le vendredi 12 octobre 2018 | 0

Les appelants, ces oiseaux pris en otages contre les leurs

On les appelle les « appelants ». Un joli nom qui sonne comme un joli chant. Mais il s’agit là d’appâts vivants ! De nombreuses espèces d’oiseaux sont détenues en captivité pour inciter leurs congénères sauvages à se rapprocher des fusils de chasse. One Voice s’insurge contre cette pratique odieuse où l’on transforme des animaux en armes contre leurs propres frères !

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Les différentes pratiques de chasse rivalisent d’horreurs et de cruauté. Mais s’il en est une qui atteint le summum du cynisme et de la lâcheté, c’est bien celle-ci : utiliser les animaux captifs pour piéger leurs congénères sauvages. Mais oui, quelle riche idée! Séquestrer des individus dans des conditions abjectes, les priver de leur comportement et environnement naturels, les faire se reproduire selon notre bon vouloir, les manipuler sans le moindre respect, dans un seul et unique but : attirer ceux qui sont encore libres, à une distance de tir suffisante pour les exécuter!

Appâts vivants

De nombreuses espèces d’oiseaux sont ainsi exploitées comme appâts vivants par les amateurs de nature morte, notamment par les chasseurs de « gibier d’eau ». L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) recense une vingtaine d’espèces autorisées pour cet emploi sur le territoire métropolitain, à condition que les individus soient nés et élevés en captivité. Il s’agit principalement d’espèces d’oies, de canards de surface et de canards plongeurs dont la chasse est permise, ainsi que de la foulque macroule. Parmi ces tristes marionnettes de la cynégétique, le colvert fait figure d’ « incontournable ». Il serait particulièrement maniable et habile, bien contre son gré, pour donner l’illusion aux oiseaux du ciel que l’étang sur lequel il semble se prélasser est hors de danger… 

Mise en scène macabre

C’est que les chasseurs ont plus d’un tour dans leur gibecière ! Quand l’envie d’appuyer sur la gâchette les démange, ils sortent « leurs » canards captifs de l’élevage en vue de les mettre à l’eau. Mais attention, qu’on ne s'y méprenne pas! Nulle intention de permettre aux prisonniers de barboter à l’envi… Non, l’idée est de les disposer stratégiquement à la surface de façon à les faire chanter et se répondre plus ou moins fort afin d’attirer l’attention des migrateurs. Les chasseurs s’en servent donc pour former des « attelages », composés de mâles et de femelles, qu’ils positionnent à leur guise en les privant de liberté de mouvement.

Tous les moyens sont bons pour empêcher les animaux de s’éloigner… On peut les « fixer » de différentes façons, notamment avec des bagues d’attaches à leurs pattes, reliées à des cordes et des poids ancrés au fond de l’eau, ou sur des palettes à piquets, ou encore sur des plateaux flottants. Dans tous les cas, les « appelants » restent sous le contrôle absolu de ces humains qui les exploitent. Quand les canards sauvages approchent, survolant la scène d’apparence bucolique, ils ne se méfient pas. Au contraire! Dotés d’un instinct grégaire, ils ont envie de rencontrer la communauté qui leur fait signe... Lorsqu’ils la rejoignent, leur sort est quasi scellé. Ce sont des balles qui les accueillent et peu d’entre elles manquent leur cible.

Conditions de captivité sordides

À la fois acteurs et spectateurs impuissants de cette tragédie, les canards captifs endurent une vraie souffrance. Leurs cris de détresse si légitimes signent la mort des leurs et les corps tombent autour d’eux. Quand leurs propriétaires en ont fini, pour cette fois, d’abattre tout ceux qui ont le malheur de voler au-dessus de leurs têtes, ils sont ramenés dans leurs cages où la vie n’a de vie que le nom.

One Voice a notamment eu l’occasion de découvrir un lieu de séquestration de colverts, dans l’Yonne, signalé par une sympathisante. Nous allons saisir l’ONCFS pour qu'une enquête soit diligentée sur place. L’enclos est déplorable : situé dans l’obscurité d’un sous-bois, dépourvu des moindres enrichissements et d’un bassin pour se baigner. À l’intérieur, on distingue des abris minuscules en bidons plastiques, quelques égrenoirs et gamelles d’eau croupie, ainsi que de malheureux morceaux de pain au sol. Prostrés dans un coin, à côté du cadavre - ou ce qu’il en reste – de l’un d’entre eux, les canards observent comme une provocation permanente le bel étang dont ils pourraient profiter… S’ils étaient libres, si le monde tournait rond, si certains humains savaient se montrer "humains".   

Marie-Sophie Bazin
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