le vendredi 03 juin 2016 | 62

Le gorille et l'enfant

Lorsque Harambé a vu tomber le garçonnet dans le fossé de son enclos au Zoo de Cincinnati, il s'en est approché aussitôt. Un enfant humain ou un enfant gorille, pour lui, c'était presque pareil, ils se ressemblent tant ! Le jeune gorille n'était pas encore père lui-même mais s'est inquiété du petit humain comme il l'aurait fait de l'un des siens. Il s'est assuré que le bambin vivait toujours puis l'a protégé de son grand corps sombre et puissant.

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C'est alors que les cris ont commencé, les hurlements stridents, les « Oh my God ! » et la foule hystérique massée sur le parapet qui les regardait tous deux en jetant des objets.

Surpris, le gorille a traîné l'enfant dans l'eau un peu plus loin, avec la force qui est la sienne. Puis ils se sont arrêtés de nouveau, non loin de la cascade. Le gorille a pris la main du garçon dans la sienne. Il l'a remis debout, lui a même remonté sa culotte et réajusté son T-shirt. Le gorille a regardé longtemps l'enfant dans les yeux. Et puis d'un coup, sans prévenir, une balle lui a explosé le crâne. Le bel Harambé est mort à 17 ans, au lendemain de son anniversaire.

On aurait pu le distraire avec des friandises ou l'éloigner avec une lance à eau. On aurait pu évacuer la foule, calmer le grand singe, lui parler doucement. Franz De Waal et d'autres spécialistes du comportement des primates l'ont répété ces jours-ci : à aucun moment, Harambé n'a montré le moindre signe d'agressivité, seulement de l'inquiétude à l'égard du public.

Mais ce n'était qu'un singe, après tout, dont la vie ne vaudra jamais celle d'un humain. Plutôt que de prendre le moindre risque, on a préféré régler le problème avec des armes.

Pour le Zoo de l'Ohio, qui avait acquis cet étalon en 2015 au Gladys Porter Zoo, Harambé n'était qu'un réservoir de gènes précieux. L'absurde logique eugénique des programmes de reproduction veut que l'espèce prévale toujours sur l'individu. Aussi a-t-on prélevé aussitôt le sperme de son cadavre pour le réfrigérer et l'injecter le jour venu à une femelle soigneusement choisie. C'est que les naissances au zoo sont aussi très lucratives.

Pourtant, quel que soit le nombre de gorilles des plaines de l'Ouest que l'on pourra élever en batterie, ceux-ci ne sauveront jamais l'espèce elle-même. Aucun de ces grands singes nés parmi les humains ne serait capable de retourner au pays de ses ancêtres et d'y survivre. Les gorilles sont des êtres de culture, des personnes paisibles, intelligentes et végétariennes qui ont évolué au sein de la forêt primaire depuis des millénaires. Ils se transmettent leurs connaissances de génération en génération et nul humain ne saurait les leur enseigner.

La véritable urgence, ce n'est donc pas de multiplier, en fonction des besoins de l'industrie du loisir, de petits groupes de gorilles de spectacle, que l'on ira voir en famille en mangeant du pop-corn et moyennant finance. La véritable urgence, c'est de sauver au plus vite, tant qu'on le peut encore et avec des moyens sérieux et importants, l'habitat de ces grands singes, tels la réserve de Dzanga Sangha ou les Monts Virunga. Sans la forêt, les gorilles ne sont plus des gorilles mais des monstres de foire, de pitoyables King Kong de pacotille devant qui la foule aime frémir à distance.

Harambé n'était pas King Kong. Ce n'était qu'un jeune prisonnier né captif dans un univers confiné où il n'avait absolument rien à faire, au propre comme au figuré. Que restera-t-il de cette tragédie ? Une querelle vaine sur la responsabilité des parents, un grand chagrin chez les gorilles de Gorilla World, mais pas encore, hélas, une mise en cause radicale de ce qui a vraiment tué Harambé : les zoos. C'est un zoo qui l'a fait naître, c'est un autre qui l'a tué, avec le même souci productiviste que l'on accorde aux malheureux poulets d'élevage.

Repose en paix, Harambé. Nous mettrons tout en œuvre pour qu'en France et ailleurs dans le monde, de tels drames cessent un jour d'exister.

Yvon Godefroid
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Commentaires 62

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mi | mardi 21 juin 2016

"si cela avait été votre enfant", "les parents ne sont pas responsables".... le résultat est toujours le même:ce sont toujours les animaux qui sont sacrifiés, ah mais c'est vrai les humains sont plus importants qu'eux sur cette planète.
Quand on connaît l'histoire de l'humanité et que l'on voit l'état de notre planète...

solu | dimanche 12 juin 2016

Si le gorille avait blessé l'enfant, Jane Goodall aurait tout aussi bien pu dire qu'elle n'avait jamais vu cela avant...Alors oui, on aurait probablement pu faire autrement, faire mieux, faire plus humain, si un garçonnet de 3 ans ne s'était pas trouvé face à un gorille de 170 kilos ! Que les défenseurs du "gorille " me disent droit dans les yeux qu'ils se sentiraient à l'aise face à cette bête , sans aucune appréhension ? C'est un gamin de 3 ans, punaise !!!

cat63 | vendredi 10 juin 2016

Quoi qu'il en soit, ce pauvre gorille n'avait rien à faire dans un zoo. Il est également certain que les responsables du zoo ne se sont pas trop casser la tête pour épargner le gorille. Un coup de fusil a été la solution de facilité. Et pour conclure, les gens qui vont au zoo, au cirque, sont tout simplement des crétins, n'ayant aucune once de sentiment pour un animal. A l'heure actuelle, nous savons tous que les animaux en captivité sont des animaux en souffrance, mais malgré cela, les gens continuent d'y aller.
Que l'on mette les gens en cage, également.

sylvain | mercredi 08 juin 2016

Si ça avait été votre enfant dans la cage, je suis certain que la plupart changeraient de discours.

Franchement, c'est triste pour l'animal, c'est certain mais lorsque tu as à choisir entre un enfant ou un animal, tout être normalement constitué choisira l'enfant.

Encore une fois, qu'auriez-vous fait si c'était votre enfant????????

One Voice | jeudi 09 juin 2016

Harambé protégeait l’enfant, la primatologue Jane Goodall est formelle. La question n’est donc pas de choisir entre l’enfant et le gorille mais bien de poser la question de l’existence des zoos qui ne protègent pas les animaux mais les exploitent pour du profit.

Cliclo | lundi 15 août 2016

Pour répondre à Sylvain:
Si ça avait été un enfant de notre entourage je n'aurais pas changer d'opinion, Harambe n'avait pas à être assasiné de la sorte, le mieux aurait été de garder son sang froid et d'éloigner la foule, rassurer le gorille et l'anesthésier quelques temps en attendant de sortir l'enfant de l'enclos. De ce fait il n'y aurait eu aucun mort. Et cette histoire aurait fait partie des belles histoires, avec un primate qui a tenté de protéger un enfant tombé dans l'enclos. Il ne serait pas mort en proie mais vivant en héros !