le mardi 28 septembre 2021 | 37

Les cirques, pourvoyeurs de peaux et de corps à des taxidermistes. Révélations.


Mis à jour le 25 novembre 2021

Arnaque à l’identification des lions comme Jon détenus dans les cirques de la famille Gougeon, suspicion de trafic... Après un contrôle de la DDPP qui a relevé ces problèmes, nous avons enquêté... , Un vendeur d’animaux « naturalisés » qui a pignon sur rue expose comment il se procure les corps et peaux qu’il revend des dizaines de milliers d’euros ! Comme Dorian…

Hr blog

Edit au 13 octobre 16h30

Victoire ! Le tribunal a prononcé la nullité de la procédure engagée contre nous et a condamné la partie adverse à payer nos frais d'avocat.

Edit au 7 octobre

Nous sommes poursuivis suite à la publication d'un article et d'une vidéo sur la naturalisation des lions de cirques.
L'audience a lieu ce 7.10 devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Strasbourg. À l'audience, parmi les révélations qui nous étaient reprochées, l'envoi du corps d'un lion "de cirque" français vers la personne visible sur nos images n'a pas été contesté. Et pour cause, c'est une info officielle de la DDPP!
Mis en délibéré au 12.10 à 11h.

Le commerce de lions et de tigres, un business très juteux

Le trafic issu des animaux de la faune sauvage est le troisième mondial après celui des armes et de la drogue. Nous dénonçons depuis toujours l’implication de certains cirques dans ce trafic : les bébés qui se succèdent et sont remplacés par d’autres toujours aussi jeunes, les lions que nous suivons et qui tout à coup disparaissent (Sultan) ou encore les dresseurs qui ne font officiellement pas de reproduction mais détiennent un mâle « pas du même sang » ou maintiennent les mâles et les femelles dans les mêmes cages à l’année (les dix tigres dans un camion chez Mario Masson) et les cahiers de suivi qui sont malencontreusement égarés, les bébés élevés au biberon pour faciliter les échanges...

Le point de départ de notre enquête...

Ce dernier cas est le point de départ de l’enquête dont nous révélons aujourd’hui les résultats. Au printemps 2021, un rapport réalisé par les services vétérinaires de la préfecture (DDPP) du Rhône relate que pendant leur visite au Nouveau Cirque Triomphe de Joseph Gougeon, ils ont constaté que la mise en demeure d'octobre 2019 n’était toujours pas respectée : nombre de lions détenus supérieur à celui autorisé, mauvaise répartition des sexes (plus de mâles que ce qui est autorisé), capacités d’hébergement insuffisantes, mauvaise tenue du registre plus grave... ainsi qu’un défaut d’identification des lions, dont l’un portait le numéro d’identification de Jon, pourtant confisqué à Steve Gougeon depuis juin 2020 !

Le dépôt d’une dépouille de lion auprès d’un taxidermiste non agréé...

En conclusion du rapport, la déclaration de Gougeon à la préfecture du Rhône : la dépouille d’un lion mort a été confiée à un taxidermiste désigné par le circassien.

D’après les vérifications de la préfecture, ce taxidermiste ne serait pas autorisé ou agréé au titre du règlement européen établissant des règles sanitaires applicables aux sous-produits animaux et produits dérivés non destinés à la consommation humaine.

Nous avons donc enquêté... en commençant par le Nouveau Cirque Triomphe. Et fait un recours contre la décision du préfet. 

L’enquête nous mène jusque chez un revendeur d’animaux « naturalisés »

Nos enquêteurs se sont rendus chez le revendeur de produits issus d’animaux de la faune sauvage captive. Accueillis par un ourson naturalisé (on ne dit pas « empaillé », ici point de paille, les peaux reposent sur du polystyrène, procédé tellement plus « naturel »…), entouré de trophées de chasse et autres cous de girafe et de mises en scène sordides, telle une tête de biche maquillée avec des bigoudis...

Des animaux venant de cirques !

Prenant comme prétexte de vouloir acheter une peau de lionne puis un lion, nos enquêteurs ont pu obtenir de précieuses informations.

Le patron se vante d’être ami avec la famille Gruss, avec Éric Bormann, dresseur du cirque éponyme qui a abattu la jeune tigresse Mévy dans Paris, d’avoir fait des safaris, et d’avoir lâché à plusieurs reprises des animaux sauvages dans des soirées... Il sous-entend que les vétérinaires peuvent toujours justifier la nécessité d’euthanasier un fauve de cirque, avant de déplorer que le marché va se raréfier avec la fin programmée des animaux sauvages dans les cirques.

