Baby est morte : chronique d’un abandon abject
Baby, éléphante d’Afrique capturée bébé dans la nature, pour laquelle One Voice s’est battue pendant deux décennies, est morte hier au zoo du Belvédère, à Tunis. Après plus de trente ans de maltraitances et de renoncements politiques, sa mort n’est pas un accident : c’est l’aboutissement d’un système qui sacrifie les animaux sauvages, dans l’indifférence générale.
Une vie volée, des cruautés sans limite
Baby n’avait que deux ans lorsqu’elle a été arrachée à sa famille, en 1985, dans la savane africaine. Comme tant d’autres éléphanteaux, elle a été capturée pour alimenter l’industrie du divertissement. Dès lors, sa vie ne lui a plus jamais appartenu.
Baby a été dressée, violemment, par Gilbert Yeuk Bauer, à subir toutes les formes d’humiliation : numéros de cirque indignes, tournages de films, émissions de télévision, spots publicitaires, animations commerciales et événements privés. Louée comme un objet, présentée partout comme une véritable bête de foire, pour tout et n’importe quoi, Baby n’a jamais connu le respect, encore moins la liberté. Quand elle n’était pas exhibée, elle était enfermée dans l’obscurité d’un camion de cirque. Rien ne lui a été épargné.
Alertes ignorées, responsabilités fuyantes
Dès 2005, One Voice a suivi le calvaire de Baby. Enquêtes, rapports, actions en justice, propositions de prise en charge dans un sanctuaire : tout a été tenté. Des condamnations ont été obtenues contre son dresseur. Pourtant, Baby ne lui a jamais été retirée. Les autorités ont laissé faire.
En 2023, son exploitant s’est débarrassé d’elle en l’envoyant dans un zoo tunisien, sans que le ministère français de la Transition écologique intervienne. Un transfert qui sonnait comme une condamnation supplémentaire, loin des regards, loin des responsabilités.
Le zoo du Belvédère : la dernière prison
À l’été 2023, One Voice s’est rendue au zoo du Belvédère, en Tunisie. Ce lieu est connu pour ses graves défaillances : en 2017, par exemple, un crocodile y a été tué à coups de pierres par des visiteurs.
Baby y survivait seule, alors que les éléphants sont des animaux profondément sociaux. Elle souffrait de graves problèmes aux pattes, sans soins adaptés. Exposée en permanence au public, elle subissait des intrusions, des jets de détritus, une alimentation inadaptée donnée par des visiteurs franchissant les barrières.
La mort de Baby est le résultat de choix politiques, de renoncements administratifs et d’un système qui continue de tolérer l’exploitation des animaux sauvages par les dresseurs de cirque. Sa mort nous oblige à regarder en face ce que fait subir l’industrie du divertissement et de la captivité aux animaux. Nous refusons que d’autres subissent le même sort, comme l’hippopotame Jumbo, condamné à bientôt être le prochain.