le mardi 31 juillet 2018 | 34

Jeune mère en deuil, l'orque J35 Tahlequah, porte son bébé depuis une semaine!

L’orque J-35, prénommée Tahlequah, a perdu le 24 juillet dernier son bébé, né une demie heure avant, et ne peut se résoudre à le laisser partir. Elle nage en le poussant délicatement depuis plus de sept jours, dévorée de chagrin. Ce drame souligne l'amour indéfectible qui lie les mères orques à leurs petits et leur degré d'évolution. En creux un double constat: les humains sont entièrement responsables de leur disparition, et sont tout à fait capables d'y remédier. Mobilisons-nous!

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Edit:
Ce n'est qu'au bout de 17 jours après le décès de sa fille,
que Tahlequah et son pod ont finalement été vues sans le petit corps.
Un temps de deuil si long n'avait jamais été observé auparavant.

La brise souffle doucement, fraiche, les jeunes aigles à tête chauve apprennent à voler gauchement, ils ne maîtrisent pas encore leurs grandes ailes. Les plumes de leur tête sont brunes, elles blanchiront bientôt. Leur père, haut perché, crie, il défend le nid, et guette les alentours. Quelques jeunes phoques nés cette année se réchauffent sur la roche au bord de l'eau avec leurs parents. Au dessus d'eux, les cormorans et les guillemots se reposent entre deux plongées. Le soleil se lève doucement sur San Juan Island, frontière ouest entre les Etats-Unis et le Canada. Quel calme, pas de vagues, les bateaux n'ont pas encore commencé leur va-et-vient journalier. Les algues de kelp se balancent au fil de l'eau, comme une chevelure indolente. Un lion de mer passe devant les phoques, sort la tête, et repart au large, où il croise une baleine de Minke.

Dans cette zone du Pacifique, les orques résidentes du Pod J, s'apprêtent à fêter un heureux événement. Tahlequah a 20 ans, et va accoucher de son second bébé, le travail a commencé. Les orques de son groupe familial (pod), sont prêtes à devenir les marraines de ce petit si attendu. Avec les deux pods voisins, K et L, eux aussi gérés par les matriarches, leur superpod ne comporte plus que 75 individus1, partageant le même dialecte et le même territoire. Il y a 50 ans, les humains s'en sont pris à ses grands parents et à ses tantes, déchirant des familles, capturant 45 petits, et tuant au passage brutalement 13 autres orques, pour les emmener loin du Pacifique et de leurs eaux natales dans les bassins minuscules des delphinariums. Considérée espèce en grand danger d'extinction depuis 2001 au Canada et 2005 aux Etats-Unis, chaque naissance est un regain d'optimisme parmi elles (et parmi leurs défenseurs)!

Malgré cette protection, Tahlequah, et sa famille ont perpétuellement faim. Le saumon chinook, dont elles se nourrissent quasi exclusivement, est de plus en plus difficile à trouver, lui aussi en cours de disparition à cause des activités humaines. Le corps de ces magnifiques grands cétacés s'est d'ailleurs transformé ces derniers temps, accusant le coup de cette famine.

Depuis vingt ans, seule une grossesse sur quatre se révèle viable dans la Mer des Salish... Pire, Scarlet, la dernière née a déjà trois ans! Aucune naissance n'a donné lieu à un bébé vivant depuis. Ces dix-sept mois de grossesse ont donc suscités tous les espoirs. C'est le bébé de l'avenir, celui qui va permettre de perpétuer le groupe résident ici. Il est permis de rêver, elle va l'aimer ce petit, comme sa mère, Princesse Angeline J-17, dont elle est si proche, et comme elle le fait avec Notch, J-47, son fils de huit ans.

Ce bébé noir et blanc est si beau quand il vient au monde! Le cœur de Tahlequah se gonfle d'amour, elle n'est plus que joie infinie. Elle devient alors ce petit être totalement dépendant d'elle, elle respire son air, nage à son rythme, regarde ce qu'il voit, et redécouvre le monde à travers ses yeux, pleinement maternelle. Et voilà que l'impensable survient. La petite femelle meurt devant ses yeux, à peine une demie heure après sa naissance. Le cœur de Tahlequah se brise... Les six femelles contemplent l'avenir du pod, gisant devant elles, inanimé. Comment réaliser qu'un drame pareil soit possible? Encore une fois...

Alors Tahlequah, doucement, comme pour une marche mortuaire, soutient son bébé de la tête, et le pousse devant elle, délicatement pour ne pas laisser de marques sur son petit corps. Les autres orques l'entourent. Depuis sept jours, elle est incapable de le laisser partir. Jour et nuit, sans cesse, cette jeune mère porte le corps de son bébé, orpheline de lui. Les siens ont partagé un poisson, un seul, mais, elle, s'est-elle seulement nourrie? 

Le deuil impossible de Tahlequah nous met face à nos responsabilités. Emerveillés mais inquiets pour leur avenir, nous avions croisé Tahlequah et son pod deux jours à peine avant le drame.

Nous sommes déterminés à agir!

A San Juan Island, nous avons rencontré notamment Ken Balcomb, qui a consacré 43 ans de sa vie à défendre ces orques résidentes et Lodie Budwill, qui animent tous deux le Center for Whale Research dont One Voice est membre. Ils nous ont expliqué le drame qui se joue dans cette communauté de cétacés. Gravissime cause de l'absence de saumons chinook - eux aussi en train de disparaitre - les barrages positionnés en amont des fleuves canadiens et américains, qui les empêchent de se reproduire en bloquant l'accès à leur lieu de naissance, seul endroit de frayage possible pour ces poissons si particuliers.

Nous avons besoin de vous pour demander la réouverture des barrages, notamment celui de la rivière Snake. Interpellez  les responsables politiques via les réseaux sociaux en joignant #FreeTheSnake à votre message! 
Sur Twitter: @GovInslee @SenatorCantwell @PattyMurray
Sur Facebook: @WaStateGov @senatorcantwell @pattymurray
Ou écrivez-leur directement: Governor Jay Inslee, Senator Maria Cantwell et Senator Patty Murray

1 Estimation du Center for Whale Research du 1er juillet 2018

Crédit Photo: Michael Weiss, Center for Whale Research

Jessica Lefèvre-Grave
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Commentaires 34

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Chaussette | jeudi 09 août 2018

Quelle tristesse et quel amour indéfectible d'une mère à son bébé.
Sauvez ces orques du plus funeste des destins !!!!

Tiff | samedi 04 août 2018

Eux aussi on le droit de vivre comme nous .

Sophie | vendredi 03 août 2018

Triste il est grand temps que les mentalité de l'homme évolue mais dans le sens humain et accord avec la nature est les animaux car nous venons tous de la terre est il ne faut pas oublier, ne pas la respecter c'est ne pas respecter ça propre mère c'est pareil!

Soph | vendredi 03 août 2018

Que de douleur dans ce recit. La vie des animaux devrait passer avant le profit.Mais où va l'humanité ????