le mercredi 05 décembre 2018 | 2

La résilience par les huiles de banane, l'entrepreneuriat éthique de Kadalys

Shirley Billot est la créatrice de l'entreprise Kadalys, très engagée dans l'unité des combats pour les animaux humains comme non humains et pour la planète, à notre image. Ses produits biologiques et véganes basés sur les huiles de banane, ont reçu le label One Voice, gage de qualité et d'engagement. Rencontre.

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Comment votre marque, Kadalys, est-elle née?

Le tout premier déclencheur, c'est quand mon fils a eu 6 mois, les produits conventionnels qu'on me conseillait pour traiter ses problèmes de peau ne faisaient qu'aggraver ses réactions allergiques. Ce n'est qu'en recourant à la médecine traditionnelle de Martinique qu'il a été soulagé, et sur le long terme! Il suffisait d'utiliser la partie grasse de la peau de banane... J'ai toujours été intéressée par les cosmétiques et la pharmacopée des Antilles, mais là, j'ai pu voir à quel point ils étaient mésestimés et efficaces.

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« Kadalys, c'est une marque de cosmétiques à base d'huiles de banane, totalement bio, végane, non testée sur les animaux, et qui vient d'être labellisée par One Voice ! »
Shirley Billot

Mais plus concrètement, après plusieurs années passées en métropole où j'ai fait mes études, j'ai décidé de retourner vivre en Martinique. Sur place, une impression de gâchis, tant social qu'économique: les seules possibilités qui s'offrent aux personnes sont soit de subir un système qui ne leur est pas profitable, soit de partir.

“Ni subir ni partir”

L'industrie de la banane se porte extrêmement bien en Martinique, c'est notre première richesse. Mais tout est exporté. Comme souvent, on exploite à un endroit, et les richesses ne reviennent pas à ceux qui les créent. Comme l'a bien montré la grève de 2009 contre la vie chère qui a duré plus d'un mois, les gens étaient et sont encore pour beaucoup, coincés entre inégalités et exportations, sans rêves ni perspectives.

Cela ne correspond pas à l'idée que je me fais du monde. Je ne pouvais m'y résoudre. Dans les Outre-mer, nous représentons des enjeux de diversité pour la France et l'Europe, quand même! Je ne sais pas alors ce qui a germé en moi en premier, mais j'ai trouvé le moyen de m'impliquer dans la transformation et le futur de notre société, avec mes racines et ces forces vives.

Vous avez réussi à lier développement durable et économie circulaire, c'est bien cela?

Oui! Cette industrie de la banane entraîne énormément de pertes. C'est un gâchis invraisemblable: 40 000 tonnes de bananes sont jetées! Que ce soit les bananes seules, ou légèrement abîmées, la filière ne fait pas dans la dentelle: c'est poubelle. Pour plaisanter, je les appelle les moches et les célibataires. Elles ne se vendront pas sur les étalages des supermarchés ou des épiceries. Et pourtant, rendez-vous compte, à un euro le kilo, ce sont des déchets à très haute valeur ajoutée! De là est née mon idée de transformation de ces déchets en richesse, les utiliser pour les valoriser sur place.

“Valoriser les moches et les célibataires”

Ma fibre écologiste et mon sens de l'entreprise ont fusionné à ce moment-là, pour le bénéfice de ma région. Chacun doit agir à sa mesure, pour la planète, pour les animaux, pour nous: éviter le gâchis, le chômage et la pauvreté, et respecter les autres. C'est ma contribution. Il a fallu se lancer.  

Nous avons alors réalisé une étude dans le cadre d'une thèse à la faculté de pharmacie de Montpellier, en partenariat avec le CIRAD (l'organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes) et des producteurs de banane en Martinique. Elle a duré cinq ans. À l'issue de celle-ci, nous savions exactement de quelles vertus les huiles de banane regorgeaient, et leurs variations par variété. Par la suite, soit j'avais un avenir dans un groupe industriel, soit je lançais ma propre entreprise. Je n'ai pas hésité longtemps. On a pu retrouver l'authenticité et les connaissances traditionnelles pour enrichir les connaissances actuelles.  

Quelles sont les vertus des huiles de banane que vous exploitez dans vos produits?

