le lundi 15 juillet 2019 | 4

La ronce, cette mal-aimée

De prime abord, la ronce rebute. Portant ses dards en étendard, cette plante semble partir en guerre et on la lui déclare. Mais ne vous fiez pas à ses apparences. Sous son allure hostile, l’insoumise ne poursuit qu’un seul but : celui de redonner ses droits à la nature et d’enfanter la vie.

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Intrépide et fougueuse, la ronce commune (Rubus fruticosus), quand elle s’élance, a des ardeurs fébriles. Pourtant repoussée, évincée, maltraitée, elle s’accroche, et ne lâche rien. Mais quel est donc le secret de cette plante ligneuse qui, même arrachée, sectionnée, brûlée, ébouillantée, finit toujours par renaître de ses cendres et repartir, plus vaillante que jamais, à l’assaut des horizons qu’elle convoite ?

Combat pour la vie

C’est une conquérante ! Et rien ne saurait éteindre la flamme qui l’habite… Mais qu’on ne s’y méprenne pas : cette membre — aussi illustre que méprisée — de la famille des rosacées a beau être équipée de longues tiges piquantes, nulle volonté chez elle de violenter quiconque ni de semer la zizanie !  Si ses aiguillons acérés s’agrippent avec tant de passion sur les chemins qu’ils empruntent, c’est uniquement pour faire triompher la vie ! Et ils ne jouent qu’un rôle de bouclier face à ceux qui souhaiteraient les détourner de cette mission.

Militante écologique

Car oui, la ronce, sous ses allures revêches, est animée d’une noble vocation : donner coûte que coûte ses droits à la nature ! Et les revendiquer vigoureusement quand ceux-ci ont été bafoués... Ainsi, c’est l’une des premières à apparaître spontanément sur les terrains abandonnés, à la campagne comme à la ville. Pelouses de squares, bordures de routes, décombres, décharges, lui conviennent autant que les friches agricoles, les haies ou les lisières de bois. Dès lors que son attirance pour la lumière directe est correctement satisfaite, cette pionnière s’adapte avec aisance à toutes sortes d’habitats, ouvrant la voie à une foule d’espèces évoluant dans son sillage.

Laissez le charme agir !

Faites-lui obstacle, elle sortira les griffes ! Dès qu’elle se sent menacée, taillée, persécutée, elle entre en résistance et repousse de plus belle, tandis que ses dards se multiplient, s’épaississent. Ils se chargent même de davantage de toxines pour devenir plus agressifs ! Mieux vaut donc la laisser agir, en fine dentellière. Poursuivant une logique aussi botanique que subtile, elle maîtrise l’art de retapisser les sols dénudés ou en transition entre plaine et forêt. Dotée d’une hormone de croissance et d’un mode de reproduction asexuée (multiplication végétative) extrêmement efficaces, elle se développe à la vitesse grand V (plusieurs centimètres par jour) ! Ses sarments s’étendent dans toutes les directions et s’entremêlent si bien qu’ils forment rapidement des bosquets épineux, les fameux mûriers sauvages. 

Auprès de ma ronce…

Sous leur armure protectrice, un écosystème forestier tente d’être recréé, faisant le bonheur des jeunes pousses d’arbre, encore trop fragiles pour se défendre des grands herbivores, ainsi que d’une multitude d’animaux. Les lapins et lièvres, notamment, y installent leurs terriers et les oiseaux y fabriquent leurs nids, bien à l’abri. Pendant ce temps, au-dessus des remparts de rameaux, les abeilles butinent les fleurs, les chevreuils se régalent des feuilles, et les renards, putois, blaireaux, martres ou fouines festoient de mûrons pendant l’été et jusqu’au début de l’automne. Cette farandole de vivants entraîne la nature à reprendre progressivement forces et assurance. Et lorsque la ronce ne se sent plus indispensable pour plaider sa cause, elle finit par s’éclipser... À ce moment, en contemplant l’œuvre qu’elle a laissée, on prend conscience de la dimension de l’artiste et on se surprend à regretter sa présence. Alors, si d’ici là la sauvageonne au cœur d’or toque à votre porte, sachez applaudir sa venue, pleine de douces promesses et l’apprécier à sa juste valeur… Pour l’aimer dignement, rejoignez les Arches de nature !

Marie-Sophie Bazin
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Commentaires 4

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Hu | samedi 20 juillet 2019

« Le bonheur des animaux nous va si bien »
Pourquoi ne pas profiter en admirant les merveilles que la nature nous apporte jour après jour ?

Karine et Philippe | vendredi 19 juillet 2019

Tout est utile dans la nature, c'est pourquoi il faut tout préserver, même la ronce car elle a plusieurs rôles et plusieurs fonctions au sein de notre écosystème. Seuls les destructeurs ne le comprennent pas en raison de leur folie humaine qui mène droit à la destruction de notre si belle planète.

Aline | vendredi 19 juillet 2019

Bien sûr ! arrêtez de couper les ronces, ça abrite beaucoup d’animaux

Cat | jeudi 18 juillet 2019

Laissons un peu de liberté à la nature