le vendredi 18 janvier 2019 | 3

Les Etats-Unis et l'Australie : des territoires pionniers dans la recherche sur le Lien

Les Etats-Unis et l'Australie, pays pionniers, cumulent aujourd'hui déjà une trentaine d'années de recherche sur le Lien.

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La National Link Coalition : une institution américaine pionnière dans la promotion du Lien

Aujourd’hui, il est de plus en plus souvent admis que la maltraitance animale est un indicateur potentiel d’un comportement agressif ou violent à l’égard des humains, et diverses initiatives font leur apparition dans le monde en faveur de mesures et de procédures qui tiennent compte de cette connaissance, en vue de prévenir l’escalade de la violence au sein des familles et de la société. La National Link Coalition, dont le siège est aux États-Unis, joue un rôle de pionnier dans la promotion du Lien sur le plan international. Cette coalition est dirigée par un comité de pilotage composé de spécialistes américains de la prévention de toutes les formes de violence domestique, et sa mission consiste à promouvoir des politiques et des pratiques pour améliorer la sécurité des personnes et des animaux. Des groupes de la National Link Coalition se sont formés dans 20 États américains. (8)

Il ne fait guère de doute que la maltraitance animale est souvent liée à d’autres formes de violence interpersonnelle. Cette découverte est maintenant solidement établie dans la littérature sur la violence domestique et la criminologie, que les coupables soient des étudiants, des délinquants, des criminels, des partenaires de femmes battues, ou des enfants (9).

La majeure partie des études antérieures reposaient sur des échantillons de commodité * et sur des données transversales. Or, dans une étude réalisée en 1999, Arluke et ses collègues ont comparé les antécédents judiciaires de 153 individus reconnus coupables de maltraitance animale avec ceux d’un groupe témoin de 153 individus n’ayant pas maltraité d’animaux, avec une correspondance sur la base des facteurs suivants : sexe, âge, statut socioéconomique et rue ou quartier (10). Les auteurs de maltraitance animale étaient au moins trois fois plus susceptibles d’avoir des antécédents judiciaires et au moins cinq fois plus susceptibles d’avoir commis un crime ou un délit violent.

Dans la première étude américaine portant sur la cruauté envers les animaux, basée sur un échantillon représentatif de la population nationale adulte, les chercheurs (11) ont analysé les données de l’enquête épidémiologique nationale 2001-2002 sur les problèmes liés à l’alcool (NESARC). Cette enquête portait sur 43 093 résidents âgés de 18 ans et plus, à l’exclusion des résidents d’institutions spécialisées, et une comparaison a été faite entre les individus qui déclaraient avoir maltraité des animaux et ceux qui n’en avaient jamais maltraités, concernant 31 comportements antisociaux différents. Les individus ayant reconnu avoir maltraité des animaux étaient significativement plus susceptibles que les autres d’avoir manifesté tous ces comportements antisociaux. Les Liens les plus forts entre comportement antisocial et cruauté envers les animaux ont été observés chez les individus coupables de vols ou d’agressions, d’incendie criminel, de harcèlement ou de menaces.

Cette étude indique aussi un Lien significatif entre la cruauté envers les animaux et un certain nombre de troubles psychiatriques comme les troubles liés à la consommation d’alcool, le jeu pathologique, les troubles du comportement, les troubles de personnalité antisociale et plusieurs autres troubles de la personnalité (trouble obsessionnel compulsif, trouble paranoïde et trouble de la personnalité histrionique*). Ces Liens ont été observés même après avoir tenu compte d’un certain nombre de variables socio-démographiques pertinentes : 

  • l’âge,
  • le sexe,
  • les origines ethniques,
  • le niveau d’éducation,
  • les revenus,
  • la situation de famille,
  • la région et le lieu de résidence, en zone urbaine ou rurale. 

Dans une étude réalisée en 2009 et portant sur 860 étudiants de premier cycle, DeGue et DeLillo ont constaté que 60 % des étudiants ayant été témoins ou acteurs d’actes de cruauté sur des animaux au cours de leur enfance ont aussi été victimes de maltraitance ou témoins de violences conjugales chez leurs parents (12). Ceux qui ont été directement maltraités ou négligés présentent la plus forte probabilité de maltraiter des animaux. Ceux qui ont été témoins d’actes de maltraitance animale sont huit fois plus susceptibles d’avoir maltraité des animaux, et 30 % de ceux qui ont été exposés à des violences domestiques ont aussi vécu l’expérience de la maltraitance animale. Cependant, seulement 30 % environ de ceux qui ont connu la violence familiale ont aussi connu la maltraitance animale. 

« La maltraitance animale pourrait donc être un indicateur de la violence familiale plus fiable que l’inverse. »

Dans tous les cas, la maltraitance animale est un indicateur fort des multiples formes de violence contre des membres de la famille.

L'apport australien dans la recherche sur le Lien

Les recherches réalisées en Australie ont confirmé pour l’essentiel les résultats observés dans d’autres pays, de façon prédominante aux États-Unis et au Royaume-Uni. Plusieurs ouvrages et articles ont été consacrés à ces travaux (12 à 20). Les recherches sur le Lien en Australie ont été menées par une petite équipe de chercheurs. Il s’agit notamment de Gullone, qui a démontré un Lien entre d’une part la cruauté envers les animaux et d’autre part le harcèlement et les brimades chez les adolescents, la violence familiale et le fait d’avoir assisté à des actes de cruauté sur des animaux commis par des personnes d’une importance significative pour le témoin (12 à 16). Le Docteur Tania Signal, entre autres (19), a mené un nombre non négligeable d’études en Australie et a contribué de façon significative à la recherche australienne (13). Des groupes et des ressources (20) pour étudier le Lien de façon concrète ont été développés un peu partout dans le pays. Un projet relativement nouveau appelé le projet de Lucy a été lancé (19).

