Détergents : l’Europe dit stop aux tests sur les animaux
Victoire ! En modifiant la réglementation sur les détergents à usage domestique ou industriel, le Parlement européen vient de franchir une étape historique. Désormais, le recours à l’expérimentation animale est interdit pour développer de nouveaux produits en Europe. Cette avancée majeure est le fruit de longues années de mobilisation. Nous y avons activement contribué aux côtés de la coalition européenne Cruelty Free Europe, dont nous sommes les représentants en France.
Interpeller les décideurs politiques, mettre les industriels face à la réalité de leurs pratiques, informer les citoyens… Depuis de nombreuses années, nous agissons pour en finir avec les tests sur les animaux, qu’il s’agisse de cosmétiques ou de produits ménagers. En 2024 et 2025, One Voice a ainsi mené une vaste enquête auprès des fabricants. Elle a mis en lumière les réponses floues et l’embarras de nombreux géants du secteur. Nous avons aussi documenté la souffrance des animaux utilisés pour ces expérimentations, notamment celle des lapins, en première ligne dans ces tests liés aux produits d’entretien.
Engagée au sein de la coalition européenne Cruelty Free Europe, One Voice a activement contribué à construire ce travail de plaidoyer. Cette avancée en témoigne : l’exploitation animale n’est jamais une fatalité.
Ce que change la nouvelle réglementation
Concrètement, que prévoit ce nouveau règlement et jusqu’où va réellement cette interdiction ?
- Les modifications apportées au règlement (CE) n° 648/2004 interdisent le recours à l’expérimentation animale pour la production de détergents à usage domestique et industriel.
- L’interdiction concerne à la fois les ingrédients et les produits finis afin que le développement, l’innovation et la réglementation des nouveaux détergents puissent se faire sans recourir à des tests sur les animaux.
- Il s’agit de la première interdiction de tests sur les animaux dans la législation européenne depuis leur abolition en 2013 pour les cosmétiques. Ces nouvelles règles entreront en vigueur trois ans et demi après leur adoption formelle, soit en juillet 2029.
Des avancées… et des lacunes
Malgré ces avancées importantes, des failles demeurent. L’interdiction ne concerne que les tests réalisés « aux fins du présent règlement ». En pratique, certaines molécules utilisées dans les détergents peuvent encore faire l’objet d’expérimentations animales dans le cadre d’autres réglementations, comme REACH sur les substances chimiques (peintures, colorants de textiles, additifs alimentaires, etc.).
Autre limite : contrairement à ce qui existe pour les cosmétiques, le texte ne prévoit pas d’interdire la commercialisation des détergents qui auront été testés sur des animaux en dehors de l’Union européenne.
Une dynamique qui doit s’amplifier
Beaucoup de chemin reste à parcourir depuis que l’Union européenne, par sa directive 2010/63/UE, a acté la fin de l’expérimentation sur les animaux pour tous ses États membres. Un objectif ambitieux et nécessaire que nous suivons de près avec nos coalitions européennes. Plusieurs pays européens sont déjà mis en action en lançant leur plan national de fin de ces pratiques sur des êtres vivants. En 2023, la Commission européenne s’est engagée à élaborer une feuille de route pour éliminer progressivement les tests sur les animaux dans l’évaluation de la sécurité chimique. Ce document, attendu au premier trimestre de cette année, doit définir les étapes permettant de remplacer les expérimentations animales par des méthodes scientifiques modernes et fiables. Il fait suite à l’Initiative citoyenne européenne « Sauvons les cosmétiques sans cruauté – Engageons-nous pour une Europe sans tests sur les animaux », lancée en 2020 et signée par plus de 1,2 million de citoyens et citoyennes de l’Union européenne.
Cette victoire est essentielle mais elle ne signifie pas pour autant la fin du combat. Tant qu’un seul animal pourra encore être utilisé pour tester nos substances chimiques ou traitements médicaux, nous continuerons à nous battre. La fin de l’expérimentation animale n’est plus une utopie mais une trajectoire engagée.
L’Europe doit maintenant s’atteler à mettre fin sans exception à l’expérimentation animale pour ses autres réglementations et inciter les États membres encore en retard comme la France. Nous y veillerons.