nous offre un outil juridique puissant. Elle acte le recul de l’impunité et de l’omerta. Et ouvre enfin une brèche pour tous les animaux victimes des tests et des protocoles.