Alouettes des champs : communiqué de presse
Vendredi 4 septembre à 14 heures, le Conseil d’État examine au fond notre recours contre les deux arrêtés du 28 août 2025 qui rouvraient le piégeage des alouettes des champs aux pantes — des filets refermés à la volée sur des oiseaux attirés par les appels de congénères captifs, attachés par la patte — en Gironde, dans les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques. Ces textes autorisaient d’en tuer 98 702 en une seule saison. Nous avions obtenu la suspension du quota ; nous demandons aujourd’hui l’annulation d’une pratique que la haute juridiction a déjà jugée illégale.
Le premier arrêté ouvrait le piégeage du 1er octobre au 20 novembre. Le second fixait le nombre d’alouettes des champs pouvant être piégées pendant la saison 2025-2026 : 56 672 dans les Landes, 38 600 en Gironde, 2 200 dans les Pyrénées-Atlantiques et 1 230 dans le Lot-et-Garonne, sans compter la chasse au fusil. Saisi en urgence, le Conseil d’État a suspendu ce second arrêté. L’audience de vendredi porte cette fois sur le fond : c’est la légalité même de ces textes qui est en jeu.
Des oiseaux attachés par la patte pour attirer les leurs, puis tués à la main
Les chasseurs piégeurs tendent au sol des filets horizontaux, puis attachent par la patte des oiseaux vivants dont les appels font descendre leurs congénères. Quand ceux-ci sont posés, les pièges sont déclenchés et se rabattent violemment par le bas. Les alouettes prises dessous sont écrasées, immobilisées, ramassées, puis tuées à la main. Cette chasse est violente, barbare et cruelle : elle repose sur des oiseaux réduits à l’état d’appâts vivants, elle tue sans distinguer, et elle ne poursuit aucun autre objectif que le loisir de quelques-uns.
La tradition n’a jamais été un motif d’exception au droit
C’est l’argument que l’État avance depuis des années, et il a été tranché. En 2021, nous avons obtenu de la Cour de justice de l’Union européenne une décision qui juge que la tradition ne suffit pas à autoriser des modes de capture par ailleurs interdits, et qui rappelle l’obligation de sélectivité. Depuis, le Conseil d’État a annulé les quotas année après année, puis les arrêtés cadres eux-mêmes : en 2021 pour la chasse à la glu, en 2023 pour les tendelles de l’Aveyron et de la Lozère, en 2024 pour les pantes, matoles et filets de Gironde, du Lot-et-Garonne, des Pyrénées-Atlantiques, des Landes et des Ardennes.
En 2025, le gouvernement a pourtant rouvert le piégeage aux pantes par un texte en tout point identique à l’arrêté du 4 octobre 2022, que le Conseil d’État avait annulé le 6 mai 2024. Cet acharnement à servir à tout prix le lobby des chasseurs est le cœur de notre recours.
Des filets qui ne trient rien, sur des populations qui s’effondrent
Un filet qui se rabat prend tous les oiseaux présents, y compris ceux d’espèces protégées, qu’il blesse et qu’il tue. Aucune sélectivité n’est possible : c’est ce défaut que le droit européen sanctionne. S’y ajoute l’état des populations. L’UICN relève un déclin « lent mais régulier » de l’alouette des champs en France, soit 20 % des effectifs perdus en moins de quinze ans ; les programmes ACT et FLASH de l’OFB font état d’une baisse de 36 % des populations nicheuses entre 1996 et 2019 et de 49 % des populations hivernantes entre 2000 et 2019. Ces oiseaux sont par ailleurs chassés au fusil : près de 180 000 pour la seule saison 2013-2014 selon la dernière enquête nationale de l’OFB sur les tableaux de chasse. Les pantes s’ajoutent à ce total.
« Année après année, l’État réécrit le même arrêté. Ce n’est pas une tradition qu’il défend sans souci pour la préservation du vivant, c’est un piégeage barbare, au profit des chasseurs qui tiennent les politiques à leur botte. Quand le ministère de l’Ecologie va-t-il enfin s’armer de courage pour dire non au lobby des fusils et protéger notre biodiversité déjà tellement mise à mal ? », déclare Muriel Arnal, présidente de One Voice.
Devant le Conseil d’État, notre association est représentée par le cabinet Gossement Avocats. L’audience est publique et se tient au Palais-Royal, à Paris ; la décision sera rendue dans les semaines qui suivent.