Nos enquêteurs relatent leur expérience : 

« Le patron de la boutique nous a expliqué l’origine légale des animaux qui selon lui proviennent de cirques. Il nous a expliqué que l’euthanasie de ces fauves rendait le commerce de leurs peaux légal. »

Dorian, le lion vraisemblablement venu d’un cirque, photographié dans la remorque d’un cirque installé alors dans la banlieue Sud de Lyon

Nos enquêteurs ajoutent :

« L’échange de correspondance avec lui a révélé qu’il est possible d’avoir rapidement un fauve naturalisé, mâle ou femelle, au choix. De plus, il a été réactif à nos changements d’avis et a toujours été en situation de répondre favorablement à notre nouvelle demande. »

En effet, lors des négociations, après deux photos d’une peau de lionne, nos enquêteurs ont reçu des photographies d’un lion, bien vivant, prises dans un camion. Quand nous avons lu le début du mail et l’avons vu sur les clichés, nous nous sommes dit qu’il fallait le sauver à tout prix. Mais les phrases suivantes étaient sans appel. Il était déjà mort.

Nous l’avons nommé Dorian. Il ne vieillira jamais. Le pauvre fauve est actuellement en train de tremper dans un bain de tannage. Il devrait être « naturalisé » pour la mi-octobre, transformé en objet de décoration, à un prix permettant à toute la chaîne de vente un beau retour sur investissement.

Nous sommes aussi très inquiets pour les lions et lionnes du cirque Italiano, eux aussi aux mains des Gougeon. Car FreeLife nous apprend que le cirque Italiano vend ses camions et son parc de détente. Que deviendront les animaux ? La peau de lionne serait-elle celle de Bébé, Bellone ou Caroline ? Et le lion ? Serait-ce Mandela ou Nelson ?

Muriel Arnal, présidente de One Voice déclare: 

« L’histoire, le regard de Dorian brisent le cœur. Un sommet d’obscénité est atteint. Tant que les cirques seront autorisés à exploiter les animaux, nous ne déposerons jamais les armes. »

Qu’attendent nos parlementaires pour changer la donne ?

La proposition de loi sur la maltraitance animale en discussion au Sénat ne prévoit toujours aucun suivi des animaux dans les cirques. Tout au plus envisageait-elle de mettre fin à l’itinérance des animaux, sans aucun garde-fou ni renforcement des protections dont l’arrêté ministériel manque déjà cruellement.

Le fait qu’elle ait été renommée par la rapporteuse pour lui faire dire l’inverse de son intention initiale n’a rien d’anodin.

Mettre fin à l’itinérance des cirques sans protéger les animaux enfermés à vie dans des camions-cages ni programmer leur retraite est loin d’être suffisant ! Nous venons de mettre au jour de graves irrégularités, et notre enquête soulève de nombreuses questions sur le trafic de fauves venus des cirques. Que font nos représentants ? Parlementaires et ministres ? Leur immobilisme les rend complices.

Nous déposons un complément de plainte

À la suite de notre enquête, nous déposons le 28 septembre 2021 un complément de plainte auprès du Procureur de Paris, pour détention non autorisée d’espèce protégée et exploitation d’un établissement utilisant des sous-produits animaux qui vise le taxidermiste et le revendeur, sur la plainte déposée en août 2021, qui visait toute personne impliquée dans cette filière (les cirques, les dresseurs, le taxidermiste et revendeur... l’enquête le dira), pour mauvais traitements et mise à mort volontaire.

Les animaux issus de la faune captive ne sont pas des objets à exploiter. Ils doivent être protégés ! Pour les animaux des cirques, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir. Dorian, lui, sera toujours dans nos cœurs.

Julia Mothé
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Commentaires 37

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Honorine | mercredi 22 décembre 2021

Que cela s'arrête.

ysatis | jeudi 25 novembre 2021

Lamentable, monstrueux.

keria | samedi 16 octobre 2021

Non seulement les cirques alimentent le trafic des espèces sauvages en amont, mais en plus ils font un double commerce de ces animaux : bénéfice sur le spectacle et sur la vente de leur peau qui, à son tour, dessert une autre activité : celle de taxidermiste.
Tout un réseau marchand vampirique sur le dos de ces pauvres bêtes qui, en plus, au lieu de recevoir de la gratitude pour l'argent qu'elles rapportent, sont maltraitées par leur propriétaire (vie presque constamment en cage, méthode de dressage violente).

Isaline | mercredi 13 octobre 2021

C'est tout simplement écœurant !!!

Tout ça pour de l'argent, alors que c'est si beau un lion vivant, une girafe vivante!!

J'espère qu'un jour ces maudits cirques disparaitront!