Île Maurice : 446 macaques capturés illégalement pour les labos et une hécatombe silencieuse
En 2023, 446 macaques sont arrachés aux forêts de l’île Maurice. Responsable des captures, l’entreprise Hammerhead International Ltd a agi sans préavis ni autorisation. Saisis par l’État mauricien, les animaux sont, semble-t-il, livrés à des conditions de détention alarmantes. Car trois ans plus tard, seuls 192 ont survécu, dont certains qui n’étaient alors que des bébés.
Face à ce désastre éthique et sanitaire, One Voice se mobilise aux côtés de ses partenaires historiques Action for Primates, Progress Science Mauritius et Monkey Massacre in Mauritius. Ensemble, nous avons écrit aux autorités, exigeant des réponses ainsi que la mise en place immédiate de garanties strictes et vérifiables pour protéger les survivants.
©Monkey Massacre in Mauritius
Pour servir son projet d’élevage de primates pour les laboratoires étrangers, l’entreprise Hammerhead International Ltd orchestre en 2023 la capture de 446 macaques à l’île Maurice. Parmi eux, certains sont très jeunes et dépendent encore de leur mère. Qu’importe ! Les industriels de l’expérimentation animale agissent en toute impunité, leur élevage n’étant même pas encore autorisé officiellement. Alertées, les autorités interviennent, saisissent les animaux et les transfèrent en attendant l’issue de l’enquête, dans un élevage pourtant connu pour son exploitation du vivant : Biosphère Trading Ltd. Cette structure fait partie des 7 “fermes-usines” à primates, qui expédient plus de 10 000 de ces animaux à des laboratoires aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, notamment en France… Nos enquêtes sur place en 2023 ont déjà documenté la promiscuité des cages, les épidémies à répétition, les abattages massifs.
192 survivants sur 446 : autant de vies gâchées pour rien
Depuis leur saisie et placement, les discours des autorités se veulent rassurants. La vérité n’éclate qu’en mars 2026. Dans un courrier officiel mentionnant une visite des services vétérinaires institutionnels en janvier 2026, l’annonce tombe : seuls 192 macaques ont survécu.
- 178 ont été tués car détectés positifs à la tuberculose, conséquence du trafic et des conditions de détention.
- 73 autres sont morts des suites de négligences : blessures non soignées, traumatismes, diarrhées.
Au total, plus de la moitié des animaux capturés ont péri. Ce bilan catastrophique confirme les défaillances sanitaires majeures déjà identifiées dans ces “fermes-usines”, mais aussi la responsabilité directe des autorités ayant validé leur transfert vers cette structure dénoncée pour ces mauvais traitements depuis 2021.
Maurice, maillon central du commerce mondial de macaques pour les expériences
Classés en danger sur la liste UICN depuis 2022, les macaques à longue queue restent pourtant les primates les plus commercialisés au monde pour le scalpel. Dans ce trafic odieux, Maurice occupe une place stratégique : plus de 10 000 primates seraient exportés tous les ans, 100 000 ces vingt dernières années, notamment vers la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. En France en 2024, 1413 primates expérimentés dans nos laboratoires provenaient de ce circuit, soit 81% du nombre total de primates sur l’année.
Centre de primatologie de Rousset : un trafic appelé à durer
Le projet d’extension du centre de primatologie de Rousset ne fera que renforcer ces tractations. Le CNRS prévoit ainsi l’achat sur 3 ans de 314 femelles et 32 mâles macaques à longue queue importés comme « reproducteurs ». Cette commande publique, validée en 2025, mentionne explicitement des animaux d’origine mauricienne. Leur acheminement passerait par Silabe, plaque tournante du commerce de primates pour les laboratoires en France et en Europe. Et malgré cette prétendue “résilience”, les importations resteront aussi très importantes en parallèle. Ce projet ne “fournira” que 35 à 40% des primates expérimentés dans les laboratoires français chaque année, soit tout de même près de 1 200 individus ! Et pour cela, plus de 30 millions d’euros d’argent public pour ces vies torturées.
192 macaques en sursis
Aujourd’hui, les 192 macaques survivants restent captifs : la procédure judiciaire en cours empêche leur remise en liberté.
One Voice se mobilise aux côtés d’Action for Primates, Progess Science Mauritius et Monkey Massacre. Dans un courrier adressé aux autorités mauriciennes, nous exigeons la transparence totale sur les suites de l’inspection du centre en janvier dernier, ainsi que sur les mesures correctives immédiates et vérifiables. Ces 192 survivants, placés sous le contrôle de l’État mauricien, sont en sursis. Les responsables devront en répondre.