*Echantillon de commodité : les sujets de l’étude sont choisis pour des raisons pratiques, et parce que le chercheur n’a pas jugé utile de choisir des sujets représentatifs de la population globale.
*Personnalité histrionique : Trouble de la personnalité caractérisé par une tendance marquée à la dramatisation, au théâtralisme. S'y associe fréquemment une grande facilité à être influencé par autrui ou par les circonstances.

Sources
8 http://nationallinkcoalition.o...
9 Flynn, Clifton P., Understanding Animal Abuse: A Sociological Analysis, Lantern Books, 2012.
10 Arluke, A., Levin, J., Luke, C. et Ascione, F. (1999), « The Relationship of Animal Abuse to Violence and Other Forms of Antisocial Behavior ». Journal of Interpersonal Violence, 14: 963-75.
11 Vaughn, Michael G., Qiang Fu, Matt DeLisi, Kevin M. Beaver, Brian E. Perron, Katie Terrell et Matthew O. Howard (2009), « Correlates of Cruelty to Animals in the United States: Results from the National Epidemiological Survey on Alcohol and Related Conditions ». Journal of Psychiatric Research 43: 1213-18.
12 DeGue, Sarah et David DeLillo (2009), « Is Animal Cruelty a 'Red Flag' for Family Violence? Investigating Co-occurrence Violence toward Children, Partners and Pets ». Journal of Interpersonal Violence 24: 1036-56.
13 Clifton Flynn, professeur de sociologie et rectrice à l’université de Caroline du Sud, Spartanburg, SC, États-Unis.
12 Gullone, E. (2012), Animal cruelty, Antisocial Behaviour and Aggression: More than a link. Palgrave Macmillan Ltd., Hampshire.
13 Gullone, E. et Clarke, J. (2008), « Human-Animal Interactions: The Australian Perspective ». In F. Ascione (et col.), The International Handbook of Theory and Research on Animal Abuse and Cruelty (pp. 305-335). West Lafayette, Indiana: Purdue University Press.
14 Gullone, E. (2012), « Animal cruelty and family violence ». In Reyes, C.L. et Brewster, M.P. (et col.). Animal cruelty and the Criminal Justice System (pp. 237-262), Durham, N.C., Carolina Academic Press.
15 Gullone, E. et Robertson, N. (2008), « The relationship between bullying and animal abuse in adolescents: The importance of witnessing animal abuse ». Journal of Applied Developmental Psychology, 29, 371-379.
16 Thompson, K. et Gullone, E. (2008), « Prosocial and antisocial behaviours in adolescents: An investigation into associations with attachment and empathy ». Anthrozoos, 21, 123-137.
17 Volant, A., Johnson, J., Gullone, E. et Coleman, G. (2008), « The relationship between family violence and animal abuse ». Journal of Interpersonal Violence, 23, 1277-1295.
18 https://scholar.google.com.au/citations?user=XE991wYAAAAJ&hl=en
19 https://pursuit.unimelb.edu.au/articles/making-the-link-between-family-violence-and-animal-abuse
20 http://www.mysavinggrace.org.au/resources.html

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Commentaires 3

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Gretchen | samedi 26 janvier 2019

Je confirme : établir un lien puissant entre un humain et un animal (un chat en particulier !) apporte quelque chose de très profond. On a l'impression de "passer" une part de son âme à une petite bête prête à la recevoir, et qui vous donne une immense gratitude en retour. A son niveau, certes, mais le phénomène est passionnant à observer.
Il grandit la personne humaine à travers la gratuité de cette approche et procure un grand apaisement. Accueillir, aimer, protéger, soigner sans rien attendre en retour que le bonheur évident d'une petite boule de poils est infiniment gratifiant et humanisant.
D'où l'aphorisme du Mahatma Gandhi que je ne vous ferai pas l'injure de répéter ...

Marie-Paule | jeudi 24 janvier 2019

A quand un fichier de personnes maltraitants des animaux transmissible à la police et à la gendarmerie ? J'ai signé des tas de pétition demandant un police des animaux et le fichier rien ne bouge.

Karine et Philippe | jeudi 24 janvier 2019

Il n'y a pas besoin de prendre exemple sur les Etats-Unis ou l'Australie pour s'apercevoir que les criminels qui commettent des actes de barbarie le transmettent obligatoirement sur les humains. Déjà, les écrivains tentaient de sensibiliser les gens à ce sujet par la littérature. Aujourd'hui, nos lois sont censées protégées les animaux considérés comme des êtres vivants dotés de sensibilité, mais au contraire, elles bénéficient aux coupables qui sont peu ou pas condamnés, par de simples amendes, dans un pays des droits de l'homme ou on oublie trop souvent, LE DROIT DE L'ANIMAL et l'on s'étonne après que la société a sombré dans la violence et la barbarie? Nos élus politiques sont chargés de faire respecter les lois, qu'en est-il, à part leurs beaux discours à la poudre de perlimpinpin avec un soupçon de carabistouilles, C'EST CROQUIGNOLESQUE ET CE N'EST QUE DE LA PIPE. Les actes sont préférables aux promesses non tenues.