2 041 157 animaux expérimentés en 2024 : la France figée dans l’immobilisme
Depuis plus de dix ans, le seuil des 2 millions d’animaux expérimentés dans les laboratoires français ne recule pas: il s’installe. Alors que depuis 2021 – cinq ans déjà –, l’Union européenne engage ses États membres à sortir de l’expérimentation animale, la France ne ralentit pas. Elle stagne. Et s’enlise dans un statu quo, qui ressemble de plus en plus à un choix.
Les nombres bruts semblent abstraits. Ils ne disent rien des corps contraints, des opérations répétées, des prélèvements, de l’enfermement, du stress permanent. Ils ne disent rien des vies écourtées et résument pourtant une réalité : chaque jour en France, 3 785 animaux sont utilisés dans les laboratoires. Plus de 150 par heure. Plus de deux par minute.
Une industrialisation de la souffrance
L’un des faits les plus marquants de 2024 est l’explosion du nombre d’animaux génétiquement modifiés : plus d’un million, 1 022 805 exactement. Ces êtres vivants sont ainsi conçus pour développer des maladies ou présenter des caractéristiques spécifiques afin de répondre à des protocoles. En clair : fabriqués pour être utilisés puis éliminés. S’ils apparaissent aujourd’hui dans les statistiques, c’est en raison d’un cadre européen imposant – enfin – de déclarer les amputations de queues, de doigts ou de pattes, pourtant classées dans la catégorie « légère ».
Les espèces les plus exploitées
- Avec 1 477 726 individus, les souris restent de loin les animaux les plus utilisés. Elles sont aussi les plus touchées par les procédures sévères et les modifications génétiques (962 602). Si elles ne meurent pas des suites de tumeurs induites, elles sont mises à mort à l’issue des expériences.
- Sur les 160 573 lapins expérimentés en 2024, l’écrasante majorité (154 663) a
« servi » à des tests dits de « production de routine » : une formule qui banalise la réalité endurée puisque l’on parle d’animaux élevés pour fournir leur sang, leurs anticorps ou leurs fluides. À l’issue de ces procédures, 99,2% d’entre eux ont été tués. Les 1 284 restants ne furent pas mieux lotis: réduits à l’état de ressources, ils ont été réutilisés, enchaînant les protocoles comme des produits, réutilisés, jusqu’à épuisement. Après 2024, ils ne subiront plus de tests pyrogènes : l’Europe les a interdits après de longs combats de nos coalitions européennes. À présent, nous veillerons à ce que cette interdiction soit activement appliquée à l’avenir. - Mais ces animaux ne sont pas les seules victimes de l’expérimentation: nos compagnons parmi les plus familiers ne sont pas épargnés. Les chats ont été 574 et les chiens, 3 342. Une grande majorité de ces derniers proviennent d’élevages comme ceux de Gannat et Mézilles, gérés par le groupe américain Marshall BioResources, car la France accueille ces entreprises les bras ouverts.
En août 2024, 160 chats et 140 chiens ont servi à « former le personnel » et à l’entraîner à donner la mort… Entre-temps, pas de « gaspillage »: prélèvements et injections sont au programme. L’objectif ? Déshumaniser au plus tôt les expérimentateurs tout en osant parler de « bien-être animal ».
Les procédures sévères en baisse : un écran de fumée
À première vue, un indicateur pourrait sembler encourageant. Les procédures dites « sévères » reculent (de 191 046 en 2023 à 159 744 en 2024) et le total « sévère + modéré » passe sous le seuil du million.
Mais à y regarder de plus près, le constat s’assombrit : les expériences dites « légères » explosent et dépassent le million en 2024 (1 079 955). Leur nombre a doublé en quelques années et les souris en paient le prix fort (821 876).
Les explications avancées pour justifier ces résultats, un cadre « plus exigeant », une « pression accrue » pour réduire le nombre d’animaux, ne résistent pas à l’analyse. Réduire le nombre d’animaux n’a rien d’une pression : il s’agit d’une obligation inscrite dans la stratégie européenne. C’est aussi une attente forte des Français et Françaises.
Par ailleurs, One Voice a passé au crible les projets de laboratoires expérimentant sur les animaux cette même année : une soixantaine révèlent des cas flagrants de minimisation des souffrances. Pour certains laboratoires, l’enjeu est clair : éviter la catégorie « sévère » permet de réutiliser les animaux et évite des bilans rétrospectifs qui pourraient démontrer l’inutilité de ces souffrances.. Une logique d’optimisation budgétaire où la douleur et la mort ne sont que des variables d’ajustement.
La France s’accroche à des pratiques qu’un nombre croissant de pays abandonne. Elle reste aujourd’hui le dernier pays de l’Union européenne à recourir à la méthode de l’ascite pour produire des anticorps, pourtant largement décriée pour sa cruauté malgré l’existence d’alternatives. En 2024, 24 090 utilisations ont été recensées, dont 24 043 classées en procédure sévère.
Face à ces chiffres, les autorités ne peuvent plus détourner le regard.
One Voice appelle à rompre cette logique aberrante. Sortir de l’expérimentation animale n’est pas une utopie, c’est une volonté politique, déjà engagée chez nos voisins européens. Au nom des animaux victimes des laboratoires, signez notre pétition.