le lundi 07 décembre 2020 | 61

Faisandrôm' : un élevage de faisans pour la chasse bien de chez nous


Mis à jour le 08 décembre 2020

La France peut s’enorgueillir d’une pratique particulière : l’élevage d’oiseaux sauvages destinés à la besace des chasseurs. À quoi ressemble la vie en captivité de ce futur « gibier » ? Pour s’en faire une idée, voici de nouvelles images prises en septembre 2020 à travers les grillages de Faisandrôm’, véritable usine à faisans. Nous avons porté plainte.

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Au loin, des oiseaux s’apprêtent à prendre leur envol. Ils semblent vouloir défier ensemble les lois de la pesanteur. Dans un même élan, leurs ailes se déploient, leur corps s’élève de quelques mètres … et s’effondre. Un épais grillage leur a rappelé son existence. Juste là, au-dessus de leur tête, il leur ferme les portes du ciel et les blesse : nombre d’entre eux se sont violemment heurtés aux rudes parois métalliques. Beaucoup ne se relèveront pas. Il suffit de s’approcher pour constater les dégâts.

Survivre parmi les morts…

Nous dévoilons une fois encore des images - après notre enquête de l’année dernière au plus près des faisans et des perdrix, mais aussi après celles de l’ASPAS en 2018 et de L214 il y a quelques semaines.  

Celles-ci, particulièrement choquantes, ont été tournées en septembre 2020 au cœur d’un élevage de faisans situé dans la Drôme. « Faisandrôm’ », tel est son nom. Cynique jeu de mot pour un lieu d’où aucun oiseau ne décolle. Ils sont ici des centaines à n’avoir jamais connu rien d’autre que la captivité pour combler la demande des chasseurs. Bientôt, ceux-ci passeront commande et se feront livrer leurs « proies » par caisses entières pour leur trouer la peau sitôt « libérées ».  

En attendant leur dernière heure, les faisans croupissent dans des conditions infâmes. Parqués sur des terrains boueux, ils pataugent dans l’eau sans nul endroit où se mettre au sec. Pas la moindre touffe d’herbe, pas un seul enrichissement pour rendre leur séquestration plus supportable. Leur vie se borne à faire les cent pas, tourner en rond, avec des barreaux pour seul horizon. On distingue de petits monticules émergeant de la bourbe où leurs pattes s’enfoncent. Un zoom de la caméra permet de comprendre de quoi il s’agit : de cadavres ! Oui. Le sol est constellé de ces corps d’oiseaux en décomposition. Pauvres tas de plumes détrempés témoignant d’une existence misérable et que personne n’a pris la peine de ramasser. Leurs congénères encore vivants n’ont d’autre choix que de contempler ces dépouilles, de les enjamber… 

… pour être tué demain

Chaque année, trente millions de « gibiers à plumes », dont quatorze millions de faisans, sont élevés en France. C’est déjà un scandale en soi. Et lorsqu’on voit à quel point l’enfer commence pour ces oiseaux dès leur venue au monde, on ne peut que se révolter et se battre pour que cette cruauté cesse.

L'hypocrisie de la "régulation" et des élevages pleins à craquer

Pendant le reconfinement du 30 octobre au 28 novembre 2020 en France, la chasse du "petit gibier" n'était plus autorisée. Les éleveurs de perdrix et de faisans se disaient "sans perspective" car leurs carnets de commandes se vidaient. Dans ces conditions, les relâchés de perdrix et de faisans avaient inévitablement été annulés. Les oiseaux risquaient alors un abattage massif et des infections, notamment à la grippe aviaire, voire un relâché plus tard dans la saison. Les éleveurs se sont donc alliés avec leurs camarades de toujours les chasseurs, pour écrire au Premier Ministre en vue d'obtenir une prolongation de la saison de chasse jusqu'à la fin du mois de février 2021.

À la Fédération Nationale des Chasseurs, le risque bien présent de grippe aviaire, et finalement avéré mi-novembre dans l'ensemble de l'Europe, n'a pourtant donné lieu qu'à peu de consignes, notamment pour les faisans issus d'élevages. « Les oiseaux doivent être tirés rapidement après le lâcher », écrivait-elle alors. 

Début décembre, plusieurs préfectures notamment celles de l'Aude et du Cher envisagent de publier des arrêtés de prolongement de la chasse de ces oiseaux. Dans le projet du Cher, la préfecture évoque "des difficultés économiques de cinq établissements d’élevage [...] qui n’ont pas pu écouler leur production", en parlant de dizaines de milliers d'êtres sensibles.

De fait, nous sommes face à une démonstration en taille réelle de l'absurdité de ce système qui fait élever des oiseaux mutilés en cage (pardon, en "volières"), et justifie de leur tirer dessus pour soi-disant "régulation" une fois relâchés, y compris en pleine période de risque sanitaire (Covid-19 et grippe aviaire). Ils sont trop nombreux ? Pardi, ils ont été élevés par millions... Et quand un maillon de la chaîne se grippe, on ne sait plus quoi faire. Il serait pourtant tellement plus sain pour tout le monde et moins cruel pour les oiseaux de cesser l'organisation systémique de leur massacre!

Nous venons de porter plainte contre Faisandrôm’ après avoir constaté les mauvais traitements infligés aux animaux. Et nous comptons bien continuer à dénoncer les autres établissements de ce type qui font endurer les pires souffrances aux oiseaux dans le seul but de satisfaire le plaisir de tuer des chasseurs.

Marie-Sophie Bazin
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Commentaires 61

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Stéphane | dimanche 17 janvier 2021

Ces images sont vraiment à vomir !!
C’est révoltant de voir que nombre de préfectures continuent d’octroyer autant de droits à ces barbares !

Corinne | vendredi 01 janvier 2021

Ce sont des hypocrites qui continuent à dire qu'ils chassent pour réguler.
Tout cela pour cacher leur sadisme, et leur plaisir de tuer.

Jéromine | mardi 29 décembre 2020

Je ne suis pas surprise par votre article qui pointe bien l'hypocrisie et la mauvaise foi des chasseurs. Il ravive de tristes souvenirs d'enfance lorsque j'assistais à des lâchers de faisans, perdreaux, etc. Ils sortaient tout hébétés de leur caisse, perdus au milieu de la nature. Certains étaient tellement effrayés qu'ils ne bougeaient pas de leur boîte, les chasseurs gueulaient et donnaient des coups de pieds dans les caisses pour les obliger à sortir. On aurait pu les attraper à la main tant ils étaient dépourvus d'instinct sauvage, ils savaient à peine se nourrir.
Mais je ne pensais pas que les conditions d'élevage étaient à ce point déplorables.
J'espère que votre dépôt de plainte sera pris en compte et traité car on connaît la nonchalance ordinaire des autorités en matière de souffrance animale, surtout face au lobby des chasseurs.
Ils feraient mieux d'aller jouer au ball-trap plutôt que de nous servir des inepties sur la régulation du gibier.

SISSI | samedi 12 décembre 2020

Je vis dans l'Yonne et il m'est plusieurs fois arrivé de freiner pour épargner la vie de faisans qui avaient été libérés pour les chasseurs et ne connaissant pas la dangerosité des voitures traversaient la route entre deux parties de bois. Pas question de s'envoler.
Concernant les élevages de faisans que vous nous montrez sur les photos, je suis surprise que les chasseurs osent encore manger ces animaux nourris avec la "fiente" de leurs congénères et ne soient pas eux-mêmes contre ces "élevages infâmes" qui ne glorifient pas leur tableau de chasse. Essayons de les convaincre de changer leurs habitudes.