En fonction de la partie de la plante et du type de banane utilisé, différents usages sont possibles. Mais les huiles de bananes, verte, jaune ou rose à peau pourpre, sont plus ou moins grasses, et regorgent de vertus diverses en fonction de laquelle on choisit: apaisante, dépigmentante, détoxifiante, anti-âge... Elles sont très riches en antioxydants (jusqu'à vingt fois plus que l'huile d'argan ou que l'huile d'olive pour la jaune, cinquante fois plus pour la rose), en DHEA, en phytostérols... Elles sont donc parfaites pour les peaux sensibles ou allergiques qui ont besoin d'être hydratées et apaisées (eczéma, psoriasis), elles sont réparatrices (brûlures, cicatrices, vergetures), détoxifiantes (antipollution, acné). Tous les produits de Kadalys partent de cette magnifique plante, le bananier.

Pourquoi ces vertus naturelles sont-elles restées si mal connues jusqu'à présent?

En fait, en Australie, on utilise les molécules issues de la banane en médecine depuis toujours contre l'eczéma, le psoriasis, les cicatrices, les brûlures, les tâches de vieillesse, l'acné, etc. Là-bas, cette médecine n'est pas qualifiée de traditionnelle, avec tous les soupçons de charlatanisme ou de superstition qu'on peut y mettre. Depuis bien longtemps à Cuba on exploite les principes actifs des plantes qui poussent sur place (comme la goyave par exemple).  

Mais en Martinique, cela s'explique par un enracinement dans l'histoire et la culture des Antilles.
Au temps de l'esclavage en France, l'ordonnance royale de 1736 a obligé tout propriétaire d'esclaves à planter 25 bananiers par esclave et à leur laisser la possibilité de les cultiver, pour leur éviter de mourir de faim. C'est pour ça qu'on a appris à tout exploiter dans la banane, jusqu'aux feuilles pour la cuisson ou le tissage de chapeaux, de sacs, et bien entendu qu'elle est devenue le végétal le plus important de notre région! Mais en revanche, la médecine traditionnelle, elle, était interdite, de la période de l'esclavage jusqu'en 2011! On ne pouvait pas la pratiquer ni même écrire les recettes, elle était seulement transmise en famille. Pas étonnant que je n'aie même pas eu connaissance des vertus de la banane jusqu'à l'âge adulte. C'est la résilience du peuple d'un département français dont on parle.

Pourquoi avoir cherché à obtenir le label One Voice?

Ma mère a toujours fait un fort lobbying environnemental sur la Martinique. Sur l'eau, l'environnement, les animaux, et j'y ai toujours été sensible. C'est du bon sens pour moi. C'est important que mes produits soient à la fois bios, n'aient pas d'impact négatif sur les animaux, que même les emballages soient raisonnés.

Pour moi, le label One Voice rassure encore plus le consommateur sur mon engagement et celui de la marque. Oui, Kadalys fait des déchets des richesses, se base sur l'économie circulaire, et le développement durable, mais cela ne suffit pas de le dire, il faut le prouver. Beaucoup de clients demandaient une garantie supplémentaire à notre parole. Ce label est une validation d'absence de tests sur les animaux. Et le tigre de One Voice est une image qui me plaît d'autant plus qu'il est volontaire et mordant, il ne fait pas pitié!

Jessica Lefèvre-Grave
Hr blog

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Commentaires 2

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lara | dimanche 09 décembre 2018

Très chouette interview! J'aime beaucoup cette marque dont j'ai déjà testé quelques produits. L'huile pour le corps est divine, les crèmes visage sont ultra hydratantes. Je la conseille.

Tiphaine | jeudi 06 décembre 2018

"les produits conventionnels qu'on me conseillait pour traiter ses problèmes de peau ne faisaient qu'aggraver ses réactions allergiques." => Exactement ! Beaucoup de saletés sont proposées en pharmacies et largement prescrites par les médecins qui paraissent aveugles (ou vendus, c'est pareil, du moment qu'ils encaissent...).

Entretien très intéressant et instructif. Bravo à vous madame, heureusement qu'il existe des gens comme vous, c'est un peu rassurant.